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Full text of "Ravissement de S. Paul : (2. Cor. XII. 1-5) expliqué en quatre sermons."

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îlOV'iSlfiOl      * 


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de 

S.  PAVL. 

C2.C0K,XII.l-;^3 

Ex:pli(j[ic/ 

'M  qVATRE  ^TRM0N5 


''nn. Cimier  a  Lycr, 

A,  5AVMVIL-: 

CKe^  AkT  .  R-OVSSELET 


!    /.^s     V 


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11/ 


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nr  11^     i 


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/:  '.  a.jA 


A    MADAME 

M AD  AM  E 

'         LA 

MARQVISE 

DE 

GOVVERNET. 


cyiVJME 


Lors  que  te  me  mis  il  y  aenuiran  vn, 
hois  à  méditer  ces  quatre  ^etin  Strmons^ie 


epistre: 

nwois  ducune^enfée  quilsdeufjm  iamlr) 

aU^r  au  delà  de  l'eflendue  des  parots  de 

rtojîrel  emplf.Etmamcnantqi^a  U  jp//>^ 

reqiuimen  a  e/te faite ,  te  le fir  permets  de 

fe  mre  ouïr  plus  loinyi^adaou'é  qaeieneje^'- 

en  trouuepas  moy-  me f me  fort  dignes.  Q^p- 

fourquoy^  MJD  JAÎE,  taj  ejle  en  dou^ 

te  [i  te  prendrais  la  Itherte  démettre  ^oHre 

vom  au  deuc{nt.  far  encore  que  leuffe  ^ne 

grandepafStondelfous  donner  quelque  te^ 

tnoignage  public  de  Cepime  foute  particulière 

que  ie fats  de  "vos  excellentes  quahtel^^ie 

craignoîs  qu(  ce  nefuftpas  vn  ajfès  confide-^ 

raïleprejenty  tT  te  voyois  bien  qudnap^ 

p'ochoit  nullement  ^nydece  que  l^ous  me- 

ritez ,  ny  de  ce  que  ie  defrerois  ftire  pour\ 

fvous  faire  voirie  r:fpe[l  que  ie  vous  porte. 

^Uis  enfin  pourtant  ,  MJD^ME, 

iay  mieux  aimè'^ous  offrir  moins  ,  &  le 

rvous  offrir pluflofl  ^  que  d'attendre  plus 

long-temps  àm*  acquitter  de  ce  deuoir^  0*  4 

me fatis faire  moy-mefme.   Lès  oUigatuxns 

aue/ayà  Mon/ieur  k  Controlleurgençralj 


epistre: 

l^XMaJame  ^ojiremere  y  menteroyeni^ 
iien  quefenfffe  ky  mention.  MaiseUes^ 
font  telles  quà  peine  troHueroy-je  despav^ 
rôles  pour  en  exprimer  mon  fej]ennnienti 
au  moins  certes 'yne petite  lettre  comme  ceU 
leçy ,  nejeroit  elle  pas  capable  de  reprefen^ 
ter  la  moindre  partie  de  ma  gratitude.  Eu^ 
peuteflre  que  quelque  tQur  Dieu  me  fera 
h  grâce  d'en  donner  des  prennes  plus  au^ 
îhemiques  que  celles  que  iepourrois  mettre 
içy,  lem'arrejîeray  donc  a  vous  ,  M^^ 
TDAME,  isP  me  contenterr^  de  dire  que 
ceniaeflevnejtnguliere  matière  de  ioye0* 
{^  d* édification Jor s  quetayeu  l'honneur 
de  vojlre  car^erfation^  de  "voir  en  yous  en^ 
l'aageou  vous  ejies  ^parmy  les  attraiti  du 
grand  monde  y  (^  les /(tueurs  delà  Cour^ 
vnepietéfijtncere^vne  yertu  incorruptible ^ 
vne  modeste  exemplaire  ^  e^  vne  bonté  fi 
grande  qtià  petne  s'en  void-  il  de  telle  dans 
le  r($ng  que  yous  tenéT^^  le  prie  Dieu  de 
tout  monccsur^  MADAJl^E,  qu  il  vous 
augmente  de  plus  en  plus  les  grâces  de  fon 


EPISTRÊ 

Efprit^  (^  qntl  continué  de  les  ac€ompi^ 
^nrr  de  toute  autre  forte  de  henediâion%, 
Oejî, 


M^VJAdE, 


voflte  trcs  humble  &  trcs- 
obeïfTant  feruiteurj 
^  AMYRAVT. 


LÉ    RAVISSEMENT     DE 

SAINT  PAVL- 

ov 

SE  RMONS 

SVïl  CES  PAROLES  DE  LA  IL 
auxCorinih.  Ch.ii.  ]^.  i.z.3.4.î. 

^trteitlnemeji  point  conuenahle  de  me  yanteri 
€arie'^iendrayiufqueîau%ytJions  c^reueUf^ 
lions  duSeigneurM  cannois  V»  homme  énChrifl 
il  y  a  quatorze  ans  pajfis,  (fi  ce  fut  en  corps  ie  ne 
fat, p  ce  f têt  hors  du  corps  ie  ne /ai, 'Dieu  le  fait,} 
qui  a  eS^éraui  iu/ques  au  troifîeme  CteL  Bt 
fai  qutn  tel  homme  {(i  ce  fut  en  corps  j  où  jfi  ce 
jfut  hors  du  corps,  ie  ne/ai  ^  7>ieu  le  fait)  a  eftê 
raui  en  Taradis  ^t^aouy  paroles  inenarra-* 
llesyle/quetles  iln'eftpofihle  à  homme  d'exfri^ 
mer,  V^n  tel  homme  me  yanteray^ie  ^htaisdc 
tnoy.mefme  ne  meyanteray-ie po inî  ^  Jtndn  slt 
mes  infirmités^ 

iPREMIER  SERMON. 

FReres  bien-àimèz    en    NOSTP.È 
s  £  I  G  N  it  V  R. 

il  y  a  dans  la  Parole  de  Dieu ,  &  met 


ô  Sermon  /.  furie  chap.  ii? 

mes  dans  les  liures  de  la  nouuclle  Allian- 
ce, vne  très-  grande  quantité  de  chofes,  ÔC 
qui  l'ont  d Vne  jmerueilleufe  variété  :  mais 
il  y  en  a  de  deux  fortes  confiderablescn-^ 
tfe  les  autres,  à  fçauoir ,  celles  qui  font 
remarquables  pout  leur  merueille ,  &  cel- 
les qui  (ont  excellentes  pour  leur  extraor- 
dinare  vtiliic.  te  mets  en  ce  fécond  rang 
les  dogmes  dont  la  Religion  Chreftienne 
eftcompofée,  5cles  hifto/res  fur  lefquel- 
les  ils  font  fondés  :  comme  celles  de  la 
îlailTancede  noftre  Seigneur,  de  fa  paf- 
fion  ignominieufe  ,  de  fa  refurrcftion 
d'entre  les  morts  ,  de  fon  afccnfion  là- 
haut  aux  cieux,  &:  de  l'enuoy  de  fon  faine 
ECpric  en  la  terre.  Car  il  eft  bien  vray 
que  ces  chofes-là  font  fouueraincmenc 
admirables  , &  que  la  puiffance  &  la  fagef- 
Ic  de  Dieu  y  paroiffent  auec  vn  extraordi- 
naire éclat.  MaisneaJitmoins,  parce  que 
c'eftde  là  que  refulie  noftre  lufti  fi  cation 
dcuani  Dieu,  la  coniolation de  nos  coeurs, 
la  landification  de  toutes  nos  afFcftions, 
&:  fclperance  de  la  rcfurreflion  &  de 
rimmortalitébicn  heurcufe,  nous  auons 
accouftumé  de  confidercr  ces  hiftoires-là 
pluftoft  par  l'incomparable  vtilité  qui 
nous  en  reuienc,  que  par  ce  qui  les  rcni 


de  la  II.  'hxCor.  a;,  i.  i\  3. 4^ Ç.  4^ 
tâpables  dé  donner  de  l'admiranon  à  nos 
anjcs.Ie  mets  au  premier  les  miracles  que 
noftre  Seigneur  lefus  Chrift  a  faits  ,  fa 
transfiguration  fur  lamontagae,  lescho> 
{ts  extraordinaires  qu'il  a  donné  à  i^% 
Apoftres  d'exécuter  ,  auecque  leurs  vi* 
fions  &  l^urs  reuelations  cekftes.  Car  il 
eft  bien  vray  encore  que  cts  chofes  là  font 
celles  3  qu'en  les  bien  confiderant  on  en 
peut  tirer  de  très- grandes  vrilicés.  Mais 
neantmoins,  nousauons  accouftumé  dé 
les  côtemplèr  plufloft  par  l'endroit  par  Ic-^ 
quel  elles  paroilTent  merueilleufes.  Et  ce 
que  ie  i^iens  de  lire  deuant  vous  ,  me^ 
frères,  eft  de  cette  nature- là.  Car  on  ne 
peut  méditer  attentiuement  cet  en^ 
droit  des  Epiftresde  S.  Paul  ,  où  il  paris 
de  fon  transport  au  troificme  ciel  s  qu'on 
n'en  remporte  vngrâd  fruit  dinflrù^bioa 
&  d'édification  :  ô^  toutesfois  ic  m'affeu- 
re  qu'il  n'y  a  perfonne  d'entre  vous ,  qui 
quand  il  iette  les  yeux  fur  cette  hiftoire, 
ou  qu'il  l'entend  lire  à  autruy,nefoit  en 
quelque  forte  plus  touché  de  fa  meruellle 
Si  de  fon  efirangeté,que  cofolé  on  fatisfaic 
des  auâcages  qui  s'en  recueillit. Or  fçaués- 
vous  qu'en  ces  actions  nous  anonsaccou* 
Humé  de  vous  expliquer  plufloft  les  chofes 

A  ij 


^  sermon  L  fut  le  chap.  sa,; 
crquclles  confifterefperancede  voftrefa- 
lur  3  èc  où  nous  pouuons  crouuer  des  mo^ 
tifs  efficacieux  pour  vous  porter  à  lafan- 
ûification,  que  celles  qui  peuuent  con- 
tenter la  curiofué  de  vos  efprits ,  ou  vous 
recréer  de  la  contemplation  de  quelque 
merueîlle.  Mais  nous  auons  creu  pour- 
tant que  nous  pouuions bien  arrefler  quel- 
que temps  &  vos  efprits  Se  le  noûreà  la 
méditation  de  ce  qui  eft  contenu  icy ,  & 
déférer  à  la  prière  qui  nous  a  efté  faite  pat 
quelques- vn5,  d'expliquer  le  Rauiffement 
de  S.  Paul  en  trois  ou  quatre  aftions  pu- 
bliques. Car  nous  ne  le  faifons  pas  de 
noftre  propre  chois.  Mais  de  cette  ma- 
tière que  nous  prenons  à  traittcr  à  Ix 
fuggeftion  de  quelques  particuliers,  i*ef- 
pere  que  moyennant  la  grâce  de  Dieu 
il  reuflira  quelque  chofe  pour  l'édification 
commui>e. 

11  y  a  donc  en  ces  cinq  vcrfets  quatre 
chofes  principalement  cor.iiderables.  La 
première  eftia  Préface  de  tout  ce  propos, 
bù  l'A  pollf  e  dit  qu*il  ne  Uiy  eft  pas  oq  per- 
mis ou  conuenable  de  fe  vanter,  auecla 
laifon  qu'il  en  rend.  La  féconde  eft  l'hi- 
ftoire  de fon  rauiflement  en  Paradis,  3c  ce 
i^u'ildadesparglesqu'iU  entendues.  La 


de  la  IL  aux  Cor.  v,  il],  4.  5.   | 
iroifiemeeft  le  doute  oii  il  eft  »  fi  célaluy 
eft  arriué  ou  en  corps  ou  en  efpric.  Se  la 
déclaration  qu'il  fait  qu'il  n'y  a  que  Dieu 
feulqui  le  fâche.  Et  enfin,  la  quatrième 
cft  la  clofture  de  ce  propos,  qui  a  beaucoup 
de  reffemblanceauec  la  Préface. Or  quant 
à  la  première  de  ces  chofes ,  vous  fçaués 
tous  quel  a  efté  S.  Paul.  C/a  cfté  vn 
Apoftre  de  noftrc  Seigneur  ,  excellent 
en  connoilTances  &  en  reuelations,  ini- 
mieable  en  fainceté  3c  en  charité ,  aç  in- 
comparable en  zèle.   Et  neantmbins  on 
pouuoit  cohfiderer  en  luy  trois  chofes 
qui  luy  eftoyenc  defauantageufés  :  c'eft 
qu'il  auoit  efté  grand  perfecutcur  de  FE* 
gjifede  noftre  Seigneur  :  qu'il  auoit  efté 
appelle  à  la  connoiiTance  deCbriftj&à 
la  charge  de  TApoftolaCjlong  temps  après 
les  autres  Apoftres ,  qui  auoyent  eu  l'hon- 
neur  de  viure  8c  de  conuerfer  femiliere- 
jncnt  auecque  lefus  Chrift  quand  il  eftoii- 
icy  bas.  Et  enfin,  que  faprefence  corpo- 
relle n'eftoit  pas  extrêmement  majeftueiî-^ 
fe,  comme  vous  faués  qu'il  dit  en  quelque 
lieu,que ceux  qui  ne  l'aimoyentpas^luy 
reprochoyenc  qnçi  la  pre/ême  aie  Jaif  corps^ 
eftoit  fmhle^é'fi  fanle  conten^t'thle.  Seloa 
4onqQesque  fes  ennemis  le  côfideroyes^l^ 

4,%  ^ , 


)^  StrmonI.JurIechap,i2. 

diuerfement,  fes qualités  pioduifoyenr  éiî 
çux  diis  pe niées  fore  difFercntes.   Car  ^ca 
grandes  &c  admirables  qualités  eaufoyenc 
^n  eux  de  Tenuie  ;  &c  cette  paflîon  produit 
naturellement  la  haine, &:  le  defir  de  nuire 
a  ceux  qu'elle  fc  propofcpour  obiet.  Eu 
çeschofcsqui  eftoyent moins auantageu- 
fes  en  luy ,  fouinifloyent  l'occafion  à  Icuu 
«lédifance^Sd  leur  donnoyent,  ce  fem«» 
bloic  ,  le  moyen  de  ranaler  la  dignité  de 
fon  Apoftolat,  &  de  rabailfer  fon  aucorU 
lé.   Si  donc  il  ncuft  efté  queftionque  de 
fa  perfonne  ,  il  euft  fait  peu  de  confidera^ 
tien  de  leurs  difcours  :  mais  cela  couchanc 
fon  Apoftolac ,  &c  par  confequent  eftanc 
preiudiciable  à  l'Euangile  de  noftre  Sei^. 
gneur,ileftobHgédoppofer  quelque  cho- 
ie à  cesdetradions  ,  ô{  de  dire  quelques 
vérités  à   fon  auantage.    Or  y  auoix-il 
de  trois  fortes  de  chofes  defquellcs  il  fe 
pouuoic  vanter-.donc  les  vnes  luy  eftoyenc 
communes   auec  plufieurs  autres  hom- 
jenes  j  de  forte  que  la  vanterie   ne  luy 
en  pouuoic  eftre  imputée  à  vanité.   Les 
autres  luy  efloyent  particulières  ,  telle- 
ment que  s'il  s'en  vanioit ,  il  y  auoic  dan- 
ger que  fa  vanterie   ne  receuft  quelque 
wauuaife  incerprctaûon.    Neantmoius^ 


âeU  IL  aux  Cor.vli.  z./,  ^.y.    7 
parce  qu'elles  eftoyent  accompagnées  de 
diuerfes  infirmités  &  de  diuerfes  fouiFran^ 
ces, qui  deuam  les  yeux  du  r^onde  caufenc 
pluftoft  du  mefpris  que  de  radmirationjil 
nyauoicpas  tant  deperil  à  en  faire  com* 
niemoration.Enfin,lesautreslui  eftoyent 
tellement  parucuUeres ,. qu'elles  eftoyent 
toutes  gtorieufes ,  de  forte  qu'il  n'en  paq^ 
uoit  parler &fe  les  attribuer,  que fes  en- 
nemis n*en  priffenc  fuiec  de   dire  que 
c'eftoit  vn  homme  vain  &  vn  fanfaron  Ô6 
qui  pour  quelques  chofes  qui  luy  eftoic^ 
fingulieres,  s'efleuoit  orgueilleufemenr  au 
deflus  de  fes  compagnons  II  ne  fait  donc 
pas  difficulté  de  fe  preualoir  des  premiè- 
res. Car  voicy  comment  il  parle  dans  le 
chapitre  précèdent.  F^ir  que  flufieurs  fe . 
'vantem  félon  la  chair ,  ie  me  vanter ay  aiijiu 
Soht*ils  Hchrieux ,  dit  il  en  parlant  de  fes^ 
ennemis?  lelefuis aufï.  Sont-ils ifraelaesl 
le  le  fuis  pareillement.  Sont-ils  âcUfiimncç 
d Ahraham  ?  le  lefuks  aufi.  De  forte  qu'ils 
nom  point  às'eïleuerau  deffus  demoy^ 
en  ce  qui  eft  des  auantages  de  la  Nature, 
Et  pour  fe  vanter  de  la  forte ,  on  ne  Iç^ 
pjouuoit  pAS  accufeç  d'eftre  vn  gJarieuya 
parce  ^u'il  ne  s'atuibuoit  riçnqu'il  a  euft 
çonamun  aaçc  beaucoupLd'amres.  Sêi^e*^ 


8  Sermon  h  fur  le  chaf.  tC 

ment  il  voulait  faire  voir  qu'en  cela  U 
n'sftoic  point  inférieur  à  fes  ennemis. 
Pour  les  iecondes,  il  en  parleàlaveritç* 
Maii  en  fe  vantant ,  il  les  tourne  de  telle 
façon  ,  qu'en  ne  celant  pas  du  tout  ce  qui 
luy  eft  auantageux  ,  il  prefcnte  neant- 
jnoins  à  contempler  ce  qu'il  y  peut  auoir 
<^apable  d*exciterdela  compaffion  ou  du 
mefpris,  plufloft  que  de  l'admiration  ou 
de  l'enuie.  C'eft  pourquoy  il  pourfuit  en 
cette  forte.  Sont-  tLsUimfiïes  de  chrifi  >  le 
Itfuis  pardcffiié  :  en  tranaux  dauamage ,  en 
hAttuv<s  par  dcjTus  eux,  cnprifons  dmanta- 
ges  y  en  morts puuenteifoà.  fay  receu  des^ 
iHifs  par  anq  fois  qH^rante  coups  mopns 
"vn.  l'aj  eftehAttu  de  verges  par  trois  foi  s.^ 
i'ay  ejli  lapide  vne  fois ,  layfnt  naufrage  trois 
fûisjay pajfe  t efface dvnîOUYX^  d'vne  nuit 
entière  en  U  profonde  mer.  En  voyages  ,  et% 
périls  desfeiiucs ,  en  pertU  des  brigands  ,  en 
périls  de  ma  nation ,  en  périls  des  Gentils ,  en 
périls  en  villes,  en  périls  en  djert, en  périls  en 
wer ,  en  périls  entre  faux  frcres.  En  peine  & 
tn  trauail ,  en  veilles  fouuent ,  en  faim  &  en 
Jiàf,  en  teufaes [outtent ,  en  froidure  ^  en  nu- 
dite.  Là  on  void  bien  qu'il  entend  qu'on 
face  quelque  reflexion,  tant  fur  la  caufe 
pour  laquelle  il  foufFroic  toutes  ces  chofes^ 


'â^  U  It  dux  Cor.  *>,  i.  1. 3. 4^  5.    $ 

quefurlapatiéce&la  vertu  auec  laquelle 
il  les  enduroit.  Et  de  fait  il  adjouftc  incon- 
ùnçt. outre  les  chofes  de  dehors^  il  y  a  ce  qui  mt 
tient  aj^ie'gé  àe  tour  en  tour ,  a/cauoir  le  foin  de 
toutes  les  Egltfe s.  A  quoy  il  adioufte  quel- 
que chôfede  fa  chanté  ôc  de  fon  zelc ,  qui 
fait  qu'il  participe  auX  foiblefles  de  tous 
fcs  frères,  &quefiquelcun  eft  fcandalifé 
de  quelque  chofe,  il  en  eft  quant  à  luy 
bruflé.  Maisneantmoins  toutes  ces  cho- 
fcs-là ,  defquellcs  il  fe  vante,  font  telles, 
qu'il  n'y  auoit  au€un  de  fes  ennemis  qui 
cuft  voulu  yeftre  expofé.  Tellement  que 
ce  ne  font  pas  des  obiets  d'enuie  à  les  re- 
garder par  le  vifage  par  lequel  il  les  pre- 
fentc  à  contempler.  Et  c'eft  qourquoy  il 
adiouftç  encore  5  Sjl/e  faut  vanter  ,ie  me 
fvmteray  des  chofes  qui  font  de  mon  infirmité. 
Puis  il  recite  Thiftoire  de  quand  le  Gou- 
ucrneur  de  Damas  ayant  mis  guet  en  la 
ville  des  Damafçeniens  pour  le  faifir,  il 
fut  contraint,  pour  i^chapper  de  fes  mains, 
de  fe  faire  deualer  de  la  muraille  par  vne 
feneftrcenvne corbeille,  ce  quimonftrç 
bien  que  fa  perfonne  eftoic  en  vn  tref- 
grand  U  conime  ineuitab)e  perij.    Mais 
quand  il  vient  à  cette  troifieme  forte  de 
chofes,  où  il  n'y  auoit  ny  trauailnydpo- 


>é  Sermon  L  fur  le  cijap  iz. 
Jeiir,  ny ignominie,  ny  mifere,  ny  dané 
ger  ou  de  flefiriffure  ou  de  mort ,  &  oix 
fOut  eftoic  illuftre  U  auancageux  pour  luy, 
il  n'y  vient  qu'auec  beaucoup  plus  de  ti- 
midité, èc  ne  fe  refouc  à  les  mettre  eu 
auant  qu'après  auoir  employé  la  précau- 
tion de  ctiitV  ïchçt.Certo  H  ne  m  eft foint 
iOrmenabU  de  wt  vanter  ;  car  te  vtendray 
iuftjues.  aux  vïfions  &  aux  rei^claiions  du  Ssu 
gncur.  Le  mot  que  nous  îraduiion$r^;u«<?- 
pahle  y  fignifie  auffi  expédient ,  &  peut  eftrç 
que  comme  cette  lignification  cft  plus 
propre ,  aulTi  eft-elle  plus  à  propos  tn  cec 
endroit.  Car  l'Aportre  veut  bien  dire 
peur-cftrcàlaverîié,  que  s'il  fe  vante  de 
ces  chofes,  il  ne  gardçra  pas  toutes  les 
yeglesde  la  bienfeance  ,  &  ne  fe  tiendra 
.pas  tout  à  fait  cxaftement  dan$  les  termes 
de  la  tno.dcftie  qui  conuient  à  va  Apoftrç 
du  Seigneur.  Mais  (inous  tournons  ^xpe^ 
d'îcnt,^  nous fuppofergns que  l'Apotltea  eu 
à  peu  pxçsccUe  penfée.  Soir  que  ie  rega;:^ 
de  nies  ennemis.,  foit  que  ie  me  confi^dere 
ipoy-naefnjc,  U  cft  nialailé  que  i'eujte  qu'il 
nç  m  acriue  quelque  chofedefafcheuJCa  Û 
ie  rrie  yan.te  à^  mes  vliions-  Car  quanta 
|T)e5  cnneijiis ,  iU  çn  prepdxpat  ocçafioQ 
t^çoie  rcprpçliet  ÀlçpçordiAAifc,  quçi^ 


de  U  1 1  dux  (^Qf.  ni.  ^^3*  4,  5*     '"^i 
fuis  fuperbc,  Ec  pour  ce  qui  cft  de  moy^ 
rriefme,  ic  crains  qu'en  cette  infirmité 
humaine ,  la  penfée  &  la  commémoration 
de  CCS  chofes  ne  me  donne  quelque  eleua- 
ïiond'efprit.  Orny  Tvnny  Taurreneme 
fauroiccftte  vtile.  Car  le  premier  inte- 
refTera  ma  réputation  \  &c  le  fécond  ince-? 
reflera  ma  modeftie ,  &  par  confequent 
Xîia    fanftification.     C'eft  pourquoy    ïq 
m'en  abftiendray  tout  à  fait  :  ou  ûahfo- 
lument,  pour  la  defenfe  de  l'autoiité  de 
ma  charge,  ie  ne  puis  me  difpenfer  d'en 
parler,  iy  apporteray  vn  tel  tempéra- 
ment quil  paroiftrabien  que  ce  n'eftpas 
la  prefomptionqui  me  gouuerne,  &que 
Tcuitetant  que  ie  puis  de  parler  auanta- 
geufement  de  moy .  En  effed,  pour  venir 
â  l'explication  de  Thiftoire ,  TApoûre  la 
commence  ainli,  leconnois^  vn  homme  en^ 
Qlmfl,  Là  il  eft  certain  que  ce  qu'il  dit  il  le 
dit  en  parlant  de  foy-mefme,  &  neant- 
moins  vousvoycs  qu'il  le  fait  comme  s'il 
fftoit  queftion  dVn  tiers.  Et  c'cftqued'va 
cofté  il  eft  neceflaire  qu'il  raconte  icy  l'hi- 
ftoire  de  cç  merueUlewx  rauiÛemeot:&  de 
Tautrç,  ilyoudçoitbieo  ne  donner  poinc 
dpcçafion  à  (es  aduçrfaires..  Il  fe  difpofe 
donc  à.  dire  que  la  ciyDfe  eft  arriuéç  %^  mais 


li  Sermon  h  pt  h  chap.  {il 
s'il  cftoit  poffible  il  voudroic  bien  faire 
qu'on  la  conceuft  fans  penfer  à  luy.  Ou 
s'ileftimpofliblc  d'cmpefcherque  Ion  y 
penfc  ,  &  mefmes  s'il  eft  ncceflaire 
qu  on  entende  cette  merueilIcufehiftoirG 
de  luy,  tant  y  a  que  s'il  y  a  quelque  chofe 
de  magnifique  pour  fa  perfonne,  il  s'en 
dépouille  volontiers  par  fes  paroles,  &: 
ne  veut  pas  qu'on  luy  en  attribue  rien  de 
grand.  En  quoy ,  comme  en  toutes  autres 
chofes,  il  imite  noftre  Seigneur.  Car 
bienquefouucnten  l'Euangileil  parle  de 
foy-mefmeen  première  perfonne,  fieft- 
ce  qu'il  luy  arriue  fouuent  de  s'en  expri- 
mer comme  fous  le  nom  d'vn  tiers.  D^ 
forte  que  dans  le  feul  Euangile  félon  S* 
Matthieu ,  il  y  a  vingt  cinq  ou  trente  en* 
droits ,  où  au  lieu  de  dire ,  /^ ,  ou  Moy  y  il 
die  toufiours  ,  kj^ls  de  rhomnie  ,  &  s'at- 
tribue en  tierce  perfonne ,  ce  qu'il  deuoit 
dire  en  la  première,  à  parler  régulière- 
ment. Et  S.  lean  ,  le  difciple  bien- 
aimc,  en  vfe  à  peu  prés  de  la  forte,  5^ 
quand  il  veut  parler  de  luy-mefme,  il  fe 
fcrt  de  cette  façon  d^  parler,/^  Dsfàple que 
/r/2<jr^/w^//,  ou  de  quelque  autre  fembla* 
^le  circonlocution.  Et  il  n'y  a  guercs  de 
^ens,de  ceux  qui  font  vn  peu  circonfpcâjs.. 


"àt  k  IL  mx  Cor.  nj.  K  i.  /.  4,  f.  jj 
à  qui  il  n  arriue  affés  fouuent  de  parler 
ainfi  d'eux-  imefmes ,  lors  qu'il  eft  queftioii 
de  dire  quelque  chofe  d'auancagcuxi 
Quant  à  ce  qu'il  die  qu  il  connoift  vn  honi'» 
me  en  Chrift,  cela  ne  veuc  rien  dire  fi- 
non  qu'il  connoift  vn  homme  Chrcftien* 
Car  ejlre  en  chrifi,  ôc  auûïr  creu  en  lajy(^ 
emhrajfé  fên  Euangite  ^Qç.^  au  NouucaU 
Teftament,  vne  mcfme  chofe.  Ec  cela 
cft  ainfi  exprimé  pour  ferliir  au  deflein  de 
noftre  Apoftre.  Car  il  pouuoit  bien  dire, 
le  connois  vn  Apoftre  de  Chrift.  S'il  euft 
Voulu  fe  glorifier,  il  pouuoic  s'exprimer 
ainfis  ie  connois  vn  vaiflcaud'eleaion^va 
homme  mis  à  parc  dés  le  ventre  de  fa  mè- 
re pour  prefcher  l'Euangile  entre  les  na- 
tions, vn  perfonnage  appelle  de  Dieu  à 
cette  fondion  par  des  miracles  &  par  des 
rcuelations  de  Chrift  :  enfin  vn  inftru* 
mentilluftrede  la  grâce  duRedcmpteur^ 
qu'il  a  enrichi  &  ennobli  de  mille  belles 
connoiflances.  Mais  outre  que  celaeftoit 
fort  efloigné  de fon  naturel  5  de  faire  ainfi 
parade  de  fes  tilcres  &  de  fes  qualités, 
c'euft  eftéiuftement  donner  a  fes  enne- 
mis la  prifè  qu'ils  demandoyent  ,  pour 
infulter  à  ce  qu'ils  appelloyenc  fon  arro- 
gance. Il  prend  donc  feulement  la  qualité 


> 4  Sermon  LJkr  le  chap,  iz. 

de  Chreftien  ;  qui  efl:  fouueraincment 
glorieufe  à  la  vérité:  mais  parce  qu'elle 
cftoiccommuneàvneinfinitéd  aucres,  &: 
que  fes  ennemis  mefmes,  quoy  que  ce  fuft 
à  faufles  enfeignes ,  fe  i'attribuoyent,il  ne 
craint  pas  qu'ils  en  prennent  occafion  de 
le  calomnier  de  vaine  gloire.  La  circoh* 
ftanccdu  temps  vient  après  à  cftre  eonfi- 
dcréeen  cette hlftoire.  lly.^^  dit-il,  (jua^ 
torze  anspafés.  L'on  peut  fuiure  deux  ma- 
nières de  ioindreces  paroles  auecque  cel- 
les qui  les  touchent  5  c'eft  à  fçauoir  ,  ou 
poiîr  faire  vn  niefme  fens  auec  celles  qui 
les  précèdent  ,  &  dire  qu'il  y  a  quatorze 
ans  paffcs  qu'il  eft  Chreftien  :  ou  pour  en 
faire  vn  meùne  auecque  celles  qui  lesfui- 
uent,5£  dire,  qu'il  y  a  quatorze  ans  paf- 
fcsquecerauiffement  luy  eft  arriué.Mais 
bien  que  quelques  vns  cmbrafTcnt  pluftoft 
cette  première  interprétation,  &r.  qu'il  eft 
certain  qu'a  fuiure  bien  le  fil  de  l'hiftoi- 
re  Apoftolique  &  du  temps, lors  qu'il  a 
cfcrit  cette  icconde  Epiftre  aux  Corin- 
thiens ,  il  y  auoit  quatorze  ans  qu'il  auoit 
efté  appelle  à  la  connoiflance  de  Chrift^ 
i'eftime  pourtant  que  cette  obferuation 
de  S  Paul  fcroit  à  peu  prés  inutile.  Car 
â  vous  aués  égard  à  l'hiftoire  ,   cette 


de  la  ÎL  MX  Cof.v.î.  2. 3.' 4.  j]  i/ 
cîrconftance  n'efidic  pas  neccflaireà  ré- 
Xîiarquer ,  qu'il  y  auoic  défia  quatorze  ans 
qu'il  eftokChreftien.  Et  fi  vous  regardés 
audeffein  de  TAportre  mefme  ,  qui  eft* 
en  rapportant  cette  iiiftoire,  d'efloigntc 
tant  qu'il pourroic  deluy,tout  foupçoa 
deprcfompcion  ,  il  n'y  ferueitdu  toutde 
rien  qu'ilnous  aduertift  qu'il  n'eftoirpas 
nouueau  profelyce ,  &  qu'il  y  auoit  dcfia 
plufieurs  années  qu'il  auoic  embiaffc  le 
nom  de  Chrift.  Mais  fi  nous  fijiuons  la 
fecondeinierpretation  j  cette  circonftan- 
ce  du  temps  feruira  cane  à  ce  deffeinde 
TApoftfe  ,  qu'à  i'hiftoire  mefme  qu'il  ra- 
conte. A rhiftoire premièrement.  Caria 
remarque  du  temps  eft  vne  des  plus  beW 
les  lumières  de  coûtes  telles  relations,  Se 
IVnedes  chofes  qui  font  les  plus  neceflai- 
res  pour  les  faire  croire.  Au  deflein  de 
l'Apoftreauflî.  Car  puis  qu'il  y  auoit  dcfia 
quatorze  ansquecemcrueiUeux  accident 
luy  eftoic  arriué  ,  &  qu'il  auoit  laifle  paffer 
tout  ce  temps-là  fans  que  perfonne  en  euft 
iamais  ouï  parler,  on  ne  pouuoit  pas  croi- 
re que  ce  fuft  la  vanité  qui  le  luy  firtreue"- 
1er  en  ce  temps-là,  &c  il  falloir  neceflaire- 
mentquMy  euft  efté  comme  forcé  par  la 
conjonduredes  chofes.  AfleurénaécilfAl-k 


i?  Sermon  I.fur  le  chap.  tzl 
loit  qu'il  y  €uftvne  retenue  &  vnemodc* 
ilie  extraordinaire  en  ce  faine  perfonna-^ 
gc-lâ,puis  qu'il  auoic  caché  fi  long- temps 
vne chofe  qui  luy  eftoit  fi  glorieufe.  Car 
les  homes  vains  garderoyêc  auflî-toft  vn 
chaibon  ardent  en  leur  feinquVn  fecrec 
de  cette  nature,  Se  les  modeftes  mefraes^. 
^*  /  siftiepofledoyenc  cette  qualité  au  point 
extraordinaire  auquel  la  pofTedoit  S. 
Paul  ,  auroyent  beaucoup  de  peine  à  le 
retenir.  Apres  cela  TApoUre  dit'  qu'il  a 
cfté  raui  :  &  ce  terme  mérite  qu'on  le  con- 
fidere.  Car  dans  noftre  verfion  Françoife 
nous  nous  en  feruons  quelques  fois  pour 
fignifier  ce  qu'on  exprime  autrement  par 
Je  terme/fx/?^y?,  quand  il  fe  fait  vne  telle 
abftraéHon  de  l'ame  d'auec  tous  les  fens 
extérieurs ,  qu'ils  ne  font  point  leurs  fon- 
aions ,  &  que  cependant  la  fantaific  ,  qui 
cft  vn  fens  intérieur,  agiflant ,  on  voit  des 
chofes  extraordinaires  8>c  miraculeufes. 
Ainfi  eft  il  dit  de  S.  Pierre,  au  chapitre 
dixième  des  A£tes,  qu'eftant  en  la  ville  de 
loppe,  &c  ayant  monté  furlamaifoncri- 
uironlesfix  heures  pour  prier,  îllujfur" 
uint  vn  Ynuïjjcmeht  d'effrité  c'eft  à  dire  ,  vn 
leltranfportde  fon  amej  qu'encore  qu'il 
ne  dormift  pas>fi  cft  ce  qu'elle  abandonna 

fc8 


îesfens  externes ,  ôc  que  cependant  il'v'd. 
leàelouuert ,  &  vn  ViiJJlaiidefiendanîftr 
Ihj  comme  vngY^nd  linceul  Iséiarles  cjuatre 
bouts  é'  deuâlknt  en  terre .   C e  qu i  fu  r  fa n  s 
doute  reprefencé  intérieurement   à  fon 
imagination.    Ecau  premier  chapitre  de 
r Apocalypfe,  S.  lean, félon  noftre  veriion 
Françoife  encore, dit  qutlfut  yauI  enefprït 
njn  tour  de  Dimanche  ^  &  qu  il  ouït  derr.cn 
Iny  vne gTitnd^  voix  comme  dvnetromfcttek 
Ce  qui  fut  fans  doute  vne  opération  ex- 
traordinaire de  TEfprit  de  Dieu,  qui  reti- 
rant Tame  du  Prophète  des  organes  des 
fens externes  formoic  dans  fcslens  inté- 
rieurs des  fons  de  cette  nature  qu'iis'i- 
maginoît  ouïr.    Et  ie'  voy  que  quelques 
vns  interprètent  l'hiftoire  que  S.   Paul 
nous  rapporte  en  cet  endroit ,  comme  s'il 
elloit  queflioa  de  cette  forte  de  rauilFe- 
Xîient.  Car  en  fuiuant  le  plus  exaftemené 
qu'ils  peuuent  le  fil  de  la  Chronolegie  ef> 
riiiftoire  des  Apoftres  ,  ils  trouucnt  que 
cette  Epidre  a  efté  ekrite  Tan  ij.  de 
J'Empire   de   Claude.     Tellement  qu'à 
conter  quatorze  ans  en  rétrogradant, il  fe 
trouueraque  le  commencement  en  fera 
Tan  dernier  de  l'Empire  de  Caligula ,  qui 
ftit  proprement  le  temps  de  laConuerfion 


2%  Sermon  L  fur  le  chap.  li. 
de  S.Paul.  Ils  difentdonc  que  cela  doic 
eftre  rapporté  à  ce  qui  fe  crouue  au  neufie- 
ime chapitre  du  liuredes  A£lcs,oiiIefaint 
hiftorien  nous  raconte  comment  Chrift 
apparut  à  Paul ,  quand  il  alloit  à  Damas» 
&  que  Paulcftant  premièrement  tombé 
à  terre  j  &:  puis  après  demeiîré  aueugle  de 
léclat  de  l'apparition  ,  il  fut  emmené 
dans  la  ville,  où  il  fut  trr/isiours  fans  voir, 
&  fans  manger ,  &c  fans  boire.  A  quoy  ils 
adjouftent  que  ce  fut  pendant  ce  temps- 
là, que  fon  ameeftantcn  exftafcrEfpric 
de  Dieu  luy  donna  les  inftru6tions  qui 
luy  eftoycnt  neceffaires  pour  faire  les 
fondions  de  TAportolat  auquel  il  eftoit 
appelle  ,  8i  entre  autres  chofcs  luy  fit  voir 
cette  admirable  vifion  qu'il  nous  recite 
en  cepafîage.  le  ne  m'arrefteray  pas  en- 
core,mesfreres, à  examiner  cette  opinion. 
Cela  trouucra  fon  lieu  lors  qu'il  faudra 
confiderer  ces  ^^io\ç:%^fi  a  fut  en  corps  ,  tf* 
fi  ce  fut  hors  du  corps  ,  le  hc  fçAy^  Dieu  lejçutt. 
le  diray  feulement  que  le  mot  dont  TA- 
poftre  fe  fert  en  l'original ,  &  que  nous 
auons  traduit  ,  ratti  ^  a  vne  particulière 
emphafe.  Car  il  fignifie  vn  tranfporc 
reél  d  vn  lieu  en  vn  autre,  &:  encore  qui  fe 
fait  ou  auec  quelque  efpece  de  violence^ 


delall  aux  Cor.^.T.z.'^.f.f,  ip 
ou  auecque  grande  celdricé.  C'eft  ait: fi 
qu'il  fe  prend  en  cec  endioic  du  liurcdes 
A<3:es ,  où  il  eft  dîc  que  le  Capitaine  de  la 
fortereffe  de  lerufalem  craignant  que 
Paul  ïie  fuft  mis  en  pièces  par  les  luifsj 
commanda  que  les  gendarmes  defcendjfint^é' 
qu'ils  le  raïajfent  du  milieu  d'eux  ,  &  quils 
l*emmenajjeifiten  la  fortereffe. Q'cïi  ainii  qu'il 
cftprisaudooziemechapicrede  TApoca- 
lipfe ,  où  il  eft  dit  que  le  fils  mafle  qu'anoic 
enfance  la  femme  qui  cfloit  reueiluè"  du 
Soleil ,  &:  qui  auoic  la  Lune  fous  î^s  pieds» 
&  vne  couronne  de  douze  eftoilesfurla 
tefte  5  futrauï  à  Died^  &  auîr.fyied'îceky. 
C'eft  ainfi  encore  qu'il  eft  pris  en  cet  en- 
droit de  rEuangile  où  il  eft  dit  que  les 
troupes  vouloyent  y  mi  r  rjojlre  Se'igrMu  r[>ou  r 
le  faire  Roy  î  &  ainfi  en  quantité  d'ancres 
lieux  femblables.  Si  donc  cela  s*eft  faic 
feulement  en  cette  forte  de  vifion*  où 
Famé  n'eft  point  efFcdiuement  feparée 
du  corps,  mais  feulement  rauie  en  exftafe, 
au  moins  faudra- 1- il  que  i'Apoftre  S. 
Paul  ait  creu  voir  que  Dieu  le  tranfpor- 
toit  là  haut  dans  le  ciel, pour  y  ouïr  les  pa- 
roles inénarrables  dont  il  nous  parle. Mais 
quand  Ezechiel ,  au  huitième  de  fes  Re- 
ueîation5,  nous  raconte  qui!  a  efté  enlevé 


i.o         Sermon  L  fut  lechap.iz. 
de  cette  façon-  là,  la  main  de  Dieu  Tayant 
pris  pnrlesLhcucux  ,  de  emporte  entrele 
cid  6l  h  rcire ,  dans  la  ville  de  ierufalem, 
il  nous  adueiiic   expreflcment  que  cela 
s*efl:  tàiiaj/js  L  s  v^fiùru  de  Dieu ,  a  fi  n  qu*on 
ne  penîe  pas  que  ç'aic  efté  vn  iranlporc 
reci  î  au  lieu  que  TApodrc  île  nous  dilanc 
rien  de  ccl,  il  iemble  qu'il  nous  ait  voulu 
donner  à  entendre  que   ce  lauiffenienc 
a  efté  vn  enlcuement  cfFcaif ,  ou  de  fon 
ame,  dans  le  ciel ,  ou  de  f?  perfonne  toute 
entière.  Q29y  qu*il  en  foit ,  car  ie  n*exa- 
Aiiinc  pas  encore  cette  qucftion,  il  dcfigne 
icy  le  lieu  auquel  il  a  efté  raui, par  deux 
iioms,a(rauoirle  troifiemecitl ,  &.  le  Pa- 
radis.   Et  pour  ce  qui  eft  du  premier,  les 
Aftronomdsfont  vn  beaucoup  plus  grand 
nombre  de  cieux  qu'il  n'en  eft  icy  dtlîgnc 
par  noilre  ApoftrCé  Car  ils  en  aflîgnenc 
piveniicrcaient  vn  à  chaque  planète  ,  ôi  il 
n'y  a   perfonne  qui  ne   fâche  qu'il  y  a 
fept  aftits  qu  onappelledece  nom.  Puis 
après  ils  dilcnt  qu'il  y  a  le  ciel  des  eftoiles 
fixes,  c'cil  à  dire,  qui  font  tellement ar- 
rcllées  chacune  en  leur  pbce,  que  ceux 
qui  les  regardent  ne  rcmarquentiamais 
de  changement  en  leur  fituation.  Et  quoy 
qu'on  les  voyc  touiiours  en  meimc  difpo- 


dclalJ.  mxCor.  ^u.i.z,  3.^.5^     zi 
fition ,  à  les  regarder  chacune  à  part ,  fi 
cfi-ceque  parce  qu'on  a  creu  quelafpher.s 
toute  entière  où  elles  font  attachées,  a  en- 
core quelque  autre  mouuement que  celuy 
qui  remporte  d'Oriëc  enOccidcc  en  l'efpa- 
ce  de  ving-quatre  heures,  on  en  a  recueilli 
qu'il  faut  qu'il  y  ait  encore  vne  autre  fphe- 
re  au  deffus,  qu'on  appelle  le  premier  mo- 
bile ,  &c  qui  donne  i'impulfion  à  rouies 
celles  d'au  defTous. D'autres  qui  font  venus 
depuis.  Si  qui  ont  effiyé  d'apporter  enco^ 
re  plus  d'attention  que  les  precedensà  la 
fpeculation  des  phénomènes  celeftes  ,  fe 
font  imaginés  qu'ils  auoyent  encore  ob>. 
ferué  vn  autre  mouuem.em  là»  haut,  qu'ils 
appellent  d approchement  &c  dereculementy 
ou  5  de  trépidation  :  ce  qui  leur  a  fait  coa^ 
elurre  qu'il  faut  qu'il  y  ait  vne  dixième 
fphere  qui  le  prcduifej&ainfi  ils  ont  faic 
dix  cieux.Et  au  dcffjs  de  ces  diXjlesTheo- 
logiens  mettent  encore  vn  autre  ciel  im=f 
lïîobilejdans  lequel  Dieu  habite  en  gloire, 
ôc  où  eft  la  demeure  des  bien-heuxeuxw 
Les  Hebrieux  n'auoyent  point  accouâu^ 
me  de  reconnoiftre  plus  de  trois  cieux;* 
Car  ils  appelloyeat  ainfi  premiereraca£, 
tout  cet  efpace  quieilentre  la^furfacc^d^ 
k  terre,  3c  ce  qu'on  nomme  ks  fphçfe% 

B.  ii|, 


^£  Sermon  furie  chap,  ii^. 

celeftes.  Ec  de  fait  toute  cette  eftenduè'-U 
s'appelle  du  nom  de  cienxen  rElcriturc, 
coiunie  quand  les  oileaux  font  fi  fouuenc 
appelles  les  oifdvxdcscteux.  Et  nous-mef- 
xnes  quelquesfois     appelions  J/gnes  des 
aatx  les  notables  impieflîons  des  nuées, 
les  météores  vn  peu  extraordinaires»  ôi 
•les  Comètes  que  l'on  croid  fe  former  8C 
s'enflammer  dans  la  région  élémentaire, 
au  deifous  di^s  globes  cii  les  aftres  fonc  at- 
tachés. Apres  cela  ils  appellent  ciel  Taf- 
iemblagede  tous  ces  globes,  commes'ils 
îi'en  faiioyent  qu'vn.  Car  foit  qu'ils  ayenc 
creu  qu*cffe(Sliuement  il  n'y  en  a  qu'vn,  Si 
•que  les  eftoiles  s*y  meuuent  comme  les 
poifl'onsfe  raeuuentenTeau  5^  les  oileaux 
€n  lair  ;  foit  qu'ils ayent eftimé qu'il  y  en 
ait  plufieurs,  comme  de  fait  ceux  d'en- 
tr'eux  qui  fe  font  méfiés  des  chofes  cele- 
ftes, l'ont  ainfi  creu,  &:  ont  nommé  ces 
fpheres  d'vnnom  pluriel,  qui  dénote  par- 
ticulièrement leur  volubilité  ,  tant  y  a 
qu'ils  ne  les  ont  confiderées  que  comme 
vnc  feule  machine ,  dans  laquelle  il  y  a 
plufieurs  roués  encliaflees  les  vnes  dans 
\^%  autres  tres-artificiellement.  Enfin,  ils 
ont  appelle  du  nom  de  Ciel  le  domicile  de 
)a  gloire  &  de  la  fclici|é ,  qui  cft  au  defllis 


âe  U  II.  aux  Cor.  'y.  u  i.  3. 4.  j"   2.J 

<îe  tous  les  autres.  Ils  ont  nommé  Tvn  le 
premier  ,  ôi  celuy  d'embas :  laucre  le  fé- 
cond, ^  celuy  du  milieu  :  &:  enfin  le  der-  * 
nierilsTont  nommé  le troifieme& celuy 
d'enhaut.  Dans  le  premier  (ont  les  nuées, 
.&  les  mcteotes  qui  s'y  forment;  dans  le 
fécond  font  les  aftres,  qui  enuoycntleur 
lumière  ^  leurs  influences  icy  bas:  dans. 
le  troifieme  font  les  Anges  alentour  du 
trône  de  Dieu ,  pour  y  receuoir  fes  corn- 
mandemenSc  Etc'efl-là  où  S.  Paul  die 
qu'il  a  eftéraui.  L'autre  nom  dont  il  le 
nomme  icy  eft  celuy  de  Paradis.  Et  ce 
moteftné  en  Orient,  les  Grammairiens 
Grecs  mefmes  ayant  remarqué  qu'il  eft 
Perfien  d'origine. Les  Hebricux  pourtant 
s'en  font  feruis  :  car  il  fe  crouue  en  quel- 
ques endroits  du  Vieux  Teûament.  Les 
Grecs  l'ont  adopté  dans  leur  langage ,  &: 
luy  ont  donné  leur  pli  ordinaire  ôc  leur 
terminaifon.  Enfin  les  Latins  ,  comme 
Ciceron  ôç  Aulugelle ,  l'ont  traduit  va 
iardin  bien  planté  ôc  bien  cultiué.  Non 
Amplement  vn  parterre  ,  comme  font  q.ç.%^ 
brodçries  &  ces  compare imens  qui  ne  feç- 
uent  qu'à  donner  de  la  récréation  à  la. 
veuë  par  leurs  figures ,  &  leur  Tymmetriçs 
&^ar  la  variété  de  leurs  fleurs*-  ma^ism 


i  /  S'ermon  /.  fur  le  chap.  n) 
iardin  ou  vn  verger  où  il  y  a  de  toutw 
fortes  déplantes  quiproduifent  des  fruits 
vciles ,  &c  qui  donnent  du  contentement 
aiigouft.  Ec  parce  que  le  iardin  d'Eden, 
où  Dieu  mit  rhomme  en  fa  création, 
cftoit  de  cette  nature  ,  Se  qu'outre  les  de- 
lices  de  la  vçuè,  il  fournifloit  toutes  fortes 
de  fruits  excellemment  bons  à  manger, 
les  îuifs  Tont  nommé  de  ce  nom  dePara- 
dis  ,  &:  les  Septante  interprètes  ,  qui 
eftoyent  ïiiifs  de  nation  ,  fe  font  feruis  de 
cejermepour  le  defignerdans  la  verfion 
qu'ils  ont  faite  du  vieux  Teftament  ea 
langue  Grecque.  Mais  après  ils  ont  porté 
Tvlage  de  ce  mot  plusauant.  Car  ils  onc 
ainfi  nommé  le  Heu  de  repos  où  font  re- 
cueillies les  âmes  des  fidelles  après  leur 
feparation  d'auecque  le  corps  :  comme  il 
paroift  par  les  formules  de  leurs  prières  ôc 
de  leurs  vœux,  qu'ils  font  à  l'heure  delà 
mort  de  ceux  qu'ils  eftimcnt  gens  àc 
bien.  ^//7^/// ,  difent-ils ,  />/.t/  d^^s  le  Pa^ 
YAdi: ^O* d.ms  le ficcle k  vemr.  Et  derechef, 
rjuefon  ame  iouïjji  de  repos  y  ^  que  fin  dormir 
Coït  en  ffdix  :  otutrcs-luy  les  fortes  de  Paradis. 
Et  ils  appellent  ce  mefmè4ieulà  du  nom 
de  îiirdind' Edcti\  corne  en  ces  mots,  ^te 
fm  amefoit  dara  kiarmnd'Udxn  î  &  ei>ati« 


4e  U  IL  àux  Cor.  v.  il  J.  4.  f,    if 

très  façons  de  parler  femblables  qui  ont 
oncefté  remarquées  par  les  gens  doâes. 
Non, félon  touce apparence,  qu'ils  ayenc 
çfté  fi  groflîers  que  de  s'imaginer  que  le 
lieu  où  les  âmes  des  fidelles  font  recueil- 
lies ,  foit  vn  iardin  femblable  à  celuy  d'E- 
den.  Gar  c'eft  vnepenfce  plus  digne  de 
Tignorancedu  Paganifme,  comme  de  faic 
chacun  fçaic  comment  les  Payensconce- 
uoyent  &  defcriuoyenc  leurs  champs 
Elifées  :  que  de  ceux  qui  eftoyenc  nour- 
ris fous  la  difcipline  de  Moyfe  &  dans 
TE  fcole  des  Prophètes,  qui  leur  dônoy ent 
de  meilleures  inftruftions.  Mais  c'efi: 
qu'ils  ont  pris  plaifir  aux  façons  de  parler 
allégoriques,  &  qu'ils  ont  crcu  ,  ^n  quoy 
ils  onteuraifon  ,  qu'ils  ne  pouuoyenc  re- 
prefenter  la  félicité  de  ce  lieu  par  vne  al- 
légorie plus  conuenable  ,  que  par  celle  de 
ce  délicieux  iardinquiauoitefté  aucom- 
mencemenc  formé  de  la  main  de  Dieu 
pour  y  rendre  l'homme  bien-  heureux.  Et 
de  faic  quelques  auteurs  attribuent  aux 
Efféens,  qui  eftoit  vne  fefte  d'entre  les 
luifsjdes  allégories  de  cette  nature.  Sur 
quoy  qu'ils  fe  (oycnc  fondés ,  lefus  Chrifi: 
&  (es  Apoftres  fe  font  feruisdecererme 
de  Paradis  pour  lignifier  le  lieudelafeli 


tt<f  Sermon  Lfur  le  chàp.  \z. 
citécelefte,où  les  efprits  desfidelles  ioxxt 
recueillis  aprcs  la  mort.  Car  vous  {çaués 
que  noftre  Seigneur  parle  ainfi  au  larron 
qui  (e  conuerric  à  fes  coftés  ,  comme  il 
cftoit  en  la  croix  :  Tu  feras  diuiourd  huj  auec 
^noy  en  Paradis,  Et  au  deuxième  de  l'A- 
focalypfe  il  dit  :  Aceluyqui  vaincra ,  ic  luy 
donner ay  a  mar.ger  de  Harhre  de  vie ,  qui  tfi 
au  mille  H  du  F  ara  dis  de  mon  Dieu.  Et  S. 
Paul ,  comme  vous  voycs  icy ,  après  auoir 
dit  qu'i/rf  ((le  raui  au  troijieme  ciel^  qui  eft 
fans  doute  Je  lieu  de  la  gloire  &  de  la  feli-* 
citéj  adioufte  qu'il  a  e  Hé  raui  en  Paradis^ 
pour  figniEerla  mefmcchofe.  Et  décela^ 
mes  frères, on  peut  rendre  deuxraifons. 
La  première  eft,  queChrift&fesApoftres 
.fî'cnt  point  fait  de  difficulté  de  fç  feruir 
des  façons  de  parler  qui  eftoyent  yfitées 
en  1  Eglife  luda'ique  ,  non  plus  que  de  la 
monnoyc  qui  auoit  cours  de  leur  temps. 
Ce  qui  paroift  non  feulement  en  ce  que 
noftre  Seigneur  s*eil ordinairement  nom- 
mé/f  Fils  de  l'homme^  &c  qu*il  a  appelle  fpn 
Eglife,  &  l'eftablifFement  de  fa  Religion 
en  la  tcri  e,  le  Royaume  des  deux ,  façon  de 
parler  dont  les  luifs  fe  feruoyent  commu* 
nément  pour  nommer  le  McflSe  qu'ils  at- 
tcnJoyentj  ^  la  reuelacion  de  foo  rcgne; 


'de  U  IL  auxCof*  v.  h%.  j]  4.  y]  4^ 
inais  encore,  qu'il  appelle  de  ce  nom  de 
géhenne  le  lieu  où  les  démons  8c  les  dam- 
nés doiûent  eftre  tourmemés:parce  qv'en- 
core  qu'il  fignifie  proprement  la  vallcede 
Hinnon,  lieu  qui  n'eftoit  pas  fort  efloigné 
de  la  ville  de  lerufalem,  fi  eft-<:e  qu'il 
cfloic  alors  ordinairement  employé  pour 
fignifier  ce  que  nous  appelions  les  enfers, 
où  font  les  amcs  damnées.  La  féconde  eft, 
que  la  chofe  mefme  donnoit  vn  fonde- 
ment affés  authentique  à  cette  appella- 
tion.   Car  c  cft  vne  chofe  affés  ordinaire 
que  les  noms  des  types  font  donnés  aux 
chofes  qu'ils  reprefenccnt,  Se  au  contraire, 
quelesnonisdes  chofes  reprefentées,  fonc 
employés  à    la  fignificaiion  4es   types. 
Comme  vous  fçauésqueS.  Paul  appelle 
noflre  Seigneur  lefus  Chrift  de  ce  nom  de 
Ta/que ,  &  qu'il  nomme  du  nom  de  Cbrifi 
le  rocher  dont  leys  eaux  découlèrent  au  de« 
fert.    Or  on  ne  peut  pas  douter  que  le 
Paradis  terreftre  n'ait  efté  vn  type  de  ce- 
iuydu  Ciel.  Dans  le  premier  ,  l'homme, 
s*il  fuft  demeuré  en  fon  intégrité  deuoit 
eflre  immortel  :  dans  le  fécond,  la  vraye 
immortalité  eft   deftinée   aux  fidellcs. 
I)âns  le  premier ,  Thomme  deuoit  iouïr 
d vne  félicité  terrienne  :  dans  le  fécond 


^8      Semon  L  '  fur  k  chap.  {i] 
tious  en  attendons  vne  celefte.    Dansle 
premict ,  l'Iiomme  dcuoit  eftre  rempli 
dVî.  :  parfaice  fainte4:é  ,  mais  naturelle 
pouitanc  :  dans  le  fécond,  noflre  fainteté 
doit  eftre  8^  parfaitement  accomplie  ê£ 
furnatiirelle  tout  enfemble.  Dans  le  pre- 
mier, Thommc  deuoit  auoir  laiouïflance 
de  toutes  fortes  de  contentemens  corpo- 
rels :  dans  le  fccond  nous  aurons  la  pof- 
(edîon  de  toutes  fortes  de  délices  fpiri- 
tuclles.    Et  quand  noftte  Seigneur  lefus 
Chrift  parle  de  Tarbre  de  vie  qui  eft  au 
milieu  du  Paradis  de  fon  Dieu  ,  \\  a  fans 
doute  quelque  égard  à  cette  reprefenta- 
tion  typique  ,  &à  ces  rapports  alkgori- 
cjuesquiionc  entre  le  premier  Paradis  U 
le  fécond.  Q^lques  vns  ont  dit  que  les 
quatre  fleuues  dont  il  eft  parlé  dans  la 
dcfcription  de  TEden^au  commeacemenc 
delà  G6nefe,&  qui  fonoyentd'vn  mef- 
jne  principe  pour  arroufer  le  iard-in  ,ont 
repiefentéla  Sapience,  la  luftice,  la  San- 
ftification  &:  la  Rédemption  que  hous 
auonsennoilce  Seigneur  lefus  Chrift,  ôé 
qui  coulent  deluy  comme  de  leuryniqiie 
(ôurce.  Et  de  fiic ,  bien  que  ces  cbofes-  là 
loyent  commencées  à   m.anifefter  êi  à 
çommimicjuer  en  cette  vlç  j  nous  n'ca 


âe  la  Jl  L  àHx]  Cor,  v.  h  2. j,  ^ .  j.    â^^ 
aurons  pourtant  ny  vne  entière  iouifTan- 
cCjny  yneparfaicereuelationfinon  quand 
nous  ferons  là  haut  au  Ciel.     Mais  fi  ces 
fleuues  ont  eu  cette  fignificacion  typique, 
ou  s'ils  ont  elle  deftinés  à  reprelentcr 
quelque  autre  chofe  dans  la  fciicitë delà- 
haut,  c'eti:  ce  que  ie  ne  prétends  pas  main> 
tenant  examjuer,  parce  que  cela  eft  trop 
abftrusvSc  tropefleué^Sc  que  icmetuisaf- 
fezeftendu  là-deflus  pour  expliquer  la  fi- 
gnificationdece  terroe&pouren  rendra 
la  raifon.    Cela  feroit  inutile  à  mon  de(- 
fein  ,qui  n'cil  linon  d'incerpreter  1  hiftoi^ 
redece  miraculeux  rauiiïciinent  de  faîne 
Paul  5  qui  peut  fore  bien  eftre  entendue 
fans  nous  ietter  fi  auant  dans  les  chofes 
qv/œil  n'a  pointveuèSjqu  oreille  n'a  point 
ouïes ,  Se  qui  ne  font  point  encore  mon- 
tées au  cœur  d*àucun  homme  viuant.  îe 
ne  pafieray  pas  mefmes  aujourd'huy  à  la 
confideration  du  refie  de  cette  hilloirey 
où  TApoflre  dit  qu'il  a  ouï  des  paroles  iné- 
narrables, &c  qu'il  efl  impoifible  aux  hom* 
mes  de  raconter,  parce  que  la  matière  en 
cftfi  ample  qu'elle  ne  pourrait  edre  con- 
tenue dans  le  refte  de  cette  adlon  ,   &c 
qu'elle  mérite  bien  qu'on  ne  paflepasàk 
légère  par  deiîus  :  de  forte  qu'il  np  me 


^d  Sermon  /.  fur  le  châp,  îU 
refte  plus  (inon  à  tirer  quelques  fruits  des 
chofes  que  vousaucs  entendues,  pour  les 
appliquer  plus  paniculieremenc  à  noftre 
commune  édification.  Vous  voyés,  mes 
frères,  que  i'Apoftrea  eftéfujetà  l'enuie, 
à  la  medifance,àla  calomnie  &  aux  autres 
chofes  fafcheufes  &:  importunes  de  cette 
nature 3  qui  ont  accouftumé  d^eftre  pro- 
duites par  la  paffion.  De  la  part  de  qui 
donqueseft-cequ'illes  a  expérimentées? 
Eft-ce  de  la  part  des  Paycns  >  Ils  l'ont  à 
la  vérité  perfecuté.  Mais  ils  ne  luy  por- 
toyent  point  d'enuic,&  leurs  perfecutions 
confiili^yenc  en  prifons,  en  bactures,  8^ 
en  autres  femblaoles  infultes  que  TApo- 
ftreprenoit  à  gloire,  parce  qu'il  lesendu- 
roit  pour  le  nom  &  pour  la  vérité  de 
Chrift.  Du  refte,  ils  neprenoyent  pas  à 
tafche  de  le  déchirer  par  leurs  decra- 
dions,  ny  n'efpandie  le  venin  de  leurs 
langues  fur  fa  réputation.  C'eftoit  de 
la  part  de  ceux  qui  faifoyent  pro- 
feflîon  d'eftre  Chreiliens  qu'il  auoit  à 
fouffrir  tous  ces  meconteniemens  là,  5c 
vous  pouués  croire,  fieres  bien  aimés, 
qu'il  luy  en  cftoyent  beaucoup  plus  fenfi- 
bles.  Car  on  n'eft  pas  furpris  de  fc  voir  mal 
traitcé  par  ceux  qui  fc  déclarent  ouuec^ 


de  la  IL  Mx  Cof.  v.  i.  2.  j,  4.  f.  jj 
tcmenc  ennemis.  Mais  de  ceux  quifedi- 
fenc  frères,  qui  font  profeffion  dVne 
mefme  religion,  de  qui  on  deuroit  atten- 
dre toute  forte  de  fupport  &de  confola- 
tion  5  fe  voir  harcelé  &  diffamé  ,  c'eft  ce 
qui  met  la  paticncedVn  homme  de  bien  à 
vne  merueilleufeefpreuue.  Mais  encore 
quels  Chreftiens  >  Sont- ce  de  ceux  du 
commun  ,  &  des  gens  de  condition  po- 
pulaire ?  Non.  Ils  fe  difent  Miniftresde 
lefus  Chrirt,  lofent  bien  faire  conîpa- 
raifon  de  leur  Miniftere  auecque  celny 
de  S.  Paul  :  ce  qui  rendoic  encore  fans 
comparaifon  la  morfujre  de  leurs  calom- 
nies plus  doulourcufe.  Et  c'eftoyent  fe$' 
grands  dons  qui  luy  attiroyent  tout  cela* 
Car  fi  ces  gens  n'euffent  rien  veu  en  luy 
d'extraordinaire  &  d'éclatant, ils  rcuffcnc 
laiffé  en  repos.  Mais  parce  que  lafplen- 
dcur  de  fes  vertus  de  de  fa  réputation 
eftoit  grande  enlEglifede  Dieu,  ils  ne 
la  peuuent  fupporter ,  Se  autant  qu'ils 
peuuent  ils  laterniffbnt.  Et  cela  niefme 
eftarriué  à  noftre  Seigneur  lefus  Chrift. 
D'elles-mefmes  les  troupes  auoyent  de 
Finclination à  ladmirer ,  &  de  hit  quand 
elles  fuiuent  leurs  propres  mouuemens, 
elles  luy  donnent  des  acclamations,  ôc 


"^i  Se^mcn  L  fur  le  chdp.  Xi? 

rcmpliflcnc  toute  laludée  de  !a  celebratio 
de  fesloLiâges.C'eft  par  les  Sacrificateurs, 
par  les  Doàeuts'dc  la  Loy  ,  par  les  Phari- 
fiens  ,par  les  Gouuerneurs  bc  les  Condu- 
fteurs  de  IaNaiiô;que  le  bruit  de  fesaûiôs 
miraculeules  ofFenibic,  qui  par  l'autorité 
qu'il  acqueroit  parmy  le  peuple  d'Iiracl, 
voyoyent  la  leur  fe  diminuer  &:  fe  fieftrir, 
qu'il  ert  fieilrangement  perîecuté,  qu'en 
finilsTamenent  àfouffrir  vne  croix  igno- 
minieufe.  D  autres  feruiceurs  de  Dieu  que 
S.  PauL  ont  encore  paffé  parla;  &  ce  que 
Chryibftonie  a  eu  à  endurer  en  Ton  temps, 
ne  luy  eft  pas  venu  des  Payens,  ny  du 
commun  des  Chrefliens,  parmy  lefquels 
ilciloit  en  quelque  efpece  d'admiration: 
ç'ont  cflé  les  Euefques  mcfmes  qui  onc 
efté  ou  les  auteurs  ou  les  miniftrw  Je  fes 
peilecutions ,  &  qui  ont  porté  les  Puiflan- 
ce ,  ou  qui  ont  efté  leurs  inftrumens,  à 
l'expulîer  ignominieufement  au  lieu  où 
par  fonincôparable  éloquence,  &  par  ion 
extraordinaire  fainteré ,  il  eftoic  en  fouue< 
rame  édification  à  TEglile.  Et  en  tous 
les  fiecles  qui  font  venus  depuis  il  y  en 
a  toufiours  eu  quelcun , que  la  Prouidence 
de  Dieu  a  permis  qu'on  exerçait  de  la 
mdixi^î  forte.  Tellement  que  s'il  y  a  quel- 
cun 


àe  la  IL  aux  Cor.  i;.  /.  z.  3. 4.  j.    j^ 
cun  qui  foit  fojet  à  de  femblables  accidens, 
il  a  vne  grande  madère  de  coniolailon 
de  voir  deuanc  (es  yeux  de  (i  illuflres   1 
exemples.    Car  û  Chrift  ,  fi  S.  Paid  ,  d 
Chryioftome  ,  donc  les  venus  ont  elle 
louca  fait  incompaïubieSj  chacun  en  fon 
temps  Se  en  foh  rang  ,  n  ont    pas  cfté 
exempts  de  la  calomnie  de  la  pan  de  ccuX 
de  qui  ilsdeuoyent  attendre  de  rcitime, 
delarecommandaLÎonjdela  vénération, 
&deradmiration,pourquoy  ceux  qui  leur 
font  infiniment  inrcrieurs  fe  fcandaîife- 
roncils  de  le  voir  expofés  à  lamédiian- 
ce?  Mais  comme  il  y  a  n)atleie  de  con- 
folation  en  cela,  ilyaaulTi   certes  dans 
la  façon  donr  ils  fe  lont  compoués  en 
ces  lencaiions-là,  beaucoup  de  matière 
d'inftfudion  pour  les  fidcliesMinifties  de 
TEuangile,  S.Paul,  comme  vous Taucs 
veu  en  ce  que  nous  vous  auons  rapporté 
de  luy  au  commencement  de  cette  adion, 
défend   Tautoriié    de  ù  charge  contre 
ceuxquilavouloycnt  abbaiffcr.  Et  il  le 
deuoit faire,  par  cequ'ily alloit  de  Tin- 
tereftde  noiUe  Seigneur  qui  la  luy  auoic 
comrnife.  il  a  foin  mcfmede  maintenir  la 
bonne  réputation  de  fes  qualités  pcrfon- 
heîles  :  ïc  encore  en  cela  il  auoit  railoiiô 


^4  Serrrion  f.jur  le  chap.  ïïI 
Car  outre  qu'il  ell  de  la  iuftice  delà  Na- 
ture, d'oppofer  en  telles  occurrences  la 
vérité  au  menfonge  ,&  de conferuer  en- 
tre les  viuans  la  bonne  odeur  de  Ton  nom, 
&:  meftnes  de  laiffer  des  monumcns  da 
fon  innocence  qui  puiflenr  eftre  connus 
parlapofteritc  >  il  y  alloit  de  l'édification 
del'Eglife  de  Dieu,  quelon  trauerfoiccn 
calomniants.  Paul,  &  en  imprimant  des 
fleflrifliires  fur  l'honneur  de  Ion  minifte- 
re.  Encore  donques  qu'il  fuft  refolu  à. 
marcher  toufiours  conftamment  en  fa  vo- 
cation ,  parmy  honneur  bc  ignominie, 
parmy  diffame  ^  bonne  renommée,  8^ 
qu'il  lepratiquafl:  efFeftiuement ,  fans  que 
toutes  les  trauerfes  qu'on  luy  donnoit  le 
retardaffent  aucunement  en  la  carrière  de 
iEuangile,fi  eû-ceque  ,  comme  vous 
voy  es ,  il  ne  s'abandonne  pas  foy  mefmej 
maisil  maintient  larenommée  de  Tinte- 
grité  de  fa  conduite,  &  laifledans  fesdiui- 
nes  Epiflres  des  cnfeignes  de  ce  qu'il 
eftoit ,  afin  que  la  mémoire  en  demeure 
iufques  à  la  confommation  des  fiecles. 
Neancmoins  il  le  fait  en  telle  forte  qu'il  y 
garde  vne  grande  modeftie  &  vnefingu- 
Jiere  modération  d'efprit.  Il  elloignede 
Iby  le  plus  qu'il  peut  le  foupçonde  l'or- 


Je  Uj  h  dUxQou  V,  %,  3.  ^.  5;    5/ 

gueil  &  de  la  vanité, &  tafche  de  cohtrain.s 
dre  fes  ennemis  ôd  fes  enuieux  mefmesà 
reconnoiftrc  qu'il  eftoit  tout  autre  qu'ils 
nefes'imaginoyenc  ,  ou  qu'ils  ne  leyou- 
loyent  faire  croirçàux  autres i&  donne 
ainfià  tous  ceux  qui  viendront  apresjvne 
admirablement  belle  leçon  de  leurs  de* 
portemens  en  pareilles  occurrences.  Il 
cft  vray,  mes  frères^  qu'il  eft  quelquesfoi^ 
difficile  de  vaincre  fur  lechamplaitiâlicé 
de  la  calomnie ,  &:  de  furmonter  les  ârtifi^ 
ces  ào.  iç.%  ennemis.  Quand  noftre  Sei- 
gneur parle  de  foy  vn  peu  auantageufei 
ment,  les  luifs  luy  reprochent  qu'il  fc 
-rend  témoignage  àluy-mefme ,  &,  difenê 
quefon  témoignage  n'eft  point  digiie  de 
foy.Qiand  S.  Paul  raconte  les  chofes,qu0 
Dieu  a  faîtes  par  luy  ou  pour  luy  dafts 
l'exercice  de  fon  miniftere  ,  fesaduetfai- 
res  l'accufent  d'imprudence,  5^  mefmes 
de  vanité.  La  confiance,  la  magnanimité^ 
la  liberté  de  parler,  a  paiTé  pour  orgueil  en 
Chryfoftome,  &eft  arriué  à plufieurs  au- 
tres que  les  chofes  mefmes  qu'ils  difoyenç 
pour  (eruirà  leur  defcnfe,  leur  ont  èfté 
tournéesàblafme  par  leurs  ennemis.  Mais 
tarityaâilfaut  toufiours  faire fon  deùoir;> 
en  imitant  les  vettusdu  Seigneurlefuséè 

G   ij 


^ê  Sermon  Ljur  le  chap .  12  ; 

la  conduite  de  ks  Apoftres,  Ec  bien  que 
la   malice  de   quelques- vns  fe  monftrc 
)  obftinéeô^inuincible,  il  ne  faut  paslaif- 
ferde  direjcommefauicy  S.  Paul,  ce  qui 
en  feruanc  à  la  iuflificacion  dcnoftrein-* 
nocence,  peut  oucrc  cela  concribucr  à  Te- 
dificaiion  du  public.  Ec  comment  cft-ce 
quV  concribiië  ce  que  noftre  Apoftredic 
icy  r'CerceSjmes  frères ,  il  illuftre  la  gloire 
du  S.  Euangile.  Car  quelle  feue  de  Phi- 
lofophes ,  de  celles  qui  ont  eftc  le  plus  eh 
réputation  dans  tous  les  fiecles  ,  le  peut 
vanter  d'auoir   eftc   confirmée  par  de 
femblablesvifions?  Quelle  religion,  par 
iqui  qu  elle  ait  efté  inftituceja  eu  des  féaux 
il  magnifiques  &  fi  authentiques  deladi- 
uinité  de  fa  reuelation  ?  Moyfe  ,  ccrteSj 
a  bien  monté  fur  la  Montagne  ,  &:  y  a  eu 
de  fort  eîlroirtes  communications  auec- 
que  Dieu.  Mais  autre  chofc  eft  la  mon- 
lagne  de  Sinaï ,  &  autre  le  troifieme  ciel: 
autre  les  commandemens  dont  Moyfe  de- 
uoit  former  le  corps  de  la  Loy,  Vautre 
ces  paroles  inénarrables.    Outre  cela  ,  il 
releue  l'Apodolat  de  ce  grand  fcruiieur 
de  Dieu  j  6c  le  icnd  ie  ne  fçay  comment 
plus  efficace  à  la  confolation  èc  àTedifi- 
tatio€idcs  Gentils  j  à  qui  noftre  Seigneur 


Ma Ih  aux  CoK  T.  /.  2o  j •  ^.  j.    ^> 
suok  particuUcreraent  deftiné  rçmploy> 
de  (on  miniftere.  Ec  il  nous  importe  qu'il 
foie  honorable,  8ç  qu'il  paroiiïe  que  nos 
anceftres  onceftc  conuertis  par  yqhom- 
mequeDieua  cfleuéd'vne  façon  fi  admi- 
rable,qiril  l'a  bien  voulu  admettre  à  la  par»^ 
ticipation  des  chofes  incomprehenfibles 
qui  fedifent  en  fa  prefence  dans  fonTanT 
âuaire  de  ià'haut.   Enfin ,  bien  que  cela 
foie  arriué  au  feul  S.Paul ,  5^:  que  BQus 
D'en  voyons  point  d'autre  exemple  ,  fi 
eft- ce  qu'il   ne  laiflê  pas  de  nous  four- 
nir loccafion  de  faire  reflexion  fur  nous- 
mcCrocSy  Se  (ut  les  auangoufts  que  Dieu 
Rous  donne  dés  cette  vie  delà  félicité  ce- 
kfte  à  laquelle  nous  afpirons.   Car  il  ne, 
nous  rallie  pas  au  ciel  à  la  veriic,  niais  il  faiç^ 
defcendre  le  ciel  en  nos  cœurs ,  par  Ics^ 
preffentimens  qu'il  nous  donne  de  fon 
éternelle  félicité,  ôc  par  lesafieurancesde 
îîoftre  bénite  adoption  ,  qu'il  imprime 
dans  nos  confciences.    Comme  donques 
S.  Paul  s'e(t  glorifie  en  Dieu  de  ce  qu'il 
Tauoit  enleué   en  Paradis  ,  glorifions- 
nous  en  luy  de  ce  quila  la  bonté  de  mettre, 
le  Paradis  en  nosames.    Mais  comrneil 
s'en  efl:>  glorifié  en  D/eu  feul  ^  donnons, 
pareillement  à  noftre  feul  Rédempteur  îa> 


54.  Sermon  K  fur  le  ch4p.  t2. 

glcirc  de  noftre  confolation  &:  denoflrr 
çfpcrance.  Comme  S.  Paul  s'eft  foulage 
en  fes  ennuis  par  le  fouuenir  de  ces  diili- 
jnes  reuelations  j  adouciflbns  ramertumé 
de  nos  afïli£tions  par  le  fentiment  que 
Dieu  nous  donne  de  fa  paix  :  &  comme 
S.  Paul  a  pris  cette  fienne  exaltation  la- 
haut ,  pour  vn  préjugé  de  fa  refurreftioU 
d'encre  les  morts,  8c  de  fa  glorification 
dans  le  ciel  ;  prenons  les  afTeurances  que 
Dieu  nous  donne  de  fa  dileftion  en  noftré 
Seigneur,  pour  des  arres  indubitables  dé 
la  participation  de  l'immortalité  glorieu- 
fe.  A  Dieu,  qui  nous  en  a  donné  l'efpe» 
rance,  Pere^  Fils  &:  S.  Efprit,  vn  fcul  Dieu 
benic  éternellement,  foit  gloire,  force,  fi^ 
empire  aux  fiecles  des  ficelés,  AM£Ni 


K. 


3> 

SERMON  SECOND 

SVR     CES     MOTS, 

£t  a  oui  des  pneles  w  en  an  allé  s  y  ^  qu'il 
neji  -pofihUd  homme  de  raconter. 

FR.EKES    BIEN-AIMEZ     EN    NCSTrS 
$£1  GNtVR. 

L'Apoftre  S.  Paul  efcriuant'aux  Ro* 
mains,  en ronzieme chapitre  del'Epiftre 
qu'il  leur  a  addrefîee ,  après  auoir  parlo 
deladiuerfe  difpcnfacioa  de  Dieu  enuers 
lesluifsô^  enuers  les  Gentils  jcommenE 
ayant  laifle  cheminer  ceux-cy  en  leurs 
vbycs  ,  il  a  appelle  les  autres  à  fa  connoif- 
fance  par  reftabiiffemenc  de  fon  alliance 
au  tnilieu  d'eux:  puis  après ,  de  la  vocation 
des  Gentils,  &  de  la  rejcftion  des  luifs, 
comment  il  a  fait  prefcher  cfficacemenc 
fon  Euangile  à  ceux-là  ,  U  a  retranché 
ceux  cy  de  Tes  alliances;  &  enfin  ,  de  Tef- 
perance  du  rappel  àt%  luifs  après  que  la 
plénitude  desGentils  fera  entrée,s'efcrie, 
Ù prcfândeur  des  richejjes  ^  de  la  /i:ipkme  de 
lyieH  \  ^efes  ingemensfont  incowprehen/d^ 
blés  y  ^fes  voyes  mpofibles  à  tr&ufier  î  Cej| 


f  o  Ser  mon  Ihfur  h  châj.  it: 
à  dire  que  ce  grand  feruiteiir  de  Dieu 
v'oy.Tnt  qu'il  n'y  auoic  pas  moyen  de  ren- 
dre les  raifons  de  la  conduire  de  laPrpuU 
dence  de  Dieu  en  cela, parce  qu'il  ne leis 
auoitpas  rcucices,  il  s*arrefl;e  là  comme 
fur  le  boî  d  d'vn  abyfme  qu'il  eu  impofll- 
ble  de  triuerfer  ny  de  fonder,  &  que  qui  le 
ToudroitcfTayer  ,fe  ietrcrolc  endesfpe- 
Gulafions,  ^(c  precipiteroit  foy-mefme 
en  des  profondeurs  où  il  ne  manquefoic 
pas  de  fç perdre.  Peut  eftre,  mes  frères» 
^u'il  ne  (croit  pas  fi  périlleux  derecher-» 
cher  quelles  ont  cftc  ces  paroles  que  TA-*, 
ppflre  ^  oujes  en  Paradis  :  mais  neanc- 
^oir^s  on  peut  dire  ceriameroent  qu'il  fe-» 
joit  autant  inutile.  Car  puis  qu'il  dit  icy 
luy  mefme  qu'elles  font  inenarrables,«&: 
Cju'i!  eft  impoffible  à  qui  que  ce  foit  d'en- 
tre les  hommes  de  les  raconter  ,  à  quoy 
pourroit  enfin  rcuflir  la  curiofité  de  les 
Luoir,  fînon  à  ce  qui  reùflîc  de  tafcher 
d'approfondir  àts  abyfmes  qui  n'onc 
point  de  fond  ,  ou  d'effaycr  à  mefurer  des; 
choies  qui  font  infinies  D  Mais  quand  il  y 
auroic  en  cela  plus  d'efperancc  defucccs 
qu*il  n'y  en  a  ,  il  ne  faudroit  pourtant  pas 
y  lafcher  la  bridç  à  fa  curiofité  ;  parce 
qu'en  toutes  çhofes  la  modcftie  eft  vnc 


le  U  JL  aux  Cof]  v.  {.  z,  5.'  4.  fl  ^X 

des  plus  belles  qualités  de  refprit  hu« 
main  :  qu*elleeft  requife  fur  tout  en  ceux 
qui  interprètent  la  Parole  de  Dieu,  de  qui 
quelcun  des  Anciens  a  dit  qu'ils  nedoi^ 
uent  pas  eftre  hardis:  ^  qu'après  vn  tel  ad- 
uertiflement  qu'eft  celuy  de  S.  Paul  en 
cet  endroit  ,  vouloir  aller  au  delà  de  ce 
qu'il  nous  en  a  reuelé ,  ce  feroit  vne  temc- 
rité  puniflable,  le  feray  donc  brief  icy/ 
parce  que  mon  texte  ne  me  fournit  pas  le 
(ujet  de  parler  long  temps,  ôç  que  ie  ne 
prends  point  de  plaifir  à  foriir  hors  des 
bornes  du  thème  que  ie  me  fuis  propofés 
Se  particulièrement  ie  tafcheray,moyen-^ 
nantla  grâce  de  Dieu,  d  yeftrererenu& 
circonTpcÊb,  pour  ne  mettre  pas  le  pied, 
comme  dit  noûreApoftre  en  quelque  lieu^ 
dans  les  chofes  que  ie  n*ay  point"  v eues/ 
La  première  ehofe  qu'il  dit  icy,mes  frereSj, 
c'eftqu'ilaouï  :  &^  vous  voyés  comment 
nos  perfonnes  font  compofées.  Outre  les 
puifiances  de  nos  âmes,  &  les  fens  qu'on 
appelle  intérieurs,  nous  en  auons  d'exté- 
rieurs au  nombre  de  cinq ,  à  fçauoir  i  ouïe, 
la  veuc,  le  flair,  le  goiift,  3c  lattouche- 
ment.  Or  de  quelque  façon  que  ce  rauif- 
fementfe  foit  fait,  (&S.  Paul  ne  décide 
f  oint  fi  c'eft  en  corps  ou  hors  du  corps ,  ) 


t^i  ^Sfrmon  II.  fur  le  chap.  iZ 
le  toucher  n'cftoic  pas  vne  faculté  qui 
âeuft  icy  exercer  fes  opérations.  Car  c  elt 
vn  fcn$  trop  matériel  &  trop  charnel  ;  les 
objets  qui  s'y  rapportent  font  trop  grof- 
Cers,'&:  les  voluptés  qu'ils  canfent  quand 
on  les  reçoit ,  font  trop  ammafes ,  pour 
pouuoir  trouuet  lieu  dans  les  lieux  celé- 
ftes.  Le  gouft  n'y  eftoit  pas  propre  non 
plus:car  c'eft  vne  efpeced'attouchement, 
&c  par  confeqnent  ileft  matériel  comme 
luy ,  &  au  troifieme  ciel  on  ne  boit  point 
Se  on  ne  mange  point.  Et  quant  à  ce 
que  noftre  Seigneut  dit  qu'au  royaume 
des  Ci  eux  nous /crcns  afts  a  table  auec 
j^brahaWy  Jfaacd^  lac  oh ,  &  qu'à  celuy  qui 
vaincra  ,  il  donnera  a  manger  de  la  manne 
cachée  X  &  du  fruit  de  C  arbre  de  ve  quiejl 
au  milieu  du  Paradis  de  fon  Dieu,  ce  font  des 
façons  de  parler  fymboliques,  qu'il  em- 
prunte des  chofcs  qui  fe  font  en  la  terre, 
pour  nous  reprelenccr  celles  du  ciel ,  qui 
font  d'vne  nature  toute  difFerenie,  Se 
qu'à  caufe  de  noftre  foibleffe,  il  feroitab- 
foîument  impoflible  que  nous  peuflîons 
comprendre  autrement.  Le  flair  mefme 
ij'y  eftoit  pas  bon.  Parce  qu'encore  que 
ce  fens  foit  plus  délicat ,  &  en  quelque  for- 
te plus  fpiritucl  Quç,  les,deux  aucres^fi  vo«s 


ifc  k  IL  aux  Cor.  y.  1.2.$.  4.  f^  45 

le  comparés  aueceux,  fi  eft -ce  qii'à  le  rc-- 
garder  ablolu  me  ne  en  luymefme  ,  il  ne 
lailTe  pas  d'eftre  matériel.  Ec  de  plus ,  les_ 
bonnes  odeurs,  qui  font  les  objets  qui  s'y 
rapportent  5  font  des  qualités  qui  s'exha- 
lent dVne  température  Se  dVne  co£tion 
bien  parfaite  des  elemens  ,  quand  la  cha- 
leur du  Soleil  les  a  excellemment  bien  & 
îneflés&  digérés  dans  les  corps  quife  font 
formés  de  leur  compofition.    Or  iln'y  a 
point  là- haut  d'elemens  de  la  nature  des 
noftres,  Se  il  ne  s*y  en  fait  aucun  mellange 
dans  la  compofition  des  corps.  Auflî  cft  it 
certain  que  ce  fens-là  tient  beaucoup  de 
cette  condition  naturelle  Se  animale  qui 
doit  eftrc  abolie  en  nous  lors  que  nous  fe- 
rons rendus  capables  de  la  demeure  da 
Ciel.  Mais  pour  ce  qui  eft  des  yeux  ,  c*  eft 
vnfens  fifpirituel  Scû  noble,  &  fi  propre 
pour  acquérir  la  connoiflancedeschofes* 
qu'on  pourroit  icy  s'eftonner  comnient 
l'Apoûre  n'en  fait  point  de  mention  i  veu 
principalement  qu'il  y  a  là- haut  des  objets 
vifibles  5  <gui  luy  pouuoyent  donner  beau- 
coupdc contentement,  Scluy  caufcrvne 
fouueraihe  admiration. Quelques  célèbres 
interprètes  de  la  Bible  trouuent  icy  quel- 
que chofc  de  myfterieux.    Car  ils  dlfent 


'4  4  Sermon  II.  fur  le  c^dp]  t^ 
que  cette  vifion  ,  &  la  narration  que  l'Aî 
poftre  nous  en  faic ,  ont  eue  difpenféesi 
d'une  façon  accommodée  à  la  façon  de 
Liquelle  Dieu  noii^  communique  fa  con- 
iioifrance  par  (on  Euangile  :  Se  qu'il  y  em- 
ployé non  pas  Içs yeux, mais louïe/elon 
ce  que  noftre  Apoftre  dit  au  chapitre  cin- 
quième de  cette  mefme  féconde  Epiftre 
aux  Corinthiens,  que  »or^s  che?mmnsfar 
fiy,&  non  point  par  veu'é.  Ec  ilsy  obferuenc 
mefme  vne  différence  confiderable  entre 
Moyfe&S.Paul.  CarMoyfe,  quandil 
cftoit  fur  la  Montagne,  n'oyoit  pas  feule- 
ment \ç.s  chofes  qu'il  dcuoit  rapporter  au 
peuple  par  le  commandement  de  Dieu, 
ilvoyoitaufli  le  modelle  de  celles  qui  de^ 
uoyent  eftre  conftruites&pratiquécspour 
le  Culte  de  la  Diuiniré  fous  cette  alliance» 
là.  La  raifon  de  cela  efl:  qu'il  a  deu  eftablir 
yncReligion  dans  laquelle  nonfeulemenc 
les  Ifraelices  deuoycnt  apprendre  par 
louye  les  chofes  qu'ils deuoyçnc  fauoir, 
mais  où  ils  en  deuoyent  encore  voit 
d'autres  cfquelles  le  feruice  de  Dieu  auoic 
àconfifter.  Aulieu  que  quant  à  F  Apoftre 
S.  Paul,  le  grand  Prédicateur  delanou» 
uellç  Alliance  ,  il  a  cfté  efleuc  au  troifie- 
«le  ciel,  qui  furpafle  en  dignité  &cn  ele- 


de U  1 1  aux  Cor. v.i.i.y^.f,    ^ 
uacion  la  montagne  de  Sinaï ,  autant  que 
TEuangile  de  Clirift  eft  plus  excellent 
que  l*âlhance  légale.   Mais  il  a  ouïTeu- 
lemenc  s  &  n'y  a  rien  veu  :  parce  que  TE- 
uangile  deuoiccftre  communiqué  a  Tea-. 
rendement  humain,  par  l'ouïe  ôr  non  par 
la  veuë.  Pour  ce  qui  eft  de  la  comparail'oa 
de  MoyfeauecS.  Paul,  nous  en  parlerons 
tantoft  :  &  quant  à  celle  des  deux  reli- 
gions, il  eft  certain  que  la  religio  quia  eftê 
eftablie  par  l'alliance  de  la  Loy  ,  cftoit 
incomparablement  plus  charnelle  &"  plus 
vifible  que  celle  qui  nous  a  cfté  reuelée 
par  TEuangile.  Car  le  Tabernacle  ,  U  les 
Vtenfiles  qui  y  eftoyent,  àc  les  viclimes 
qu'on  y  oflFioit,  &  généralement  toai  ce 
culte-là  5  eftoit  non  feulement  veu  des 
yeux,  mais  pouuoit  eftre  manié  des  mains, 
&  eftre  l'objet  de  tous  les  fcns  te  de  tou- 
tes les  puiflances  corporelles.  Au  lieu  que 
maintenant  comme  Dieu  eft  vn  Ëipric» 
nous  l'adorons^»  effrit&en  venté  -,  felori 
que  nous  y  fommes  erifeigncs  par  noftie 
Seigneur  lefus  Chrift   mefme.    Et  bien 
que  les  Sacremetis  qui  font  vne  partie  du 
feruice  de  Dieu  paimynous ,  aycntefté 
iiiftituez  en  des  clemens  qui  tombenc 
fous  les  fens  du  corps ,  U  particulieremérie 


i^G  SermonlI.furlechap.il. 

jfous  les  yeux,c'eft  neantmoins  peu  de  cho^ 
fc  que  cela  en  comparaifon  des  inftku- 
tions  légales.  Lafûj^ ,  dit  noftre  Apoftre, 
epfar  louïe  ,  ^  louïe  eB  far  la  Parole  dé 
/)/>//. Et  c*eft  la  prédication  de  l'Euàngile 
qui  eftappellée/^/»/;;//?^;'^  del'Efprity  par- 
cequec'eft  le  moyen  duquel  Dieii  feferc 
pour  amener  les  hommes  à  la  connoiflan- 
ce  deChrift  ,  &  du  falut  donc  il  nous  a 
donné  les  promeffes.  Et  ceminiftere, 
qui  fe  rapporte  à  nos  oreilles  ,  durera 
jufques  à  ce  qu'eftans  venus  à  lefFeftiuc 
poflertion  de  ce  grand  falut  ,  nous  che- 
minions non  plus  par  foy,  mais  par  veuè", 
Neantmoins,  fi  ce  rauiflemenc  auoit  efté 
exécuté  pour  quelque  telmyflere  que  cela, 
il  femble  qu*il  euft  efté  à  propos  de  le  dif- 
penferd'vne  autre  forte.  Car  il  euft  fahi 
que  S.  Paul  euft  &  ouï  &  veu  ,  parce  que 
nous  oyons  maintenant,  &  que  aous  ver- 
rons quelque  iour.  Mais  il  euft  efté  con- 
ucnable  que  les  paroles  qu'il  a  ouïes  euf- 
fent  peu  fe  raconter,  pour  fignifier  que 
1  Euangilc  nousdeuoit  eftre  reueléparla 
prédication;  &  que  les  chofes  qu'il  euft 
vcucs  n'euffent  peu  fe  reprefenter  :  pour 
nous  donner  à  entendre  que  la  gloire  de 
là  haut  nous  eft  abfolument  inconuc  iuf- 


Je  U  IL  aux  Cor.  nj.  ï.  %.  3.4.  {.  47. 
quesà  ce  que  nous  en  venions  en  louiffan- 
ce. Pour  moy,ie  ne  fcrois  pas  difficulté  de 
dire  que  TApodre  S.  Paul  a  &  veu&ouï 
des  chofes[inenarrables.  Soie  que  ce  trapf- 
port  aie  efté  fait  en  corps ,  ou  qu'il  ait  efiê 
fait  hors  du  corps,il  ne  pouuoit  auoir  la  fa- 
culté de  Touïe  en  eftac  a  écouter  des  parc* 
lesinenarables, qu'il  n'euft  celle  delà  veue 
en  eftat  de  voir  àtî  chofes  de  mefme  con- 
dition. Mais  iecroy  qu'il  ne  fait  mention 
que  de  l'ouïe  feulement,  parce  que  ce  qu'il 
aveu  ,  il  rie  l'a  veu  ,  qnelqueglorieux  qu'il 
fuft,  (iRon,  par  manierede  dire,  par  acci- 
dent feulement ,  parce  qu'il  ne  pouubic 
cftreenleué  là-haut  fans  y  voir  des  chofes 
èmerueiliables.  Niais  ce  qu'il  a  ouï  ,  c'a 
efté  d'vne  autre  façon  ,  parce  qu'il  a  efté 
enleué  exprés  pour  ouïr  des  paroles  iné- 
narrables qui  deucyentcftrediredemenc 
addrefféesàfaperfonne.  Car  il  eiitoutà 
fait  vray  fembîable  ,  que  c'eft  à  luy  que  les 
voix  celeftes  ont  parle.  Comment  qu'il  en 
foit  de  cela,  il  dit  qu'il  a  ouï  des  paroles. 
Quelques  vns  tournent  icy  des  cbojls,  Ee 
à  la  vérité  il  ne  peut  pas  eftre  contcflé 
qu'en  la  langue  Hébraïque ,  dont  le  Nou- 
veau Teftament  imite  ailés  fouuent  les 
locutions^  Yn  mefme  înot  signifie &:  des 


^8  Sermon  IL  fur  le  chap.  ïi; 
chofes  5c  des  paroles.  Et  quand  il  eft  dît 
^ue  f  homme  ne  "vit  f  as  feulement  du  ^ain^ 
mais  aufi  de  toute  parole  qui  procède  de  U 
bouche  de  Dieu  ;  c*cft  pour  nous  donner  à 
entendre  qu  encore  que  le  pain  foie  U 
nourriture  ordinaire  des  mortels ,  fi  eftce 
que  Dieu  n'y  a  point  tellement  attaché  la 
Vertu  de  nous  nourrir,  que  toute  autre 
^/^^/? ne foit capable  de  le  faire,  quand  il 
plaira  à  Dieu  de  Tordonncr  pour  cela.  Eç 
la  raifon  eft  bien  aifée  à  dire  pourquoy 
vn  mefme  mot ,  entre  les  Hebrieux ,  fert 
à fîgnifier&.  les  paroles  &:les  chofes  éga- 
lement. Car  les  paroles  font  inuentées 
pour  rcprefenter  les  chofes ,  &  ne  feruent 
linon  à  cela.  Et  les  chofes  nous  fcroyenc 
abfolument  inconnues  fans  le  feruice  des 
paroles  :  au  moÎRS  certes  celles  qui  ne  peu- 
ucnt  eftre  apperceuës  par  nos  yeux. Celles 
que  nous  poLiuons  voir  pcuuentbien  eftre 
connues  p^r  nous  fans  qu*on  nous  en  par- 
le. Mais  celles  qui  font  ou  de  leur  na- 
ture inuifibles^  oudiftantes  de  nous  de 
tant  d'interuallc  qu'elles  font  hors  delà 
portée  de  nos  yeux,  ne  peuuent  entrer 
dans  noftrc  intelled  que  par  le  minifterc 
de  la  paiole,  quand  elles  nous  font  rap- 
portées, ou  expliquées  par  quclcun.  Eç 


de  U  11  ^tix  Cor.  ô;.  t.  ].  4,  f.    4^ 

quand  ces  deux  chofes  là  fonciointesen- 
femble,  elles  sVniflent  par  rvfage ,  &  par 
manière  de  dire,  s'incorporenc  de  celle 
façon,  que  lesparolesfoncprifespourJes 
chofes  mefmes.  Se  qu'on  leur  attribue  les 
avions,  &  les  mouuemens,  8c  les  opéra*, 
lions  qui  ne  conuienneni  finon  aux  chofes 
febjement.  Ainfile  Nom  de  Dieu  eften 
l'Efôriture  fainte  pris  pour  Dieu  mefme, 
de  dans  le  Nouueau  Teftamcnc  les  mira- 
cles font  attribues  au  Nom  deChrift,com- 
me  (î  c'eftoit  luy  qui  les  fift.  lufqueslà 
que  là  où  les  paroles  manquent,  les  chofes 
(ont  en  la  parole  de  Dieu  quelques  fois 
prefumées  manquer,  Se  les  Apoftres  fon- 
dent des  myfteres  là-defTus  ,  comme  en 
l'hiftoiredeMelchifedecCardauiât  qu'au 
liure  de  la  Genefe,  où  il  eft  parlé  de  luy  li 
n  eft  rien  dit  ny  de  fon  père ,  ny  de  fa  mè- 
re, ny  de  fa  naîffance,  ny  de  fa  morr,  T  A- 
poftre  en  l'Epifire  aux  Hebtieiix  confide- 
re  cela  comme  fi  efFcaiuement  il  n'auoic 
eu  ny  père  ny  père  ,  Se  qu'il  euft  efté  fans 
commencementdeiours&:fansfinde\iej 
afin  d'en  former  vn  type  qui  fe  rappor- 
tait à  la  perfonne  &  à  la  charge  du  Sei- 
gneur lefus*  Ce  n  eft  pas  qu'il  fe  face  en 
cela  quelque  chofc  de  femblable  à  ce  que 

D 


.  jfo  Sermon  IL  fur  le  chap.  lil 
les  Magiciens  ou  les  fupetfticieu5{  s*imagi* 
iicncny  qu'à  la  prononciation  qui  fe  faic 
de  quelques  paroles  ,  ilfepuiire  par  leur 
vertu  produire  des  effefts  miraculeux  ôc 
furnacurels.  Soie  qu'on  les  efcriue  oa 
qu'on  les  prononce,ny  les  voix  articulées, 
ny  les  carafteres  imprimés ,  n'ont  aucune 
vercu  que  celle  de  leur  fignificacion.  En- 
core ne  l'ont  ils  pas  d'eux-mefmes,  mais 
de  la  volonté  des  hommes,  &  du  confeii- 
tement  des  nations.  Ce  n'cft  pas  encore 
qu'il  s'y  trouuc  rien  qui  approche  de  ce 
que  ceux  de  la  Communion  de  Rome 
attribuent  aux  paroles  de  l'infticution  de 
la  fainte  Cène ,  dcfquelles ils  difent  qu'el- 
les ont  le  pouiioirde  conuertir  la  iubftan- 
ce  du  pain  &:  du  vin  en  la  fubttancc  dti 
corps  &  du  larg  de  noftre  Seigneur  Icfus 
Chrift.  C'eft  vncimagination  qui  ne  s'ac- 
corde pas  auecque  la  Parole  de  Dieu ,  qui 
choque  l'analogie  de  la  Foy ,  qui  renuerfe 
le  dileours  de  la  Raifon ,  &l  qui  dément  le 
témoignage  Se  la  dépofuion  des  lens  mef- 
mes.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable  en 
cecte  vnion  des  paroles  auec  les  choies, 
ceft  qu'elle  le  fait  à  peu  prés  comme  ccUc 
d'vn  verre  tranfparcnt  aûec  vn  obiet  vi.. 
lîble  que  nous  concemplons  au  traucrs* 


âela  IL  aux  £or.  "v.  /,  2. 3. 4.  y,  jx 
Car  comme  encore  que  le  verre  foie  pluà 
jprochede  nos  yeux  ,  fi  eft-ce  que  c'eft 
propremenc  furl'obiecmefme  que  noftre 
veuë  fe porce,  8c  qu  en  fon  operacion  nous 
ne  faifons  prefque  aucune  confideratioh 
du  verre,  bien  que  ce  foit  par  fon  entre- 
iîiifequc  nous apperceuons  l'objet  :  Ainfi, 
bien  que  ce  foycnc  les  paroles  qui  tou- 
chent immédiatement  nos  oreilles,  &  que 
les  chofes mefmes  n*y  entrent,  àc  ne  vicn- 
iicnc  iufques  à  nos  entcndernens^finori 
par  le  véhicule  des  mots,  fi  eft-ce  que  nos 
cfprits  ne  s'arreftent  prefque  point  aux: 
mots  ,  &  fe  portent  direÛement  fur  les 
chofes  qu'ils  reprefentent.  11  eft  donc 
comme  indiffèrent  détourner  ce  motpac 
celuy  de  chofes  ou  par  celuy  d^j^^rales,  de 
neantmoins  ie  croy  que  nos  interprètes 
ont  fort  bien  fait  de  s*arre.fter  à  ce  dernier* 
Car  prertîieremenc ,  fa  première  de  pluS 
propre  intelligence  eftdefignifierdes  pan 
roleS  :  or  il  ne  fe  faut  point  départir  de  la 
propre  fignification  des  termes,  fi  l'on  n'y 
cfl:  obligé  par  quelque  neceffité.  Puis 
après,  bien  qu'on  puiiTe  dire,  t'ajf  ouï  des 
chofes^  fi  eft-  ce  que  ce  terme  d'ouïr,  Se  ce- 
luy de  paroleSîOac  vn  plus  naturel  rapporc 
Tvnà  rautre,que  cçluy  d'ofnr^  &c  d^éûfes^ 


y^  Sermon  IL  fur  le  chap.  ii? 

ti'enpeuuencauoir.  Parce  que  comme  îe 
Tay  defia  dit,la  relation  des  paroles  à  ouïr, 
eft  immédiate,  au  lieu  que  celle  des  choies 
ne  Teft  pas.  De  mefmes ,  il  ne  feroit 
pas  impercinent  de  dire  qu'il  a  ouï 
dfschofes  inénarrables,  &  qu'il  neft  per- 
mis à  aucun  homme  de  raconter.  Mais  il 
eft  beaucoup  plus  iufte  de  dire  qu'on  a 
ouï  des  paroles  ineffables  ou  inénarrables, 
&  qu'il  eft  au  deffus  de  la  puiffance  des 
hommes  depouuoir  exprimer  &  rappor- 
ter. Enfin,  il  y  a  dans  l'original  ie  ne  fçay 
quelle  rencontre  fort  agréable  3c  fort  élé- 
gante entre  le  moi  de f^arû/es&c  celuy  d'i- 
nenarrabies,  qui  ne  s'y  rencontrcroit  pas  fi 
ct\uy  dt  thoftsy  eftoit  employé.  Car  il  y 
a  au  Gîte:  l'ay  ouï  di  s  paroles  tjféinepeuuert 
VGtntou  qui  ne  doiuent^oïnt  ejlre  péirlées  ;  ce 
qui  n  a  point  de  grâce  en  noftre  langue, 
mais  qui  fait  vn  fort  beleffeâ:en  l'origi- 
nal. Mais  voyons  déformais  en  quel  fens 
TApoftre  dit  qu'elles  font  inénarrables,  ôc 
qu'il  ci\  impoffible  à  tout  homme  de  les 
raconter.  D'abord  il  faut  icy  remarquer 
que  ce  icïtuc  ir/c^arral/cs ,  &  ceux-cy, 
€[}iileftin/pûfible  à  tout  homme  de  racontery 
ne  fignificnt  qu'vnc  mefme  chofe  >  &  que 
les  derniers  n'ont  cfté  adjouflés  que  pour 


/erulr  de  commentaire  Se  d'explication  au 
premier.  Car  le  faint  Apofttea  eu  quel- 
que crainte  que  s'il  n'employoit  que  Iç 
premier  il  ne  fuftpas  affés  entendu,  c'eft 
pourquoy  il  a  ad joufté  les  autres  pour 
Tinterpreter  :  ou  que  quand  il  feroit  affés 
entendu,  Se  qu'il  n'euft  pas  befoin  din^ 
tcrpretation  ,  il  n'exprimaft  pas  fon  in-r 
tentionauec  affés  d'emphafe.  Apres  cela» 
&lVn  &  l'autre  de  ces  termes,  inénarra- 
ble, dijc,  &  qui  ne  fe  peut  raconter  ,  peu- 
uenc  auoir  deux  fignifications ,  commç 
on  peut  conlîderer  en  l'homme  de  deux 
fortes  de  puiffançes.  Car  il  y  en  a  vnc  que 
l'on  peut  appellerphyfique,  parce  qu'elle 
confifte  dans  la  faculté  naturelle  qu'on  :^ 
de  faire  quelque  chofe,  quand  on  eft  mu* 
ni  de  la  force  Se  des  organes  neceffaires 
pour  cela.  Ainfidifons  nous  qu'iUftpofc 
fible  à  vn  hommç  de  marcher,  quand  il  ^ 
de  bonnes  ïambes  Se  de  la  vigueur  dans  Iç 
corps  :  mais  qu'il  luy  eft  impoflible  de  vo- 
ler, parce  que  la  Nature  ne  luy  a  pas  ion 
né  des  ailes.  Et  il  y  en  a  vne  autre  que 
l'on  peut  appeller  moraI§^,  parce  qu'elle 
confifte  en  la  pçrmlflîpn  qui  nous  acfté 
donnée  de  faire  quelque  chofe.  /Gequi 
s'e3^prime  ordinairement  par  k  terme  cîa 

ft.    "1; 


j^         Sermo  n  II.  fur  le  chap.  tz^ 
permis,  ou  de  licite, ou  de  loifible,  fi  noflrè 
langue  Fiançoifc  foufFrc  à  cette  heure 
ciueronfefeiuede  ces  rnots.    Mais  quel- 
quesfois  nous  nous  feruons  de  ce  rcrme  dç 
pof^uû^r  jpou:  l'exprimer.    Comme  quand 
inous  difons  que  nous  pouuons  à  cette  heu- 
re mangerde  coûtes  fortes  de  viandes;  ce 
que  lesluifs  nepouuoyent  pas  autrefois. 
On  peut  donc  icy  prendre  les  paroles  de 
S.  Paul  en  deiix  façons ,  &r.  de  fait  les  in- 
terprètes les  tournentdiuerfement.  Car 
quelques- vns  traduifent  comme  ie  lajr 
Jeu  deuant  vous  dans  la  verfion  dont  nous; 
nous  feruons,  qutln*(Jlpophle  khonnnede 
f^aconter'-  8c  les  autres  le  tournenc  ainfi^ 
i^U'ilncftfermis  ou  lôifihlc  à  homme  de  racon* 
ter.  De  forte  qu'il  faut  examiner  ces  deux 
interprétations  IVne  après  Tautre.  Quel- 
ques- vns,qui  s'attachent  à  la  fecondc,fonî: 
icy  vnecomparaifon  de  Moyfe  auecque 
S.Paul.  Car,difent-ils,  Moyfe  a  monté 
fur  la  montagne,  8i  S.  Paul  a  eflcefleué 
au  Ciel.  Moyfe  a  eu  fur  la  montagne  vne 
forç  eftroitte   communication    auecque 
Dieu  :  8c  S.  Patll  a  eftéadmis  à  la  partici-* 
patlon  deschofcs  qui  fe  difoyent  dans  le 
iandunirede  rEternel.   Moyfe  a  veufur 
îaxnontagnca  &  a  receu  deDieumefmeji^ 


deïa  11.  aux  Cor,  v^.j.  z.i.'^'^,  y| 
Udefcriptioa  bien  exa^e  de  tout  ce  qui 
concernoiclacôduite  de  rEgiifed'Ifraeij 
S.Paul  a  receu  en  Paradis  la  tablacure  du 
gouuernemenc  de  l'Eglife  Chieftienne 
tandis  qu'elle  fejournera  fur  la  terre. Mais 
tant  s'en  faut  qu'à  Moy  fe  il  ait  eflé  défendu 
de  reueler  les  chofes  qu'il  auoic  veuès& 
ouïes ,  que  mefme  il  luy  a  efté  commandé 
de  les  déclarer  :  ce  qu'il  a  fait  tant  dans 
fesEfcritSjOÙ  il  a  donné  au  peuple  d'I  fracl, 
auec  vne  exactitude  admirable  ,  toutes  les 
prdôn^nces  qui  côcernoyent le  feruiçe  de 
Dieu ,  la  Police ,  &c  la  Moralité  5  que  dans 
les  confeils  qu'il  a  donnés  de  viue  voix, 
félon  que  les  occurrences  s'en  font  prefen- 
tées.  Et  quant  à  S.  PauU  non  feulemene 
il  ne  luy  a  pas  efté  permis  d'en  faire  de; 
mefme;  mais  mefme  il  luy  a  efté  expreC- 
fément  défendu.  D*oii  vient  que  S.  Paul, 
qui  eftoit  peut  eftre  plus  capable  de  don* 
ner  confeil  en  toutes  chofes  que  S.  Pierre, 
ne  Ta  pas  fait  :  au  lieu  que  S.  Pierre ,  qui 
n'auoitpas  veu  de  û  admirables  vifions, 
eft  celuy  à  qui  il  a  efté  ordonne  de  fournir 
à  l'Eglife  de  Icfus  Chrift  toutes  les  inftru- 
élions  qui  font  neceflaires  pour  fa  con- 
duite. Vous  vo.yés  bien  3  mes  frères ,  à 
quQj  cette  interprétation  là  tend.   Qft 


je  Sermon!  L  fur  le  chap,ii. 
veut  à  la  vérité  préférer  S.  Pierre  à  S. 
Paul:  mais  c'eft  afin  d'attribuer  quelque 
chofe  à  celuy  que  l'on  die  eftuc  le  fuccef^ 
feurdeS.  Pierre  en  fon  Apoilolat,  com«^ 
nie  fi  c'eftoit  à  luy  que cetce  prétendue  au- 
torité de  gouucrner  l'Eglife  de  Dieu ,  fufi: 
deuoluè  en  la  terre.  Defia,  c'eft  à  mon 
aduis  vne  erreur  que  de  faire  comparaifon 
de  S.  Paul  auecque  Moyfe  en  cette  occa- 
fîon,  comme  fi  ç*auoit  eftéàmefmedefi 
fein  que  rvneuftefté  efleué  au  iroifiemc 
ciel ,  8>c  que  l'autre  auroit  efté  admis  à 
communiquer  auecque  Dieu  fur  le  fom» 
mec  de  la  Montagne.  Moyfe  n'a  point  cfté 
en  cela  le  type  de  S.  Paul ,  mais  de  lefus 
Chrift.  Car  comme  il  a  efté  fur  la  monta- 
gne, Chriftaefté  dans  le  Ciel.  Comme 
il  a  eu  yne  fort  intime  communication 
auecque  Dieu  ,  Chrift  à  efté  là  haut  au 
Ciel  dans  le  fein  rnefme  du  Père.  Com- 
me il  a  appris  fur  la  montage  ce  qu'il 
deuoic  &  faire  &  fauoir  pour  inftituer  la 
religion  donc  ilelloicle  Médiateur,  afin 
de  la  rapporter  au  peuple  d'Ifraël ,  Chrift 
a  deu  apporter  icy-bas,  Se  y  a  efteftiue- 
menc  apporté  la  reuelation  des  fecrets 
doncla religion  Chreftiçnne  deuoic eflre 
compofée.    Comme  il  apportoic  de  la 


>/<i  /l  dux  Cor]  •y,  7, 2~  j .  4..  j.  JT 
itnontagnevn  vifage  rayonnant,  dont  le 
peuple  d'Ifraël  ne  pouuoic  fouftenir  l'é- 
clat,  Chrifteftdefcendu  de  là-haut  tous 
jrefplendiflant  des  rayons  de  fa  diuinué,  ô£ 
de  l'éclat  de  fa  charge,  &des  lumières  de 
vérité  qui  en  fortoyent,  &  quife  refpan- 
doycnt  magnifiquement  autour  de  luys 
mais  les  luifs  auoyent  les  yeux  de  Ten* 
tendemenc  trop  foibles  &  trop  obfcurcis 
pour  en  pouuoir  fupporter  la  fplendeur 
cmerueillable.  Apres  cela  ,  mes  frères, 
ceft  fans  doute  eftre  bien- hardi  d'ofer 
ainfi  déterminer,  que  comme  Moyfe  a 
veu  toute  la  delineation  du  gouuerne- 
mtfit  de  TEglife  d'Ifraël  fur  la  montagne 
deSinaï,  S.  Paul  a  pareillement  veu  au 
Giel  la  delineation  du  gouuernement  de 
rEgllfeChrefticnnc.  Puis  qu'il  dit  que  les 
paroles  qu'il  a  ouïes  font  inénarrables ,  & 
qu'il  n'eft  ou  permis  ou  poffible  à  perfon- 
ne  de  les  exprimer  *  d bii  eft-  ce  que  ceux 
qui  mettent  cette  interpretatiô  en  auant, 
ont  peu  recueillir  que  c'eft  le  plan  de  l'Egli- 
feGhreftienne  &de  fon  gouuernemet^qui 
luyaeftédécouuert  ?  Neft-ce  pas  là  pro- 
prement cequenoftre  Apoftre  condam* 
ne  ailleurs,  s'auancer  &  mettre  le  pied 
dans  les  çhofes  ^ue  rpn  n?  point  veuës.^ 


jS  Sermon  IL  fur  le  chap,  i^,' 
S.  Paul  cachet  fiipprimelacônnoiflance 
de  ces  merueilles  tan t  qu*il  peut  :  il  m^t  au 
deuant  des  barrières  pour  cmpefcher  la 
curiofitéderefprit  de  rhomme  d'en  apr 
procher:  8c  ncantixioinson  alahardiefle, 
non  feulement  de  s'en  enquérir ,  mais  de 
dire  determinément  ce  que  ce  peut  eftrc* 
C'eft  véritablement  entreprendre  3t  vou- 
loir fauoir  au  delà  de  ce  ejni  tfi  cfmt\  & 
comme  Ton  met  aux  bords  de  quelques 
cartes  geogtaphiques  5  II  n'y  a  plus  riea 
au  delàfinon  de  profondes  fablonniercs, 
ou  des  mers  absolument  inconnues ,  ou 
dcspaysinhabités;  on  peut  dire  que  hors 
les  termes  de  ce  qui  efl:  efcrii  en  la  Parole 
de  Dieu,  il  n'y  a,  en  ce  qui  touche  les 
matières  de  la  Foy ,  finon  des  précipices 
^  des  abyfmes  où  l'entendement  de 
l'homme  fe  perd.  Adiouftésen  troifieme 
lieu ,  que  non  feulement  ce  qu'ils  difent  là 
cft  très-incertain ,  mais  mefmcs  que  ce 
qu'ils  y  adiouftentn'efl:  pas  véritable.  Car 
il  cft  bien  vray  que  l'Apoftre  S.  Pierre 
nous  a  laiffé  deux  excellentes  Epiftres 
danslefquellcs  il  a  mis  d'admirablemenc 
^eaux  enfeignemens.  Et  bien  que  ceux 
qu'il  a  donnés  au  Concile  de  lerufalemi 
(oyent  comnvins  aux  autres  Apoftres>fî^ 


de  U  1/.  aux  Cor,  v. r. 1. 5, ^r.J]  f^. 
mefmeà  S.Paul  qui  y  aflîfta,  ieiïemop- 
poferay  pas  à  ce  que  i*on  die  qu*il  y  en  fit 
\ts  premières  ouuercures,  &  qu'ainfi  on 
ne  les  luy  attribue  en  quelque  forte  en  parr 
ticulier.  Mais  ie  fouftiens  que  S.  Paul  nous 
€n  abeaucûup  plus  laiffé  que  luy  >  &  dans 
yne  beaucoup  plus  grande  variété  de  ma- 
t/cres.  G'eftluyquinousa  appris  quelles 
doiuent  eftreles  qualités  des  Euefques  82 
des  Diacres ,  &  quelle  doit  eftte  leur  con- 
duite en  TEglife  de  Dieu.  C'eft  luy  qui 
leur  a  donné  le  modelle  ,  aux  vnsdeleur 
^dminiftration ,  aux  auc res  de  la  manière^ 
de  leur  prédication  ^  &:  à  eux  tous  en  corn- 
iXîun    Faducrtiffemenc   conxment  ils  fc 
doiuent  propofer  à  tous  les  fidelles  en 
exemple.  G'eft  luy  qui  nous  a  laiffé  par 
cfcrit  la  manière  félon  laquelle  il  faut  cé- 
lébrer le  facrement  :  c'efl;  luy  qui  nous  a 
cnfeignés  comment  il  faut  faire  le  feruice 
en  TEglife  de  noftre  Seigneur  &  en  quelle 
langue.  Nous  tenons  de  luy  comment  il 
fe  faut  gouuerner  en  la  diftribution  des 
çenfurcs  qu'il  faut  appliquer  aux  delin- 
quans  U  aux  fcandaleux  :  &c  c'efl  fa  fagefle 
qui  nous  a  fourni  les  inflruôions  qui  con- 
cernent le  mariage.  Il  ne  s'eft  pas  côxentè 
de  nous  exhorter,  comme  il  a  fait ,  yiuç? 


Sa  Germon  IL  fur  le  chdp,  ii] 
ment  à  la  charité  ;  il  a  encore  prefcrît  fort 
foigneufement  comment  il  la  fautpratU 
<|uer,  iufques  à  monftrer  la  façon  de 
faire  les  aumônes  &  les  collèges.  Ceftde 
lijy  que  nous  tenons  les  préceptes  de  la 
condefcendance  charitable  que  nous 
dcuons  auoir  les  vns  pour  les  autres,  les 
luifs  pour  les  Gensils,  les  Gentils  pour 
les  luifs,  les  forts  pour  les  foibles,  &  genc- 
lalement  chacun  pour  fon  frerc  8c  pour 
fon  prochain ,  afin  de  feruir  à  l'auancc- 
iiientdefafoy,  &àredification  commu* 
ne.  Mais  cela  me  tire  trop  loin  ,  &  il  vaut 
mieux  que  ic  le  die  en  vn  mot  j  c'eft  de  la- 
bondance  de  1  Eprit  qui  luy  a  eftc  com^ 
jmuniqué  ,  comme  d'vnc  fource  féconde 
&  inépuifabîe ,  que  FEglife  de  Dieu  a  tiré, 
tant  les  dogmes  de  fa  foy ,  que  les  préce- 
ptes de  fa  faintcté,&  les  règles  defon gou- 
uernement  &.  de  Tadminidration  de  fa 
Difcipline.  De  forte  qu*il  y  en  a  beau- 
coup plus  dans  fes  Efcrits ,  qu'il  ny  en  a, 
non  dans  ceux  de  S.  Pierre  feulements 
mais  encore  en  tous  ceux  des  autres  Apa- 
ftres  enfemble.  Voyons  Tautre  interpre-^ 
ration ,  qui  tourne  noftre  texte ainfi ,  ^//// 
ncftpts p(^ihled  Aucun  homme  de  raconter, 
Nousauonspofccy-deirusquece  que  S, 


àe  ta  1  /.  aux  ^or.  u  z.  5. 4, 5.    CÎ 

î^aul  a  ouï  ce  font  des  paroles.  Or  dan^ 
les  paroles  il  n'y  a  outre  le  fon  de  la  voix> 
que  deux  chofes  à  Gonfiderer  :  à  fça* 
Doir  Tarticulation    &:    la    fignificarion." 
Qiianc  à  lariiculation,  il  eft  malaifé  ds 
conceuoir   commenc    abfolumcnc    elle 
n'euftpeu  eûre  imitée.  Car  à  la  vérité  les 
cnfansont  de  la  peine  à  bien  articuler  les 
paroles  que  nous  prononçons  dcuant  eux, 
&:  que  nous  leur  voulons  faire  imiter* 
Mais  c'eft  qu'ils  n'ont  pas  encore  les  orga- 
nes afles-bien  forpiés  ny  affés  accouftu* 
mes  à  cela.  Lors  quVne  fois  nous  auons 
acquis  l'habiiude  de  pailer ,  il  y  a  peu  de 
mots  que  Ton  prononce  deuant  nous ,  que 
nous  ne  puiffions  proférer ,  (i  nous  y  vou- 
lons apporter  vn  peu  d'attention  3  ou  bica 
il  faut  que  la  langue d  où  ils  foyenc  tirés, 
foie  tout  à  fait  efloignéede  celle  que  nous 
parlons  ordinairement ,  &  comme  barba* 
re  à  nos  oreilles.  Mais  quand  celles  que 
S.  Paul  a  ouïes  auroyent  eflé  lîeftranges 
qu'il  luy  auroit  eflé  abfolument  impof 
fible  de  les  prononcer  ,  ce  ne  feroit  pas 
vne  merueille  dont  l'Apoftre  deuftfaire 
tant  de  cas  qu'il  paroifl:  quil  en  fait  icy 
s'il  n'y  auoit  rien  dauantage»   Car  que 
nous  inaponç  ^  Uk  luy  auffi,  qu'il  ait  oui 


ifl  Sermon  tl.furlechap.  ti. 
ià-haut  de  certains  mots  fi  fauuages  ^ii 
éloignés  de  tous  les  langages  qu'il  par- 
loir, qu'il  luy  euft  cftc  impoffible  d'en  re- 
prefenterny  lefonny  laft£uâ:uie  ?  Pour 
ce  qui  eft  de  la  fignificacion ,  S.  Paul  a  en- 
tendu celle  de  ces  paroles  ou  non.  S'ilnc 
l'a  pas  entendue,  il  n'y  arien  en  cela  de 
fore  inerucilleux  non  plus  ;&:  qu'eftoit-il 
befoin  qu'il  fuft  raui  là- haut  au  ciel  ^  pour 
ouïr  quelques  iparoles  donc  on  ne  luy 
iidnnoit  pas  rintelligcnce  ?  Il  dit  luy-mef- 
meen  quelque  lieu,  en  parlant  de  ce  qui 
fe  doit  pratiquer  enTEglife  de  Dieu,  que 
cinq  paroles  que  Ton  entend ,  font  de  plus 
d'vcilité,&:  donnent  plusdmftrii£tion  ôc 
d'édification  à  l'efprit,  que  mille  que  Ton 
n'entend  point,  &  remarque  mcfme  que 
x'eft  comme  par  punition  que  Dieu  de- 
aïonce  par  les  Prophètes  de  parler  &  de 
faire  parler  aux  hommes  en  langue  eftran* 
gère  6r  non  eotsnduë.  S'il  les  a  enten- 
dues, comment  dit^iil  qu'il  clî  entière- 
ment impoflibledeles  rapporter?  Carie 
veux  bien  qu'elles  luy  euflent  mis  en  l'en- 
tendement des  idées  tout  à  fait  extraordi^ 
Daires  U  miraculeufcs:  le  veux,  comme 
il  eft  vray ,  qus  nos  conceptions  foyent 
-^^ffcs  fouucnt  celles  que  les  cxprcffions 


Ik  la  IL  dux  Cor.  **v^  7. 2. 3. 4.  j.  éf- 
éoni  nous  fonimes  obligés  de  nous  fcruir, 
ne  foyent  pas  capables  d'en  reprefencer 
touce  la  force  j  Si  eft  ce  neantmoins  qu'y  a 
homme  qui  fçait  parler ,  comme  l' Apoflre 
S.  Paul  le  failoic  excellemmenc,  s'il  y 
veuc  apporter  quelque  fomac  quelque  ap- 
plication d*efpric ,  n'a  point  de  penlées  en 
l'entendement,  fur  quelque  matière  que 
ce  foie,  dont  il  ne  puiffe  faire  voir  vne 
partie  bienconliderable  dans  ks  paroles, 
s'il  y  employé  vne  langue  qu'il  pofiede 
parfaitement.  Gar  comme  la  mefme  Na- 
ture qui  adonné  aux  femmes  la  faculté  de 
conceuoir,  leur  a  auflî  donné  celle  de 
produire  au  monde  ce  qu'elles  ont  con-t 
ceu;  ce  mefme  Dieu  qui  nous  a  donné 
l'entendement  pour  receuoir  l'impreffioa 
des  idées  qui  fe  prefentent  à  luy,nousa 
communiqué  le  moyen  de  Ip  exprimer  se 
de  nous  en  faire  entendre  aux  autres.  Ec 
comme  encore  que  les  femmes  ayenc 
quelquesfois  de  la  peine  à  produire  leur 
fruit  au  monde,  fi  eft-ce  que  s'il  n'y  a 
quelque   defordre  extraordindre   dans 
leurs  forces, elles  en  viennent  enfin  à  bouc 
par  les  efforts  de  Tenfantement  j  quoy 
qu'il  fe  trouue  quelquesfois  de  la  dif- 
ficulté à  reprefeater  les  conceptions  df 


i^  SeYmonlUfur  Uchaf.h: 
noflrc  intelleft ,  fi  e(l-ce  que  f\  les  facultés 
que  Dieu  nous  a  données  pour  cela',  ne 
fontdccraquées,  pourueu  que nousy  ap- 
portions quelque  application  extraordî-' 
naire ,  nous  y  reuflîflbns  à  la  fin.  Et  fi 
après  y  auoir  apporté  ce  foin  &c  cette  af- 
fiduité,  nous  ne  pouuons  ny  proférer  ny 
efcrire  les  chofes  que  nous  auons  pen- 
fées,  en  telle  forte  que  nous  nous  y  en- 
tendions nous-mcfmesa  &  que  nous  y 
foyons  entendus  par  autruy,  il  faut  que 
no''  ne  les  ayons  pas  aflés  bien  imaginées , 
&  qu'il  y  ait  eu  dans  l'intelligence  mefme 
de  rembarras  &  de  la  confufion.  loigncs 
à  cela, mes  frères,  que  le  mot  que  nous  tra- 
duirons memrrahle  peut  bien  à  la  vérité 
fignifier  ,  ce  que  la  parole  ne  peut  expri- 
mer. Mais  neantmoins,  qui  le  confide- 
reradans  Tvfage  des  bons  auteurs  Grec5, 
(  car  il  n'y  a  comme  ie  croy  ,  que  ce  feul 
endroit  du  Nouueau  Tcftamenc  où  il  fe 
rencontre)  trouuera  qu'il  y  eftplus  ordi- 
nairement employé  pour  fignifier  des 
chofes  qu'il  n'eft-pas  permis  de  dire,  te 
qui  encore  qu'on  les  peufl  exprimer  par  la 
parole ,  doiuent  neantmoins  élire  lencê's 
cachées  fous  vnfilcncefacré.  Car  ils  s'en 
fetuenc  quelques  fois  pour  fignifier  cer- 
tains 


de  UlL  aux  Cor.  a;,  f.  i.  f.  4.  f.  ^} 
Mns  mytteresqui  fe  cclebioyenc  en  telle 
manière  qu  il  n'eftoic  pas  permis  de  les 
reueler.  Ecs'ily  a  dans  cqs  auteurs  quel- 
que autre  intelligence  de  ce  mot  ,  c*eft 
pour  dire  des  chofes  dont  la  nature  efl:  fi 
infâme  &  fi  deshonncfte  que  mcfmes  il 
ne  les  faut  pas  nommer.  Qiiant  aux  paro- 
les fuiuantes,  que  l'on  traduit  5  quîlnefi 
^oJ?ikLe à aucnn  homme  d' exprimer ^^Szwxk* 
ment  il  feroit  mieux  iomné^t].'/ il  n\fl lici- 
te à  aucun  homme  d'exprimer ,  câr  c'efl  la  fi- 
gnification  propre  &  ordinaire  de  ce  ter- 
me. Et  nous  le  traduirons  ainfi  en  cepaf- 
fage  du  douzième  de  S.  Matthieu  ,  011  il 
eft  parlé  de  Dauid  :  Comment  il  entra  dans 
la  ?naifon  dt  Dieu ,  &  mavgea  les  -pains  de 
fropo/ition ,  lej^uels  il  nelloitpas  ioifihle  de 
z'/^^^^^m  Par  tous  czs  lieux  où  nôtre  S. Paul 
die ,  toutes  chcfes  fnefont  licites ,  mais  têutes 
chofes  ne  font  p^is  expédient  es  j  ce  mefrae 
mot  fe  rencontre,  &  en  vingt- cinq  ou 
trente  autres  lieux  ,  où  il  fe  trouue  au 
Nouueau  Teftament,  ilatoufiours  cette 
mefme  fignification,  fans  qu'il  y  ait  aucun 
endroit  oiûlpuiflereceuoirvne  interpré- 
tation diflemblable.  Y  ayant  donc  quan- 
cité  de  belles  &  célèbres  vciTions  où  mef- 
mes  en  ce  lieu  icy,  ce  mot  eft  tourné  per^ 

E 


66  Sermon  IL  fur  le  chdp^  12: 
mis  ,  il  y  a  quelque  fujec  de  s'eftonner 
comment  la  noftre  a  mieux  aimé  s'y 
feruir  du  mot  de  po/sihlc,  Qjoy  qu'il  en 
en  foie ,  ie  tiens  pour  indubitable  ques'il 
:'\aut  tourner  ce  mot  de  TApoftre  encette 
façon  ,  ^juil  r/iftfojsihle  à  homme  de  racon" 
ter^  on  ne  doit  pas  entendre  cela  de  cette 
impoflibiiicé  qui  oonfifte  en  la  priuation 
de  la  faculté  des  organes,  èc  de  l'habitude 
de  parler,  mais  de  celle  qui  confifteence 
qu'on  n'en  a  pas  le  droit.  Comment  donc 
enfin  prendrons  nous  cette  fcntence  de 
TApodre?  II  a  eflé  obligé,  mes  frères,  de 
dire  ce  qu  il  a  rapporté  icy.  Et  puisqu'il 
Tauoit  gardé  quatorze  ans  entiers  fans  le 
dtcoiiurirjil  faut  bien  qu'il  aitefté  porté  à 
le  faire  maintenant  par  vne  necefTué  in- 
uinciblc.  Or  vous  faués  quelle  eftla  cu- 
iioficc  naturelle  deshommes.  Si  quclcun 
reuient  d'vn  voyage  bien  lointain  ,  com- 
fuefonc  ceux  des  Indes  ou  Orientales  ou 
Occidentales,  ons'amafle  à  grandes  fou- 
iesauiourdcluy  pour  s'enquérir  des  cho- 
fcsqu'iiya  vcuès.  Onluy  demande  quel 
cftle  teint  ôc  la  façon  des  habitans  de  ces 
pays  Kl,  quelles  leurs  loix,  leur  couflu- 
ines,&  leurs  manière  deviure.  Onveuc 
fauoir  û  le  pays  ell  bon ,  fi  le  climat  cft  fa- 


de  la  Ji.  dmc  Col.  v.  i.  2. 3,  4.  y"  i^f 

lubré  >  s*il  y  fait  chaud  ou  s'il  y  fait  froid, 
quelle  y  eft  la  nature  des  animaux, Si  quel- 
le celle  des  plantes.    Et  neâncmoins  ce 
font  chofes  ou  que  nous  n'ignorons  pas 
tout  à  fait,  parce  qtje  nous  en  auonsefté 
informés  par  quelques  autres  relaiions,  ou 
qui  ne  nous  touchent  du  tout  point  ^  parce 
que  nous  n'auons  aucun  deiîein  dequittet 
DOS  habitations  pour  aller  demeureraux 
Indes.  Quelle  pcnfés- vouSdonques,me^ 
frères,  que  fuft  noftre  curiofué,  fi  nous 
Voyions  reffufciter  quelcun  duquel  nous 
fuflîons  afleurés  que  Tame  auroit  efté 
quelque  tempsdans  leslieux  cekftss  ?  Car 
nousfauons  encore  moins  des  chofes  qui 
font  au  ciel,  que  de  celles  qui  font  aux 
Indes  ou  au  delà  de  l'Equateur  ;  ôc  elles 
nous  touchent  incomparablement  plus, 
parce  que  nous  cfperons  d*y  aller  ,  3c  que 
Dieu  nous  en  a  donné  les  promeffes.  Pouc 
nioy  i  eftime  que  quand  Lazare  fut  ref- 
fufcitéj  il  fut  continuellement  aflîegéôc 
tourmenté  par  toutes  fortes  de  perfonnes^ 
pour  luy  demander  desnouucllesde  Pa-^ 
radis:  &c  qu'à  moins  d'auoir  dit  tout  net, 
ou  qu'il  ne  s'en  fouuenoit  point  j  ou  que 
Dieu  luy  auoit  défendu  de  le  reuelerjOU 
vque  fon  ame  pendant  i'efpace  de  quatre 


t>  8  Ser  mon  U.fur  le  chap.  ii. 
iours,3uoit;  efté  en  quelque  autre  lieu.  Si 
qu*ellcn'auoitny  vcu  ny  ouï  les  merueiU 
les  de  là  haut ,  il  euft  efté  accablé  de  rim- 
portunité  des  hommes.  L'Apoftredon- 
ques  preuoyanc  qu'en  racontant  ce  rauif- 
femenc  ,il  ne  manqueroit  pas  d'exciter  la 
curioficédes  Corinthiens,  &  de  tous  ceux 
qui  auroycnt  connoiffance  de  ce  qu'il  en 
cfcriuoit,  a  voulu  ,  comme  on  dit,  couper 
broche  à  toutes  ces  demandes  ,  &  dire 
que  ce  qu'il  a  efté  enleué  là-haut,  ce  qu'il 
y  a  ouï  des  chofcs  émerueillables ,  ce  n'eft 
pas  afin  d'en  entretenir  le  monde,  &c  de 
faire  courir  après  luy  :  que  les  paroles  qu'il 
a  ouïes  font  inénarrables ,  &  que  ce  feroic 
mutilemenc  qu'on  le  prefleroit  de  les  rap- 
porter. Car  c'eft  à  peu  prés  comme  s'il 
difoit.  le  fuis  eftabli  Dofteur  de  TEglifc 
pour  luy  enfcigner  les  chofes  qu'elle  doit 
fauoir  icy  bas.  Si  on  me  demande  la  ma- 
nière d'cllre  iuftific  deuani  Dieu  :  la  na* 
ture  delà  vraye  fanétification  &  les  mo- 
tifs qui  la  produilent  :  lesfondemens  fur 
lefquels  eft  eftabiie  Tefperance  de  la  bicn- 
hcureufc  immortalité  :  la  vertu  de  la  com- 
munion de  Chrift  mon  Sauueur  :  l'en- 
chainure  indiflblubledcs  caufcsde  noflre 
rédemption;  &autrçs  chofcs  femblablçs 


cie  Id  IL  MX  Cor.  ^.  f.  i^.  3: 4'^  f.    é^ 
qui  feruenc  àredification  delaFoy ,  &à 
allunicr  la  Charité  ,ie  fuis  libéral  clece$ 
€nfcigaemens-là,  parce  que  Dicum'ena 
aufli  libéralement  fourni  la  connoiflance, 
6^  qu'il  m'a  commandé  d*en  eftalîer  routes 
les  richeflesdeuant  les  yeux  de  Ton  EgliCe, 
&  de  ne  rien  referuer  de  fon  confeil.Mais 
quant  aux  merueillcsdelà-hauc,la  reue- 
Jation  n'en  appartient  pas  à  mon  minifte- 
re-  le  les  ay  veuès,  ie  lesay  ouïes 5  Dieu 
m'a  fait  cette  grâce  extraordinaire  que  de 
me  tranfporter  iufques  en  fon  Paradis 
pour  cela.  Mais  ce  font  chofes  inenarra^ 
blés,  &c  qu'il n'eft  ny  loifible  ny  poffible 
aux  hommes  de  rapporrer.  Comme  elles 
paffent  ma  charge,  ie  doisauffi  reputeç 
qu'elles  paflcnt  ma  portée,  Se  vous,  vous 
deuésarrefter  voftrecuriofitc-là.Carc'efl 
à  peu  prés,  mes  frères,  comme  quand 
deuxDifciplesdenoflre  Seigneur  luy  de? 
mandent  d'eftre  affis ,  l'vn  à  fa  droite,  &: 
l'autre  à  (a  gauche  en  fon  Royaume,  }pr$ 
qu'il  en  manifefterala  gloirç.  Apres  kuç 
auoir  fait  quelques  interrogations  ^  dcre^ 
ceu  d'eux  des  refponfes  vnpeuincor^fide* 
lées^il  leur  dit  ;  Vonshoirés  U  cou^^que  H 
dois  h^irCy  c^  fer  es  hafùfh  d»  haptefme  civique  L 
k^dois  ejîre  haptïfé.  Mais  quant  a  efin  af'a 4 


f&        Sermon  H.fur  le  chap^  zil 
m  A  droit  e  &  a  ma  gauche  en  mon  Rcyaume  ^Çt 
ticfi point  a  Pioy  de  It  donner:  mats  tljera 
donné  n  ceux  a  qui  iliflprcfarede  wm  Père» 
Ce  n'cft  pas  qu'il  vueille  dire  propremenr, 
ny  que  quelques  vns  d'entre  fesdifciples 
ayenc  cccteprerogatiue  par  dcfTus  les  au- 
tres ,  d'eftre  affis  les  vns  à  fa  droite  Scies 
autres  à  fa  gauche  en  fon  Royaume  ,  ny 
que  ce  foie  ou  que  cène  foie  pas  à  luydc 
la  donner  à  ceux  qui  l'auront.  Il  n'y  au- 
ra point  de  ijilles  prerogatiues  dans  le 
Royaume  celcfte,  &  quand  nous  y  aurons 
eftéinttoduits,rApoftre  S.Paul  nousen- 
fcigne  que  Chrifl;  remettra  fon  règne  en- 
tre  les  mains  de  fon  Père  ,  pour  luy  eftre 
luy-mcfme  affujetti.      Qi^  s  il  y  auoic 
quelque  cfaofe  de  tel  à  efperer  dans  le  Ciel, 
ce  fer  oit  proprement  à  Chrift  à  le  donner, 
puis  qu'il  a  elle  eftabli  par  fon  Père  le  fou- 
uerain  luge  de  TVniuers  ,  &  par  confe- 
quent  le  diftributeur  de  la  gloire  &:  des 
reconipenfes  à  fes  fîdelles.    Son  intention 
a  feulement  cftédc  reprimer  par  cette  fa- 
çon d^refpondre;,  l'ambition  &  la  vanité 
de  ceux  quiluy  demandoyent  ces priuile- 
ges ,  55  de  leur  faire  doucement  entendre 
qu*ils  ne  fauoyent  ce  qu'ils  dcfiroy ent.Car 
comme  il  aefté  fort  bien  remarqué  par  dç 


'  eleîa  II.  aux  (^or,  ni,  ï.  {.^.4. ./"  ^z 
très-grands  perfoni^agesje^mefmes  dans 
leurs  Commentaires  fur  ces  paroles  de 
Chrift,  il  ne  faut  pas  prefler  à  la  rigueur  ny 
ces  affirmations  ny  ces  negaiions-là,  mais 
feulement  regarder  à  Tintention  de  celuy 
qui  parle,  6ià  cette  façon  débonnaire  ^ 
pleine  de  condefccndance  ôc  dechariié, 
donc  noftre  Seigneur  s'eft  q.uelquesfois 
ferui  enuers  fes  difciples  ,  comme  nous 
nousenferuons  enuers  lesenfans,  àcaufe 
de  leur  foibicffe  èc  de  leur  incapacité.  Car 
nous  éludons  ainfi  leurs  demandes  quand 
ils  nous  en  font  d'impertinentes,  ou  qui 
font  telles  quefi  nous  leur  y  refpondions 
ils  ne  nousentendroyent  pas.  C'eftpour- 
quoy  pour  les  ramener  aux  chofes  qui  font 
de  leur  portée, nous  leurfaifôs  des  refpôfes 
qui  font  à  cofté  de  leurs  queftions,ou  mef- 
mes  nous  ne  craignons  pas  de  leur  dirq^ 
que  nous  ne  fauonspas  bien  ce  qu'ils  nous 
demandent ,  afin  de  leur  faire  entendre 
queceferoit  inutilement  qu'ils  nous  in- 
tcrrogeroyent  plus  auant. Et  alors  nous  ne 
voudrions  pas  qu'on  examinaft  nos  paro^ 
les  feuerement ,  &  efperons  qu'on  aura 
plus  d'égard  a  noftre  intention  qu'au  fens 
précis  de  nos  paroles  ,  dont  nous  nous 
-îcruonsalorsj  non  félon  toute  rexadimda. 


7^  Sermon  11.  fut  le  chap.  Ji? 
de  Iciu  fignification,  mais  par  vne  fagii 
économie,  telon  les  circonftances  des  per- 
fonnes  &c  du  temps.  Et  de  fait ,  finollrc 
Seigneur  fe  tuft  mis  alors  à  expliquer  à  fes 
difciples  quelle  eftoit  la  nature  de  foil 
royaume ,  cômcnc ,  fi  on  le  coniidere  en- 
um  qu'il  s'exerce  en  la  terre ,  fon  corps  en 
deuoit  eftte  abfenr:&  cornent ,  fion  le  re- 
garde entât  que  nous  le  deuospoflederau 
Ciel;  ces  auantagcs,  d'cftreanis  à  fa  droite 
at  à  la  gauche  ,  qui  (ont  chofes  qui  ne  i'e 
pratiquent  finon  dans  les  royaumes  delà 
terre,  n'y  pouuoyent  auoir  delieu,illes 
cuftmerueilleufement  embaraffcs.  Caria 
foibleffede  leurconnoillance  ne  permet- 
toit  pas  alors  qu'ils  compriflent  la  nature 
de  ce  rcgne ,  duquel ,  bien  qu'il  deuft  eftre 
tout  à  fait  fpintuel  &c  celefte  ,  ils  ne 
.s'eftoyent  point  encore  iufques  alors  for- 
mé d'idée  qui  ne  fuft  terrienne  3c  corpo- 
relle ,  comme  il  fe  peut  recueillir  del'E- 
uangile  en  diuers  endroits.  Si  donques 
vous  appliques  cela  aux  propos  de  noftre 
Apoflre  j  vous  trouuerés  qu'il  y  quadre 
parfaitement  bien.  Son  intention  n'ertoic 
pas , comme  ie  l'ay  defia  dit ,  de  contenter 
icy  îa  curiofuc  des  Corinthiens,  mais  feu- 
lement de  leur  parler  de  ce  miracle  autanc 


A^  U  IL  aux  Cof.n).  î,us:/ç:{.  ^i 

^uil  efloitneceffaire  pour  rccommandet 
fa  perfpnne  Se  par  elle  ion  Apoftolat,  cptre 
\qs  attaques  de  fes  aduerfaires ,  &  autant 
qu'il  eftoic  expédient  pour  Tedification 
des  fidelies  de  Corinthe ,  &  de  tous  ceux 
entre  les  tnaifts  de  qui  cette  Epiftre  tom- 
beroit.  Et  de  fait ,  s'il  fe  fufl:  mis  à  leur  ra- 
conter les  paroles  qu'il  auoit  ouïes  ,  cela 
\zs  euft  indubitablement  iettés  en  des 
queftions  &:  en  des  fpeculations  qui  ne 
conuenoyent  nullement  à  leur  eftat.  C'eft 
pourquoy  il  eftoit  plus  expédient  pour  eux, 
&:c'efl:oit  fans  comparaifonpluftoft  fait  à 
luy  ,  de  leur  dire  qu'il  ne  luy  eftoit  pas 
permis  de  leur  en  rien  reueler,  &:  que  cela 
luy  auoit  efté  défendu  au  mefme  temps 
que  ces  paroles  luy  auoit  eftépronôcées.Lc 
fruit  donques  que  nous  auons  maintenant 
à  retirer  des  chofes  que  vous  aués  enten- 
dues ^confifte  principalement  à  pratiquer 
la  leçon  que  nous  donne  icy  T  Apoftre,non 
pas  feulement  au  fujec  duquel  il  s'agit  en  ce 
texte,  pour  ne  nous  enquérir  pas  de  ce 
qu'il  nous  a  voulu  tenir  caché,  mais  en  di- 
uerfes  autres  occafions,  où  cet  aduertiffe- 
ment  nous  eft  fouuGrainement  vtile.  On 
s'enquiert  ordinairement  fironferecon- 
noiftra  les  vns  les  autres  auiour  delà  re- 


74'  Sermon  II.  fur  le  chap,  12^ 
furreftîon,  &  lors  que  nous  ferons rçcueî^ 
lis  dans  le  royaume  celefte.  Etdaucant 
que  nous  le  defirons  ainfi  ,  àfçauoirles 
femmes  de  reconnoiftre  leurs  maris,  les 
les  mères  de  reconnoiftre  leurs  enfans,  les 
bons  amis  de  reconnoiftre  ceux  qu'ils  oQt 
tendrement  aimés ,  Se  généralement  tous 
ceux  qui  ont  eu  de  véhémentes  afFcftions, 
de  reconnoiftre  1rs  objets  fur  lelquelsils 
les  ont  portées,  nous  nous  figurons  aife- 
ment  que  Dieu  nous  donnera  ce  conten- 
tement y  &c  fermerions  volontiers  1  oreil- 
le à  ceux  qui  nous  voudroyent  dire  le 
contraire.  Frères  bien-aimés  en  noftre 
Seigneur,  il  n'en  fera  pas  du  fiecleàvenir 
comme  il  eft  de  celuy  de  maintenant.  La 
plufpart  de  ces  afFeftions  font  fondées  fur 
des  relations  qui  n'auront  plus  de  lieu 
alors,  parce  quelles  font  accommodées  à 
Teftat  de  la  Nature.  Oc  Feftat  de  la  Na- 
ture fera  aboli ,  Se  par  confequent  ces  rela- 
tions-là ne  fubûfteront  plus ,  comme  elles 
referont  plus  neceifaires.  Si  c*eftoit  vne 
chofeabfolument  requife  à  rendre  noftre 
félicité  entièrement  accomplie,noftre  Sei- 
gneur ne  nous  larefufçroitpaSjluy  qui  n'a 
pas  efpargné  fon  propre  fang ,  pour  nous 
acquérir  l'efpcrance  de  fa  gloire.  S'ileftosc 


"^deU  ît  aux  Coi.  ^»  i.  z.  j .  4. 5.  Y^ 
Êonuenablequc  nous  le  connu/fions  enco- 
re, ou  que  nous  nous  connuffionslesvns 
les  autres,  comme  die  TApoftre,  fclonla 
Chair, il  tremperoiclà> haut  noftre  félici- 
té dans  la  douceur  de  ces  aÉfeftionsdans 
lefquelles  confifte  le  principal  conccnccr 
ment  de  la  vie  prefence.  Mais  ne  nous 
mettons  point  en  peine  de  cela ,  bornons 
la  curiofité  de  nos  efprics  à  ce  que  la  paro- 
de  Dieu  nous  dit  du  falut  en  gênerai ,  &: 
îious  contentons  d'efperer  vne  félicité 
inénarrable.  On  s'cnquierc  fi  la  gloire  fera 
inégalement  partagée  entre  lesenfansde 
Dieu  là^  haut,  &  ie  ne  fçay  j[î  c'eft  ou  Tam- 
bition  &  le  defir  de  l'honneur,  ou  la  pre^ 
fomption  des  mérites,  qui  a  doné  la  vogue 
à  cette  opinion  î  mais  tant  y  a  qu'il  y  a 
long-temps  qu'elle  a  pris  pied  en  TEgli- 
fe.  Afleurcment,  comme  elle  eft  expli- 
quée par  ceux  de  la  Cômunion  de  Rome, 
elle  n'a  point  de  fondement  en  la  Parole 
de  Dieu.  Nous  ne  nions  pas  que  lors  que 
noftre  Seigneur  lefus  Chrift  viendra,  il 
nediftribuê  inégalement  àfesferuiteurs^ 
félon  la  diuerficé  de  leurs  dons  ou  de  leurs 
labeurs  ,  les  témoignages  honorables 
qu'ils  remporteront  de  fa  bouche  ,  pour 
leur  fidélité ,  &  pour  leur  zèle  î  &c  ce  qu^ 


^^a  Sermon  IL  fur  le  chap.  xzl 
rApoftrc  S.  Paul  die,  Votuijies  maiôye}^ 
mît  couronne  pour  la  iournée  de  noftri^ 
Seigneur  ,  ne  conuienc  pas  vniuerfeUe- 
nient  à  cous  les  fidelles,mais  a  quelque  rai- 
jfon  particulière  dans  la  perfonne  &  dans 
Je  miniftere  de  S.  Paul.  Mais  il  ne  senfuit 
pas  de  là  que  dans  le  Cielmefmeily  ai,c 
des  couronnes  &  des  auréoles  diftindes, 
deftinces,  comme  ceux  de  laCommunioa 
de  Rome  le  prétendent  ,  aux  Dofteurs, 
aux  Vierges,  &:aux  Martys.Noftre  yraye 
gloire  confiftera  en  la  fainteté,  qui  fera 
également  parfaite  en  tous  i  en  iaglorifi- 
catlon  de  nos  corps,  où  nous  ne  voyons 
point  de  raifon  d'attendre  de  rinegalitë; 
^n  la  demeure  du  Ciel ,  où  mefmesobjets 
nous  feront  offerts  à  contempler;  &:en  la 
durceimperiffabledcla  vie,  qui  doit  eftre 
également  eternelle.Çtquandilydeuroi; 
auoir  dans  le  refte  de  la  gloire  que  nous 
attendons,  quelque  forte  de  diuerfué,  il  nç 
5'enfuiuroic  pas  de  là  que  l'inégalité  d^ 
partage  qui  nous  en. fera  fait  ,  deuû  eftre 
fonde  fur  la  différence  du  mérite  de  nos 
aftions.  Car  ce  que  nous  ne  poffederons 
que  de  la  pure  mifericorde  de  Dieu  ,  ce 
que  nous  n'hcriterons  que  comme  eofen^ 
qu'il  a  gratuitement  adoptés  en  noftc;^ 


de  U  1 1.  aux  Çor.  ^.  z.  3.  ^.  5;    77 

Seigneur  lefusChnft  5  ce  qui  ne  nous  fera 
communiqué  pour  aucun  autre  droit  que 
pour  celuy  qui  nous  eft  acquis  au  fangde 
Doftre  Rédempteur,  ne  peut  auoir  aucune 
relation  à  ces  prétendus  mérites.      Mais 
quoy  qu'il  en  foit ,  nos  foins  ne  fe  doiuenc 
pas  porter   là  :  c'eft   à  rechercher  lel 
moyens  de  paruenir  à  la  iôuïflance  de  ce 
grand  faluc,  &  à  tenir  conftaroment  Se 
iiiuariabkment  les  routes  qui  nous  y  con- 
duifent.    Ne  deuflions-nous  eftre  finoa 
portiers  dans  ce  Temple  de  noftre  Sei- 
gneur, c'eft  afféspour  y  cfleuernosafFe- 
i6tions,&  pour  y  attirer  toutes  nos  penfées. 
On  demande  quels  feront  nos  corps  en  la 
refurrection ,  &:  à  quoy  fcruiront  tant  de 
facultés  &  tant  d'organes  dont  lesvfagcs 
fontdeftinés  à  cette  vie,  ôc  quifemblenc 
n'endeuoir  point  auoir  en  celle  qui  eft  à 
venir.     Ghers  frères  s  tout  ce  qu'il  y  a 
d'animal,  de  fenfuel,  de  corruptible,  de 
rerreftre  &  de  paflible  en  noftre  chair  *, 
toutes  les  infirmités  qui  ont  fuiui  la  cor- 
ruption du  péché  ;  toutes  celles  qui  vien- 
nent en  dépendance  de  Teftat  de  la  Natu- 
re 5  tout  cela  fera  aboli  par  la  refurreition, 
de  il  n'en  reftera  trace  quelconque  dans 
nos  corps  quand  ils  feront  recueillis  dans 


^8  SermonV.fur  kchap.it^ 

les  lieux  celeftes.  Car  il  fauc  que  ccctë 
image  du  premier  Adam  ,que  nous  por- 
tons mairtcnantjfoic  cfFaccc  en  nousinon 
pas  feulement  dans  les  reftes  du  péché  que 
la  mort  doit  abolir  :  non  pas  feulemenc 
dans  les  infirmités  quirontfuiui,&  que  la 
refurredion  doit  engloutir  :  niais  auffi 
dans  toutes  les  dépendances  de  ce  qu'il  a 
cfté  fait  e/i  ame  vimnte ,  &  dans  cette  con^^ 
dition  naturelle  qu'il  a  communiquée  à 
fes  defccndans.  Pour  le  reflc  ,  ne  nous 
mettons  point  en  peine  de  la  façon  dcla- 
qiieile  nos  corps  feront  alors  compofés,  & 
jnous  contentons  de  fauoir  qu'ils  feront 
rendus  conformes  au  corps  glorieux  du 
Sauueur  du  monde*  Us  font  maintenant 
opaques  &  ténébreux,  &  ils  feront  lumi- 
neux alors.  Us  font  fufceptibles  de  toutes 
fortes  d'incommodités  ,  &  alors  ils  n'en 
receuront  aucune  atteinte.  Ils  font  main- 
tenant terreftresjôi  ils  feront  celeftes  en 
ce  temps- là  :  ils  font  à  cette  heure  corru- 
ptibles, 6c  ils  reueiliront  Tmcorruptionj 
ils  font  en  cette  vie  fenfuels ,  &  en  l'autre 
ils  feront  fpiritucls  j  ils  font  ouuerts  &  ex- 
pofés  à  toutes  fortes  de  maux,  &  alors  ils 
ils  iouïront  d'vne  vigueur  immortelle  bc 
^dVnefamc  inaltérable.  Car  il  faut  que 


ddall.  aux  Cor.  n^.i.z.^.^.f     ^5 

nous  portions  l'image  du  fécond  Adanx 
kquel  eftdefcendu  du  Ciel ,  Se  qui  ayant 
cité  fait  en  ejpm  vinifiant^  doit  non  pas 
feulement  pour  lame,  mais  auflîpource 
qui  concerne  le  corps,  côinuniquer  cette 
nature  fpiriiuelle&incorruptibleà  tous  fes 
fidelles.  Quant  à  la  façon  des  operatiôs  de 
nos  fens,  quant  au  particulier  de  T  vfage  de 
nos  membres ,  &  à  la  manière  de  laquel- 
le nos  aftions  émaneront  de  leurs  facul- 
tés, ce  lera  le  feul  iour  du  Seigneur  qui 
nous  en  donnera  la  connoilfance.  Enfin 
onfe  met  en  peine  de  la  conftitution  du 
inonde,  &  de  la  forme  qu*il  prendra 
quand  noftre  Seigneur  apparoiftra.  li 
cft  fans  doute,  mes  frères,  qu'il  ne  fera  pas 
entièrement  aboli. L'Apoftre nous ditque 
le  grand  (gardent  defirdes  créatures  efl  en  ce 
quelles  attendent  ^ue  les  enfans  de  Diea 
foycntreueUs  :  &  ceU fous  ef^ermce  quelles 
feront  aufi  de  lûmes  de  Li  feru'-tude  de  cor^ 
ruptim  y  pour  (ftre  en  la  lib^né  de  la  gloire  des 
enfans  de  Dieu,  Ce  qui  ne  fe  pourroit  pas 
ainfi  dire  d'vne  chofe  qui  deuroit  eftrc 
entièrement  anéantie.  Tout  le  defordre 
qui  y  eft  arriuc  depuis  l'intégrité  de  fa 
création ,  toutes  les  traces  de  la  colère 
de  Dieu  contre  le  genre  humain  à  caufe 


Ço     '  Sermon  Ih  fur  Uchap.  il] 
de  fes  ofFenfes  :  toutes  les  marques  de  H 
malediftion  que  nous  auons  méritée,  SC 
donc  noftre  Seigneur  nous    a  garantis, 
tout  cela    dilparoiftra  en    la  glorieufe 
iournée  de  fa  féconde  venue.  Les  vicif- 
fîtudesmefmes finies  variations  qui  y  ar- 
riuenc  félon  le  cours  qu'on  appelle  delà 
Nature,  la  corruption  &  la  génération 
autour  defquelles  les  clemens  tournent 
continuellement,  les  qualités  des  clemens 
-mcfmcs  ,  qui  fubiflfent  â  cette  heure  tant 
de  changemens,    doiuent  pareillement 
difparoiftre,  parce  que  le  monde  fera  mis 
en  vn  eftat  furnatureK  Du  refte,  quelles 
feront  les  conditions  de  la  terre:  fila  mer 
Tenuironnera  encore    comme  elle  fait 
maintenant  j  quelle  fera  la  conftitution 
de  Tairjs'il  y  aura  encore  vn  feu  élémen- 
taire proche  des  fpheres  celeftes;  fi  ces 
grands  globes  de  là  haut  tourneront  en» 
core  autour  du  monde.  &  file  Soleil  &  la 
Lune  àc  les  autres  aftres  auront  encore 
leurs  courfes  &c  leurs  reuolutions;  conl- 
nicnt  la  lumière  fe  portera  en  iVn  &c  l'au- 
tre hemifphere ,  &:  quelle  fera  la  tempéra- 
ture du  Septentrion  &  du  Midy5&:  des  au-' 
très  plages  de  rVniuers,  ccHct  que  nous 
ne  fâurons  point  que  par  Tcxpcriencedes 

chofes 


y^  la  ÏÏ.  4ux  Cor.'y.ï,  2^3.4. f  Si 
thofes  nlefmes.Qujl  nous  fuffife  defaiioit 
que  toutes  chofes  auront  vn  tout  autre  ait 
que  celùy  qu'elles  ont  maintenant  ;  &  qitô 
comme  elles  ont  efté  afTujetties  à  vanité  à 
caufe  du  péché  des  hommes ,  elles  ferortt 
reftiblies  en  vn  meilleur  èftre  à  caufe  de 
leur  rédemption  5  afin  qu'à  proportiôddë 
ce  que  les  corps  des  fidelles  acquerront 
par  là  refurreftion  vn  efiat  încomparablèi 
ment  plus  auantageux  que n'eft  celuydè 
maintenant,  le  mondé  entier foitréftoU- 
uellé,  &  mis  datis  vne  conftitution  Çâiii 
tompârailbn  meilleure  &  plusilluftrecjue 
la  précédente.  G'eft  ce  qui  fm  direi  TA- 
poftreS.  Pierre  après  IcsProphèteS;  qu'il 
y  aura  nàuutâux  cïenx  St  nouu'elle  terre  dAns 
lefjuels  Ikiufiice  hâbïïern  :  àt  forte,  qu'il 
n'y  aura  veftige  aucun  ,  ny  de  l'eftat  Na- 
turel, ny  du  péché  qui  y  eft  furuenu  5  hf 
de  la  condition  qui  eft  vefiuc  en  confé- 
quence.  Quantâux  particularités  deleui: 
renouuellement,  ce  fera  encore  la  mani-^ 
feftation  de  Chrift  qui  les  mettra  en  eui- 
dcnce.  Contentons-  nous  pour  cette  heu- 
ire  d'apprendre  dans  la  Parole  de  Dieu  Igs 
chofes  qui  nous  y  font  propofées  pour 
eftre  l'objet  de  noftrëfoy  :  cherchons-y  ce 

^ui  p-eut  feruir  à  noftre  fandiiîcations 


SI  Sermon  ïLfurlcchtip,  ri. 
puifons  y  dequoy  arrôufer  en  nous  Tef-' 
perance  delabien-heureufe  immortalicé; 
medicons  fans  ceffe  les  promeflcs  qui  nous 
y  font  faites  &  d'où  dépend  noftreioyeôr 
noftre  confolation  :  enfin  tirons-en  les 
motifs  &:  les  appuis  d Vnç  inuariablcper- 
feuerance.  Car  ce  fon^là  les  moyens 
d'eftreparcicipans  de  cette  bien- heureufe 
iournéc  en  laquelle  nous  nous  trouuerons 
cous  enfemble  en  la  prefence  de  noftre 
Seigneur,  &  de  partager  Theritage  celeftc 
auec  luy,  &  de  voir  nos  corps  Te  reueftir 
de  gloire  &  d'immortalité ,  &  de  contem- 
pler en  cet  Vniuers  les  beautés  de  fa  reftau- 
ration  ,  &  d'ouïr  &  de  voir  en  fin  à  noftre 
éternel  contentement,  les  chofes  que  l'A- 
poftre  S.  Paul  nous  die  eftre  maintenant 
inénarrables.  A  Dieu, qui  nousen  adon- 
ré  rcfperance,  Père,  Fils ,  &:  S.  Efprit ,  vn 
feul  Dieu  bénit  éternellement ,  foit  gloi- 
re, force,  &  empire  dés  cette  heure  &  à 
toutecternité,  AMEN. 


SERMON 

TROISIEME. 

s  V  R     CES     M  OTS, 

-iice  fut  en  corps  iene  fçaj  ^fictfuîhoYsaU 
>    corp  ie  h  efçny  ,  Bien  U  fçàtt. 

RErES    BIEN-AtMEZ     EN    I^OSTRÎ 
S  E  I  G  N  fe  V  R. 

L'ApoftreS.Paul,  dans  les  paroles  que 

•îé^icns  encore  de  lireenyoftre  prefencèi 

"dit  exprefTément  ",  Se  repéré  en  termes 

tlairs  &  emphatiques  ^  qu'il  ne  fçaic  fi 

te  merueilleux  rauiflemerît  par  lequel  il 

aeftétranfportéau  troificmeCièl  ,luy«ft 

^'àrrîué  en  corps,  ou  s'illuy  eftarriué  horà' 

'diî  corps.    C'eft  à  dire  que  comme  il  n'a 

*jpas voulu  Fexpliquer, ilne veut  pas  auffi 

que  nous  le  décidions.      Et  de  fait ,  puis 

queluy,enla  perfonnede  qui  ce  miracle 

-s'eft  exécuté,  ne  Ta  pas  olc  décider,  qui  fe- 

•  ra-ce  d'entre  les  hommes  mortels  qui  aie 

là  hardieffe  de  Tentreprendre?  Ne  vbiis 

attendcÊ-donc  pas  que  i'attentc  aujout- 

F  ii 


y^  Sermon  lU.  furie  chap.  li.' 
d'hùy  rien  de  tel  :  car  iefuis  abfoluiheht 
refolu  de  me  tenir  religieufement  entre 
jes  ternies  de  li  modcftic  de  rApoIlrè. 
Neantmoins,  ce  qu'il  dit  qu*il  ne  fçaitfi 
c'eft  en  corps ,  ou  fi  c'eft  hors  du  corps  qu'il 
acfté  raui  en  Paradis,  nous  donne  affés 
clairement  à  entendre  qu'il  a  cretî  que 
cela  auoit  peu  fe  faire  de  Tvne  &  de  l'autre 
façon.  Car  s'il  awoic  trouué  de  rimpofli,- 
bilitc  en  l'vne  des  deux  maaieres  qu'il 
propofcjil  ne  s'en  feroit  pas  aiafi  exprimé: 
te  cela  nous  donne  la  hardiefle  &  le  droîc 
de  rechercher  vn  peu  exadtemenc  la pôflî- 
bilitéqu'il  y  a  eue  que  ce  grand  feruitcur 
,^e  Dieu  aie  expérimenté  ce  rauiflemcnt 
:0ii  en  corps  ou  hors  du  corps  :  ce  qui,  com- 
iiryénous  efperonSjnefefera  pas  fansqucl- 
.qucvtiUté  confiderable.  Enfin^ilnefe 
contente  pas  de  dire  cela  vne  fois,  il  le  ré- 
pète encore  aux  mefmes  mots.  Ce  qui 
nionftre  qu'il  a  voulu  arrefter  extraordi- 
naircment  l'aitention  de  nos  efprits,  & 
qu'en  la  méditation  que  nçus  en  ferons, 
•  tious  apportaflions  beaucoup  de  foin  &  de 
diligence.  Qti\  ce  que  de  mon  codé  ie 
tafcheray  défaire  moyennant  la  grâce  de 
jioftre  Seigneur: du  voftrç^r i'efpefe  que 
.Vous  me  prefterez  vne  attentiue  &  fauo-; 


de  h  11.  aux  £or.  If,  i.  z.  3 ,  ^ .  y'.    ?/ 

î;ableaudience.    le  vous  difoisilny  apas 
long  temps ,  mes  frères,  qu'il  y  en  a  queU 
ques-vns  qui  rapportent  ce  rauiffemenc 
de  S.  Pauljà  ce  qui  nouf  recité  au  chapitre 
Beufieme  des A£tes.  Vous fçaués l'hiftoi^ 
re.  Paul  eftant  parci  de  lerulalem  auecque 
lettres  &:  Commiflîon  de  la  partduSour 
uerain  Sacrificateur  ,  pour  s'en  aller  pscr 
fecuter  l'Eglife  de  Dieu  à  Damas,  com- 
me il  eftoit  en  chemin,  &  défia  proche  du 
lieu  où  il  deuoit  arriuer ,  il  refplendit  loat 
à  coup  du  ciel  vne  fort  grande  lumière 
alentour  de  luy.    L'éclat  de  cette  ipIen^ 
dcur  ,  fie  les  autres  merueilles  donc  ellç 
cftoit  accompagnée  ,  Tayant  efblouï  & 
eftonné,  il  tomba  à  terre,  éc  ouït  vne  voix 
qui  luy  difoir,  $aut ,  Saul  ^fourquoy  me  ^^r- 
fccutes-tu  \  Comme  il  eut  refpondu  à  cette 
voix,  &  que  noftre  Seigneur  (e  fut  raanii- 
feftéâluy  ,  il  fut  releué  par  ceux  qui  l'aç- 
çompagnoye.nc  ,  mais  il  fe  troqua  qu'il 
eftoit  aueugle ,  de  forte^u'ils  le  conduifî- 
rent  parla  main  iufques  à  Damas ,  où  il 
demeura  trois  iours  entiers  fans  voir ,  âs 
fans  manger,  ô^  fans  boire.  On  croid  ^oxac 
qu  en  cet  eilat^là  il  luy  acriua  vne  exftafe, 
pendant  laquelle  Dieu  luy  fit  voir  cette 
Vifion,  ç'eft  qu'il  s'imagina  qu'on  l'auoA?^ 

F  iii 


8<f  Sermo  n  lll»  fur\t  ch^.  ii? 
^•ranfpoité  au  Ciel,  Se  qu'il  y oyoit  des  pa^ 
rôles  inénarrables.  Et  cequi  donne  beau- 
coup d'apparence  a  cette  opinion ,  c'eft  ta 
rencontre  des  temps.  Car  comme  iëlé 
vous  a  y  remarquera  contct  du  temps  que 
cette  Epiftre  fut  efcrite ,  quatorzeansen 
remontant,  la  première  de  ces  duatorzc 
tombe  iuftement  en  celle  en  laquelle  S. 
Paul  fut  conuetd  à  noftrc  Seigneur.  Mais 
il  me  femble  quily  aicydiucrfesconfide* 
rations  à  faire.  Premièrement,  fi  cela  eft, 
que  ce  dont  TApodrc  parle  icy,  fe  doiue- 
rapporter  à  cette  Iiiftoire  ,  il  n*y  a  riert 
plus  aifé  que  de  refoudre  la  qucftion  qu'il 
propofc  icy  comme  ablblument  infoluble. 
Car  il  dit  qu'il  ne  fçait ,  &:  qu'il  n'y  a  qlic 
Diçu  qui  fâctî^  ,  G  çcd  en  corps  ou  hors 
du  corps  que  ce  rauifTcment  luy  eft  atriué. 
Or  quand  S.  Paul  fut  trois  iourslans  Voir, 
fans  manger  Se  fans  boire, dansla  ville  de 
Damas,  ceux  qui  eftoyenc  autour  de  luy 
virent  toufiours  là  fon  corps,  &  il  ne  partit 
point  de  deuant  leurs  ycux.  D'où  il  refûtte 
ncceiTairement  que  ce  ne  fut  pàsert  a>rps 
qu'il  fut  raui  ail  troifiemè  Ck\  :  Ce  qde 
neantmoins  il  n'a  icy  ofé  di'tt.  De'pluS, 
encore  qu'il  ait  dté  là  trôisiôûrs,  fârts  voir 
^fans  boire,  ôc  fins  manger,ilncs'enluk 


"di  UjII  aux  Cor.  n/.  i.  2.  y.  4//,  87. 
pas  pourtant  qu'il  fuft  priué  de  l' vfage  de 
les  autres  fens,  &  rauihors  de  luy-mefme 
dVnc  façon  fi  merueilkufe.  Car  le  fainç 
hiftorien  ne  nous  dit  pas  qu'il  fuft  aulS, 
fans  flairer  5  ny  que  les  opérations  du  tou- 
cher en  luy  fuffent  également  interce- 
ptées. Sur  quoy  donques  nous  fonderons- 
nous  pour  raffirmcrainfi  hardiment  ^puis^ 
que  nous  n'en  auonsrien  du  tout  dans  Iç 
récit  de  l'hiftoire  ?  Et  TApoftre  mefme^ 
en  deux  endroits  duliure  des  Ades  oi)ii 
nous  raconte  fa  conuerfion^  ne  nous  parle 
du  tout  point  qu'il  luy  (oit  alors  arriué 
rien  de  femblable.  le  diray  quelque  chofe 
dauantage.  Qnand  pendant  ces  trois  iour$. 
là  il  auroit  eue  tout-à  fait  priué  des  fon- 
dions de  tous  fes  fens ,  encore  n'en  pour- 
roit-on  pasneceffairement  recueillir  que 
c'euft  efté  vnc  exftafe  dans  laquelle  Dieu 
luy  euftfait  voir  la  vilîon  dont  il  parle  icy, 
©y  aucune  autre  femblable.  Car  il  arriu^e 
quelquesfois  des  fyncopesquiemperchenc 
tellement,  toutes  les  opérations  des  fenSa 
qu'ils  n'en  produifeni  du  tout  point  ;  ^ 
neantmoins  Tame  ,  comme  fi  elle  eftoit 
elle- mefme  engloutie  dans  la  pamaifonj^ 
n'a  aucune  vifion,  ëcnç  fefouuientpoinE 
d'aucir  ny  riea  veu  ny  rien  ouï  quand  h^^ 


l  g  Sermon  lll  fur  le  chd^l  u) 
peifonne  eft  reuenuè.  L'Efcriturefaint^ 
clonques  ne  nou5  difanc  du  touc  rien  en 
cer  endroit- là,  qui  marque  que  l'Efpricdo 
DiCu  Te  foie  alors  defployé  dans  les  facul- 
tés inceiieures  de  S.  Paul ,  pour  luy  faire 
voir  de  iï  admirables  vifions  ,  ie  ne  voy 
pas  qu'il  y  aie  lieu  de  l'afleurcr  ,  veii 
qu'elle  n*a  pas  accouilumé  de  le  celer 
quand  elle  nous  rapporte  Thiftoire  de 
quelque  exftale.  Enfin ,  pofé  le  cas  que 
pondant  ce  cemps-là.  S.  Paul  ait  eu  qucU 
quef  diuines  reuelations, ûy  auroit  pour- 
tant icy  deux  chofes  à  dire.  La  première, 
que  roperatip  de  TETprit  fe  feroit  déployée- 
alors  adonner  quelques  reuelatipns  à  S. 
Paul,  &  à  luy  enfeigner  les  myfteres  de 
TEuangile  qu'il  auoit  à  annoncer ,  afin  d^ 
l'en  rendre  capable  ;  comme  de  fait,  il  fc 
peut  faire  que  ce  fut  alors  qu'il  vid  Ana- 
ïîias  en  yifion ,  &:  il  eft  certain  qu'il  com- 
mença peu  de  iours  après  à  exercer  fon 
Apoftolat ,  à  la  confusion  des  luifs  aduer- 
laires  de  la  vérité  ,  &  à  l'admiration  des 
iidellcs.  Mais  il  y  a  vne  grande  difi'iren- 
ce  entre  les  do6trïnes  de  i'Euangile  que 
i'Apoftrc  S.  Paul  a  deu  grefcher  ,  &  les 
paroles  quil  a  ouïes  en  cette  admirable 
yifion  >&  cju'il  a?ppclk  inenarrî^blcs.  Car 


2eh  ïh  aux  Cor:v.  {.  z.if^.fl    f}^ 

Celles-là  onc  dcu  eftre  annoncées  parluy 
àl'Eglife  de  Dieu  ,  Se  celles- cy  ohc  deu 
demeurer  fupprimées  iufqucs  à  la  çon- 
fomraation  des  fiecles.  La  féconde,  que 
quelque  vifion  que  l'Apoftre  S.  Paul  aie 
veuè  alors,  tanc  y  a  que  c'a  eftéen  exftafa 
fiulement  ;  c*eft  à  dire,  fans  que  ny  fbn 
corps  aie  eftc  cranfporté  au  Ciel,ny  que 
fon  ame  aie  eftc  feparée  de  fon  corps  pour 
y  eftre  rauie.  Cependant  les  paroles  dont 
il  fe  fert  icy,  à  les  confiderer  vn  peu  atcen- 
îiueraenc ,  ont  indubitablement  cette  em^ 
phafe  de  fîgnifier,  qu'encore  qu'il  foit  in- 
certain en  laquelle  de  ces  deux  manières 
cela  s'eft  fait,  fi  eft-ce  qu'il  faut  necefTai- 
remenc  que  ce  foitenTvne  ou  en  l'autre;. 
Car  il  ne  fe  feroit  iamais  ferui  de  ces  ter* 
mes  répétés  auec  tantd'eiîîcace,^^^^^/^*;^? 
îorfsienefai  y  fi  ce  fut  hors  dn  corps^  ienefai^ 
Dteulejaity  s'il  n  auoit  creu  que  f©it  que  fa 
perfonne  toute  entière  ait  eftè  tranfportéc 
là-hauc,  foie  que  par  quelque miraculeufe 
opération  de  rEfpcit  de  Dieu  fon  ame  aie 
cfté  tirée  pour  quelque  temps  defon  corps 
pour  eftre  enleuée  en  Paradis,  tant  y  a 
qu'il  faut  que  cela  foie  arriué  enrvne  de 
ces  deux  manières.  Voyons  maintensm.r 
comment  il  eft  poffibleô^  enl'vne  &  tp. 


^ï  'Semohllî.fur  lechap.xil 
Taucre.  Pour  ce  qui  eft  du  corps ,  il  n*y  i 
nulle  difficulté^  eu  égard  à  la  puiflance  de 
Dieu.  Il  nous  eft  rapporté  au  chapitre 
huitième  des  Ailes, que  Philippe  s'eftant 
premièrement  ioinç  au  chariot  de  l'Eunu- 
que de  la  Reyne  Candace,  &  puis, après 
auoir  inftruic  cet  Eunuque  en  la  connoif- 
fancc  du  Seigneur  lefus ,  &  l'auoir  baptifc, 
quand  ils  furent  remontés  hors  de  l'eau» 
rEfprit  du  Seigneur  le  rauit ,  &  le  tranf* 
porta  de  laprelencedeTEunuque  ,  telle- 
nient  qu'il  ne  le  vid  plus,  &  qu'il  fe  trouua 
cnvne ville  nommée  Azote.  Aucom- 
mencement  de  l'Euangile  félon  S.  Mac- 
ihieu  ,  il  nous  eft  dit  que  noftre  Seigneur 
fut  emmené  par  TEfpric  au  defert  pour  y 
cftre  tente  5  ce  qui  (emble  dénoter  que 
fou  corps  yfuttranfporté  par  l'air  5  &non 
pas  qu'il  y  alla  à  pied  ,  comme  il  auoit  ac- 
couflumé  de  cheminer  par  laludée.  Mais 
ce  qu'il  efl  dit  dans  la  mefmehiftoirequc 
du  défère  où  il  eftoit ,  il  fut  tranfporté  en 
Ierufalem,&misfurlc  pinnacledu  Tem- 
ple ,  ne  reçoit  point  d'exception.  AiTcu- 
lémcnc  cela  s'eil  fait  par  le  tranfportdc 
fon  corps,  par  l'efficace  d'vne  caufe  ex-* 
trâordinairc&:  furnaturelle.  Qoanc  àc« 
i^ui  fc  ttouue  de  fcmblable  au  Vieux  Td- 


^de  là  II.  ^akxCof.  ^, 1. 5. 3J4;  jT  ^ 

tâtnenc,  il  n'en  feue  pas  tant  faire  de  conJ 
Ûderation.    Gar  Ezechiel  nous  dit  bien, 
au  chapitré  huitième  de  fes  Reuelations^ 
gu'cftantcnfa  raaifon  enBabyione,  ilvid 
la  femblance  d' vn  homme  qui  mie  la  main 
fur  luy ,  &:  qui  Tayant  faifi  par  la  chcùelu- 
re,  le tranfpotta  iufques  en lerufalem  prés 
du  Temple  ,  pour  efpier  cec^ui  s'yfaifoité 
Mais  il  adjoufte  incontinent  que  cela  fc 
fit  da^s les vijtons  de  Dieu^  c'eft  à  dire,  dans 
vne  exftafe ,  &:  par  vne  chofe  reprefencée 
à  fon  imagination, ôc  non  par  vn  tranfport 
rcel  &  efFcÊtif  de  fa  perfône. Et  il  eft  dit  en 
quelque  autre  lieu,  qu'Abbacuc  futaafli 
faifi  par  les  cheueux  par  vn  Ange,  &:  tranf^ 
porté  entre  ciel  &  terre,  côme  ondit,  de- 
puis laludce  iufques  en  Babylon,au  lieu  où 
Daniel  eftoit  enlafolTedcs  lions.    Mais 
cette  hiftoire  eft  tirée  d' vn  Efcrit  Apocry- 
phe ,  &  dont  le  témoignage  n*eft  point 
authentique.  Qupy  qu'il  en  foit,  cela  n'eft 
point  impoffible  àDieu,& peut  efee  ntx* 
cede-t-il  pas  la  force  des  Anges.  Qiie  6; 
quelcun  me  dit  icy  qu'il  y  à  bien  de  la  dif-- 
ference  entre  les  interuâlles  deceslieiix- 
làj  pour  fi  efloignés  qu'ils  foy ent,  6i  refpa- 
ce  qui  eft  entre  la  terre  &  le  Paradis  3  ie 
refpondray  que  T Apoftrc  S.  Paul  ne  feroic 


1^  ^Sermon.  U.fur  lechjp.  lit 

pas  le  premier  a  qui  celle  chofefcroit  arrî-ii 
née.  Êar  fous  TEconomiede  la  Nacure^* 
comme  on  parle  ,  &  dés  auanc  le  Déluge, 
Henocaefté  tranfporcé  en  corps  là- haut 
dans  le  Ciel  :&:  Elle  y  a  efté  pareillement, 
tranfporcé  fous  la  Difpenfation  légale. 
Enfin,  Chrift  y  a  efté  efleué  en  la  picnicu-: 
de  des  temps,  ôc  s'y  eft  allé  affeoir  à  la 
main  droite  de  fon  Père.  Vray  eft  que 
comme  noftre  Seigneur  lefus  Ghrift  auoic 
en  fa  refurre£lion  acquis  des  qualités  en 
fon  corps  lefquelles  il  n'auoic  point  aupa- 
rauant,  afin  d'eftre  en  vn  eftat  conuenable 
a  la  nature  de  ce  lieu  glorieux  dans  le- 
quel il  deuoit  entrer ,  il  ne  faut  pas  douter 
qu  Henoc  &  Elie  n'en  ayenc  acquis  de 
xiouuelles  par  quelque  tranfmutacion* 
Car  cet  eftat  naturel  auquel  ils  eftoyent 
n'auoit  aucune  proportion  auec  la  demeui 
redu  Ciel  î  félon  que  S.  Paul  die  que  la 
chair&lefmg.CQiiz,  dire,  les  infirmités  de 
la  Nature ,  ne  peuuent  hcriter  le  Royaume  dt 
Dieu,Qj\3Lnt  à  S  Paul,  il  ne  s'en  peut  pas  di- 
r^demefme.  Car  depuis  qu'il  a  efté  re- 
tourné du  Ciel ,  polé  le  cas  que  fa  perfon- 
ne  toute  entierre  y  ait  efté  tranfportée,foix 
corps  a  eu  lesmefmes  qualités  naturellei 
quQ  r\pLis  auons  maincçn^nc ,  ôç  a  ç&\ 


dcU U.  aux  CoK  'V.  /r  2.  j .  ^.  j.   j5 

accmpagné  de  toutes  les  infirmités  qui 
fuiuent  infeparablement  cette  vie  fcnfuel^ 
je.   Mais  cela  n'empefche  pas  que  i'A-^ 
poftre  n'ait  peu  eftre  tranfporté  eii  corpst' 
î?arce  qu'il  a  fallu  qu'Henoc  &c  Elie  ayenc 
ibuiFert  cette  tranfmuatiô  pour  demeurer 
toujours  au  Ciel ,  comme  cela  leur  eftoit 
ordonné.    Au  lieu  que  S.  Paul  n'ayant  à 
y  eftre  enleué  que  pour  peu  de  temps  &: 
par  économie  feulement  ,  il  n'a  pas  elle 
necefTaire  qu'il  perdift  fes  conditions  or- 
dinaires. Et  comme  quand  Elie  ScMoyCt 
font  defcendus  pour  affilier  à  la  transfigu^ 
ration  de  noftre  Seigneur,  iln'apas  cfté 
befoin  que  leurs  corps  fe  foyeat  dépouil- 
lez de  leurs  qualitez  celeftes  ,  pour  en 
,  prendre  de  conformes  à  l'eftat  de  la  vie 
prefente  >parce  qu'ils  n'ojnt  deu  eftre  fur  le 
fommec  de  la  montagire  que  fort  peu  de 
temps  :  qwand  S.  Paul  eft  monceau  Ciel* 
il  n'a  pas  efté  beloio  Ron  plus  que  fon 
rçorps  abandonnai:  fesqualitezt  en  iennc^3 
parce  qu'il  ne  deuoit  eftre  là*  haut  que  fore 
peu  de  temps  nOn'plus.îl  cft  vray  qu'il  a  fal- 
lu qu'il  ait  paffé  par  la  moyenne  région  de 
l'air ,  que  l'on  dit  eftre  fort  froide  :  5c  par 
celle  du  feu  élémentaire,  qu'on  s'imàgirie 
toucher  ks  fpheres  dcseieqx  j  &  enfin  a« 


^4  Sermon  *IlLfur  le  chap]  ti!* 
ix^uers  des  fpheresceleftesmefme^,dojif 
on  a  cette  opinion  quelles  onc  beaucoup 
d'épaifleur  3i  de  folidité.Quant  àla  fécon- 
de regiôdelair/uft-elle  encore  beaucoup 
plus  froide  qu'on  nelacroidedre,  celuy 
qui  commande  aux  elemens  Se  qui  leur  a 
donné  leurs  qualitez  ,  en  a  bien  peu  ga** 
reniir  le  corps  de  S.  Paul,  sHl  luy  a  pieu  de 
le  faire  paffer  au  trauers.  Et  quand  le  feu 
élémentaire  feroit  auffi  bruflant  qu'eftceir 
iuy  dont  nous  nous  feruons  icy  bas  ,  le 
Créateur  qui  apreferué  les  Compagnons 
d'e  Daniel  au  milieu  dVne  fournaife 
ardente  ,  fans  qu'ils  en  ayent  efté  en- 
dommagez ,  a  bien  peu  empefcher  le 
feu  de  là- haut  de  fe  faire  fentir  au  corps 
de  faint  Paul.  Enfin ,  quand  les  globes 
celeftes  auroyenc  autant  de  folidité  que 
l'airin  ou  le  diamant,  celuyqui  les  a  tous 
formes  les  a  bien  peu  faire  fendre  par  fon 
fcul  commandement ,  pour  donner  à  l'al- 
ler de  au  retour,  paflage  au  corps  de  fon 
faint  Apoftre.  Et  ce  qui  s'eft  fait  pour  He- 
iioc  ,  ce  qui  s'cfl:  réitéré  pour  Elie  ,  ce 
cjuis'eft  exécuté  pour  noftre  Seigneur  Ie« 
fus  Chrift,  aura  bien  peu  fe  faire  pour  S» 
Paul,  fi  telle  a  efté  la  volonté  de  Dieu 
que  c'ait  efté  en  corps  qu'il  ait  efprouué 


cette  merueille.  L'autre  façon  eft  vn  peu 
moins  com{>rehehfible.  Car  fi  lame  de 
rApoftres'eft  feparéed  auecfon  corps ,  il 
femblc  que  cela  n'ait  peu  fe  faire  fans 
niort.Et  fi  elle  s'eft  reunie  à  luy  quand  elle 
cft  retournée  du<3iel,c'cft  vne  refurrediô. 
Or  nous  ne  voyons  point  que  nyS.Luc,ctt 
l'hiftoire  qu'il  nous  fait  de  luy,  nyqueS. 
J?aulmefai€,  dans  les  diuers  ^endroits  de 
fesEpiftresoii  il  rapporte  afles  ponfluèU 
leoient  les  cfaofes  extraordinaires  8c  mé- 
morables qui  luy  font  arriuées  ,  ait-laifle 
autune  trace  d'vne  choie  fi  merueilleufe 
qu'auroiceftc  celle  de  fa  mort  &  defa  re- 
furreâ:ion  d'entre  les  morts.  Ayant  donc 
dit  tant  d*autres  chofes  qui  ne  font  nulle- 
ment de  l'importance  de  celle-'là ,  cora- 
mcntôtpour  quelle  raifpQ  la  nous  auroit^ 
il  celée  jNeancmoins, fil  y  a  encere  deux 
chofesconfiderablcsàdkeicy,  pour  mon- 
ftrerque  mefmes  de  cette  façon- là  le  ra- 
uifTementdeS.Paul  n'a  pas  elle  impoflî- 
ble.  Car  premièrement,  pofé  que  cela 
n'ait  peu  fe  faire  autrement  que  par  la 
mDrt,iamefme  raifon  qui  luy  afaitfup- 
primer  par  Tefpace  c^  quatorze  ans  la 
merueille  de  fon  rauiffement  là-  haut ,  luy 
aura  auflifait  celer  la  manière  par  laquelle 


^¥'  Sermon  ULfur  le  chajl  >i^ 

cette  mcrueillecftarriuée.  Car^il  ncpoir^l. 
Ù'oitipas  dii?ï  qu'il  eftoit  mort  &  rcffufci- 
té  des  morts ,  qu'il  ne  diftauflî  pourquoy 
cela  luy  cftoic  arriué  ;  ce  qui  cftoic  propre-! 
ment  la  chofe  qu'il  vouloit  taire.     Pui$ 
après ,  encore  n'eft-il  peut-eftre  pas  ab- 
folument  neceflaire  que  cette  feparatiôh 
de  fon  ame  d'auecque  fon  corps  fe  foit  fai- 
te par  la  mort.  Yx>us  voyez  ,  mes  feres, 
comment  la  Nature  nous  a  compôfezr 
Nous  fommes  faits  d'efprit  &  de  corps,  6C 
c'eftdeleurvnionque  refultê  la  conftitu- 
tion  de  noftre  eftre.  Quant  à  l'efprit,  nous 
le  tenons  de  Dieu  qui  le  crée  de  fa  main: 
mais  pour  ce  qui  eft  du  corps,  nous  le  ti* 
tons  par  communication  de  ceux  qui  nous 
engendrent.  Et  auecque  cette  matière  de 
.  laquelle  nos  corps  font  compofez,  vient  la 
chaleur  naturelle,  &  l'humeur  qu'on  ap-   . 
pelle  radicale,  qui  luy  fert  d'ahment  pour 
1  entretenir,  &  peut  eftre  encore  les  facul- 
tés vegetatiues  &  les  fenfitiues.  Au  moins 
y  a-t-il  des  Philofophes,   &  des  Méde- 
cins, &  des  Théologiens  encore,  qui  font 
de  cette  opinion ,  que  Tame  raifonnable 
n'eft  point  infufe  dans  le  corps  finon  au 
quarantième  iour  aptes  fa  première  con- 
ception :  p^rcc  qulls  croyentqu  auant  ce 

tcmp^ 


ifc  la  IL  aux £or.  àKi,^,]^.',  5;  ^7 
Icmps-là ,  le  corps  ne  peut  auoir  les  orga- 
nes ôc  les  difpofitions  qui  luy  font  neceifai» 
rcs  pour  receuoir  &  pour  loger  vne  forme 
&  vne  hofteffe  fi  excellente.  Si  cela  eft ,  il 
faut  qu'il  y  aie  dans  la  matière  du  corps, 
comme  elle  nous  eft  communiquée  par  la 
génération  ,  quelques  facultés  vegetati- 
ues  ,  Se  peut  cftre  quelque  chofc  de  plus 
que  cela,  auant  que  Tame  raifonnabic  y 
foit  prefentc.  Or  eft  il  bien  vray  fans 
doute  que  quand  cette  chaleur  naturelle 
eft  efteintc  ,  Se  cette  humeur  radicale 
épuifée, l'amené  peut  naturellement  fub- 
fifter  dans  le  corps  humain.  Il  faut  necef- 
fâirement  qu'elle  s'en  (epare  alors,  Se  c'efl 
en  cette  feparationjquand  elle  fe  fait  ainfi,' 
que  confifte  proprement  la  mort.  Mais  il 
ne  s'enfuit  pas  de  là  que  Dieu  ne  puiflc 
feparerTame  d  auecquc  le  corps ,  fans  que 
cette'chalcur  naturelle  s'épuile,  Se  que  les 
facultez  qui  ont  nat-ureliement  fiiiui  la 
propagation  du  corps,  foyenc  egajemenc 
abolies.  Car  comme  elles  ont  ùibliftéau 
corps  auant  que  Tnme  y  fuftj  Tames'ea 
peut  bien  feparer  par  la  pui/Tânce  de  Dieu, 
que  neantnioins  elles  y  fubfifteront  enco- 
re; Ceteftac  là  donquesn'auroitpas  efté 
à  proprement  parler  vne  mort,  ny  par 

G 


$S  Sermonîîl  .fût  le  cha^.  12: 
confcqnenc  la  réunion  de  Tame  auecquô 
Ijô  corps  ,  vne  refurreûion  proprement 
dite  non  plus:  parce  que  la  vraye  raorc 
confifteen  Textinaion  de  cette  chaleur, 
i5£  en  l'abolition  des  facuhez  par  lefquclleâ 
les  parties  du  corps  ou  croifTcnt  ou  fe 
îiouriiirent.  Ainfi^encore de ccitefaçon- 
là  il  n*y  a  point  d'impoflibilitc  en  Texecu- 
tion  de  ce  miracle.  Car  quant  aux  autres 
confiderations  que  nous  auons  faites  fur 
les  conditions  des  corps,  elles  ne  touchent 
point  vne  lubftance  Spirituelle  &  imma- 
térielle telle  qu'cfl:  famé.  Elle  n'a  point 
lés  qualicez  terriennes  &  élémentaires 
«qui  (e  trouuentdans  le  corps  tandis  qu'il 
cften  Teftat  fcnfuel  &  animal.  Elle  n  eft 
point  paffibie  ny  au  froid  ny  au  chaud, ny 
aux  aiuiesaÊtiuitez  de  l'air  ny  du  feu  ny 
des  au.tres  elemens.  Enfin  ,  elle  ne  peut 
eftre  en^pefchée  ny  retardée  en  fonmou- 
uemcnt  par  la  matière  des  corps,  quelques 
grands  ou  lolides  qu'ils  puifFent  cftre» 
Mais  il  fe  prefente  icy  d'autres  difficul-, 
Kz  confidcrables.  Soit  en  corps,  foit  hors 
du  corps,  qi'c  ce  rauiffement  fe  foit  faitj 
(  car  puis  que  i'Apoftre  S.  Paul  s*cn  eft 
tcu,  nous  vous  auons  défia  dit  que  nous  ne 
Voulons  pas  le  décider,)  comment  elt-c« 


iî(f  la  ILduxCof. u  i.  ï. 3. 4^5-^    ^ 
qu  il  die  qu'il  n'en  fçaic  rien?Car  fi  cela  s'ett 
fait  en  corps,  puis  qu'il  auolc  lesfensdes 
yeux  &  des  oreilles  ouuerts  pour  Voir  ÔC 
pour  ouïr  des  cbofes  ôc  des  paroles  iné- 
narrables, ne  voyoït-il  pas  bien  fonpro* 
pre  corps ,  &ne  fentoic-il  pas  qu'il faifoife 
ces  opérations  par  le  moyen  de  fcs  orga- 
nes ?  N'eft  ce  pas  vnc  chofe  infeparâble 
des  aûions  de  nos  fens,  que  non  feulement 
nous  âglffons  par  eux,  mais  que  nous  Ten- 
tons bien  que  nous  âglffons /Se  que  noua 
fommes  affeurés  des  opérations  qu'ils  pro-^ 
duifent  ?  Et  ficela  s'eft  fait  hors  du  corps 
&:  dans  l'ame  feulement  ,rameeftant  fe- 
parée d'auec fon  corps  a-t-cile  peu  ignorèi 
fa  fepàration,  8cn' a^r.cllepasauffirecoha^ 
nu  quelle  eftoic  la  nature  de  fon  aaion^ 
lors  qu'elle  voyoit  ^  qu'elle oyoit  des  ob- 
jets fi  émerueillables  ^  A  cela ,  mes  fteresi 
on  peut  refpondre  deux  chofcs,  La  pre- 
mière eft  que  ce  mot  Acfanoir ,  Z-c  celuy  de 
nt  piimrça^  ,  fe  prennent  également  eri 
deux  (ignificatious  différentes.  Car  ordi^^ 
Tiûttivxni  fifioir  fignifie  auoir  la  connoif- 
îancc  de  quelque  diofe  ,  Uncfatmr  pas 
iignorer  :  ac  c'eft  la  plus  propre  6cla  plus 
commune  intelligence  de  ces    termes. 
Mais  quelqucsfois  on  em^ploye  ces  mocâ 

G    ij 


/oo  Sermon  I IL  fur  le  chapAiZ 
^^fauoir  &c  de  nefauoirfasy  non  pour  fi- 
gnificc  la  connoifTancc  ou  l'ignorance, 
maislarefoliïtionquona  faite  de  ne  dire 
&denedécouurir  pas  vne  chofe  dont  on 
neft  pas  ignorant.  Pour  exemple  ,  quand 
TApoUre  efcriuant  à  ces  melmes  Co- 
rinthiens icy,  dit  qu*il  ne  veut  point  fauoir 
entreuxjinon  leftu  Chrijl é* icduy  irucifié^W 
ne  veut  pas  direquabfolument  il  arefolu 
d*ignorcr  toutes  autres  chofes.  Il  auoic 
beaucoup  d'autres  connoiffancesque  cel- 
les qui  concernoyent  la  Croix  de  noftrc 
Sauueur,  &  il  paroift  par  fes  Efcrits  qu'il 
çftoit  niefmes  bien  verfé  dans  la  leûure 
des  Poëces.  Et  quand  il  cfl  venu  àla  con- 
noiflance  de  noftre  Seigneur  ,  il  n'a  pas 
oublié  ce  qu'il  auoit  appris  auec  Gamaliel, 
aux  pieds  duquel  il  auoit  efté  nourri ,  pour 
y  entendre,  non  pas  feulement  les  chofes 
de  la  Loy ,  &  les  interprétations  que  les 
luifs  ,  ^  nonimémenc  les  Pharifiens 
auoyent  accouftumé  d'y  donner  ,  mais 
naefmesles  chofes  qui  regardent  laPhilo- 
fophie.  H  veut  feulement  dire  qu'il  are- 
folu de  n'enlcigncrauxCorinthiensfinon 
l'Euangile  du  falut,&  que  de  toutes  les  au- 
tres choies  qu'il  fçait  il  ne  leur  parlera 
non  plus  que  fi  elles  luy  elloyenc  entière- 


'4e  U  IL  aux  Cot.  v.  i.  t\  J.  4,  {.  Htî 
ment  inconnues.  Et  quelques  vns  pren- 
nent à  peu  prés  en  mefme  fens  ces  parc 
lesdenoftrc  Apoftre,  au  chapitre  6.  delà 
î.  àTimochée.  S^  quelcun  en  feigne  vnedo'' 
Brine  dîuerfe  ,  ^n  adhère  point  aux  faines 
farcies  de  nofire  Seigneur  le  Ci  s  Chr  (l  ^  dfaU 
doctrine  qui  ej} fc  Ion  pieté  :  vn  telefl  enflé  ^  ne 
/achant  rien.  Dans  les  Poètes  Comiques 
on  rencontre  quelquesfois  cette  façon  de 
parler ,  ce  que  tu  fais  ,  tu  ne  lefcaispas ,  ou  il 
ne  faut  pas  que  tu  le  fâches  ;  c'eft  à  dire,  don- 
nc-toy  garde  d'en  parler  non  plus  que  fi 
tu  n'enlauoisdu  tout  rien.  Et  la  raifon  de 
cette  façon  de  parler  eft  qu  en  toutes  lan- 
gues on  met  fouuent  les  chofes  qui  précè- 
dent pour  celles  qui  fuiuent,  &les  chofes 
qui  fuiuent  pour  celles  qui  précèdent.  De 
forte  que  l'ignorance  eftant  la  caufe  du 
filencff,  parce  que  Ton  ne  fauroit  parler  de 
ce  qu'on  ne  fçait  point  du  tout ,  des  chofes 
defquelles  on  fe  taifl:  abfolument,  on  ne 
fait  pas  difficulté  de  dire  qu'on  les  ignore. 
Qijand  donques  l'ApoUreauroiticy  em- 
ployé ce  terme  en  cette  fignification  ,  il 
n'auroit  rien  fait  que  ce  que  nous  faifons 
affés  fouuent ,  lors  que  voulans  reprimer 
ou  l'importunité  des  enfans ,  qui  nous  de« 
mandent  des  chofes  qu'ils  ne  foac  pas  en-*. 

G  il] 


xot^  Serman  lll.  ftir  le  chap.iii 
çore  capables  d*cntendre  ,  ou  celles  dc^ 
gens  trop  curieux,  qui  s'enquierenc  de  ce 
qu'ils  ne  doiuenc  pas  fauoir  ;  nous  Icun 
difonSj/V  tien  fçây  rien  ,  ce  qui  n'a  poins 
d'autre  figni  fi  cation  finon  ,  U  ne  vtux  pas 
'■vouskdDe^  Et  de  fait  5  eu  égard  àlacurio- 
Çté  naturelle  de  I  efpri»;  humain,  il  eft  à 
prcfusner  que  les  Corinthiens  auoyenc 
pefoin  que  TApoUre  mift  ainfi  vnc  bar- 
rière audeuant  de  hurs  demandes.  Car 
auçrement  ils  n*euffent  pas  manqué  de  Igy 
faire  mille  q[uefl:ions  aufquelles  il  n'euft: 
eftény  defagrauicény  de  Icuredlficarioi^ 
dcfatisfairc.  La  féconde  chofe  qu'on  peut 
ierpondrecfl,que  dans  leschofe^  quidVn^ 
cofléfont  impreueuès  ^  furprenanres,&: 
qui  deraurrefonc  grandes  cxtraordinai-> 
rcmcnt ,  bien  que  nous  ks  voyions  ou  que 
nous  les  entendions,  fieft-ce  que  nous  n'y 
jreconnoiflTons  &  ny  fencons  pas  bien  di- 
ftinftementles  opérations  de  nospuiflan- 
ces.  Ainfi  voyez- vous  en  quelcun  des 
Pfeaumcs,  que  les  fidelles  parlans  du  re- 
tour du  peuple  d'Ifrael  hors  de  la  captiui* 
«ç  de  Babylon  ,  difcnc,  ^and  f Eternel 
Ramena  &  mit  à  recoi  ceux  de  S  ion  cjui  rctêur-' 
Tioyent  de  captiuitéy  nous  ijiions  comme  cen^ 
^ifoti^int.    C'eft  à  dire ,  que  cette  dcli-- 


de  la  IL  aux  Cor,  W-.  r.i]^.  4.  j;  loj 
lUrance  fut  fi  grande  ,  fi  furprenante,  â 
pleine  dVne  ioye  incomparable  dç  d'vn 
contentement  non  attendu  ,  qu'à  peine 
s'en  pouuoyent  ils  aficurer  ,  ne  fachans 
prefquc  fi  c'eftoit  vne  vérité  ou  l'iilufipn. 
aVn  fonge.  Quarad  l'Ange  tiraS.  Pier  le 
deprlfon,  &  qu'il  luy  fie  tomber  les  chaif- 
nes  des  mains,  il  eft  dit  exprefl^cm et  que  S.. 
Pierre  ne  fauoit  pas  que  ^ue  ce  qui  fefatfth 
fufi^ray yXZTiX,\2iQi\oïï^Çi.o\x.  meruelUeufeo 
£t  dans  les  grandes  émotions  de  cette  çia- 
ture,on  a accouftumé  de  dire ,  iefmsraui^ 
iefuù  hors  de  moy. ,  iemme  fènspas  moy  mef- 
me.  Laraifonde  cela  eft  que  pour  fentir 
ûous-mefmes  nos  propres  opérations,  & 
pour  bien  reconnoiftre'  quelles  font  les 
facultez  par  lefquclles  elles  s'exercent,  il 
faut  que  nous  retirions  en  quelque  façon 
nos  efprits  de  dcflus  les  objets  à  la  con- 
templation ou  à  la  iouïflance  defquelsils 
efl:oyent  occupés,  pour lesramener  &  ré- 
fléchir fijr  nous,  &  pour  contempler  com- 
ment nous  auons  agi,  ôç  quelles  font  les 
puiflances  que  nous  y  auons  defployées. 
Quand  donques  l'objet  eft  fi  furprenanc 
qu'il  rauit  abfolumcnt  les  facultez  à  foy,  & 
fans, par  manière  de  dire,  qu'elles ayenc 
le  loifir  de  6'en  aduifer  ;  a^  quand  il  çû  % 


fo^  Sermon  II L  furie  chap,  li; 
grand,  fi  extraordinaire,  &  fi  touchanr>^ 
qu'il  remplit  les  facultés  toutes  entières, 
de  force  qu'il  n'y  en  peut  entrer  d  autre 
qui  leur  face  venir  la  penfée  de  fe  confi- 
derer  elles  mefmes  ôc  de  fe  retourner  fur 
foy, alors,  corne  lî elles  eftoyét  en  quelque 
efpece  dexftaie,  elles  ne  fe  connoiffenc 
pas  elles  mefmes,  &:  neiugentpas  diflin- 
ftement  de  leurs  propres  adtions.  Or 
voyés-vous,mes  frères,  quelle  edoic  la  na- 
ture dcrcbjet  qui  fe  prefencoit  alors  à  S. 
Paul.  lamais  homme  mortel  n*en  vid  vn 
Il  grand  ny  fi  glorieux  ,  ny  fi  capable  de 
renjplir  toute  reftenduc  de  fes  facultez 
pour  fi  valles  qu'elles  pcuflenc  cflre.  Ec 
pour  ce  qui  efl:  de  la  furprife,  foie  que  ce 
rauifTement  fefoit  fait  en  corps, foie  qu'il 
fe  foit  fait  en  ame  feulement,  outre  qu'il 
efl  à  prefumer  qu'il  a  efté  fort  fubit  &c  fore 
impremeditc,  la  merueille  de  ce  que  S- 
Paul  aveu  8c  ouï,  luyaefté  finouuelle,&: 
luy  a  donné  d'abord  vne  fi  grande  admi- 
ration ,  qu'il  a  eftcaifé  de  s'miaginer  qu'il 
cnfennt  vn  tranlporcinconceuable.  Ec 
fi  vous  vous  figurés  vn  payfan  ,  qui  na 
iamais  paffé  plus  loin  que  les  enuirons  de 
fa  chaumine ,  cftre  enlcuépar  vn  Ange, 
ôc  tranfportc  dans  la  ville  de  Paris  ,  ôc 


delaIJ.auxCor.'v.hz.3.4.{.  rZ/ 
^ue  TAnge  le  met  touc  endormi  dans  le 
plus  beau  lieu  du  Louure  >  au  milieu  des 
plus  grandes  magnificenees  de  la  Cour, 
ôccn  commodité  d'ouïr  &:les  propos  qui 
fe  tiennent  dans  les  Cercles,&  la  Mufique 
qui  s'entend  dans  les  concerts,  vous  n  au- 
rez point  befoin  de  vous  mettre  dansl'ef- 
prit  ridée  des  Palais  enchantez  dont  par- 
lent quelques  Romans  &  quelques  Poè- 
tes, celle  là,  fi  vous  vous  figurez  que  ce 
poure  homme  fe  réueille,&  que  tous  ces 
beaux  objets  frappent  en  mefme  moment: 
fesfens,  fufïîra  pour  vous  faire  conceuoii: 
qu'en  telles  occafions  on  fe  trouue  fi  efton'» 
ne  qu'on  ne  fçait  fi  on  efl:  viuant  ou  fi 
on  eft  raorc ,  fi  on  dort  ou  fi  on  veille.  A 
cela  vous  pouués  encore  adjoufter  que 
quand  les  facultés  de  S.  Paul  euflent  efté 
moins  déterminées  d*elles«mefmes  parla 
nature  de  l'objet ,  fiDieu  a  iugé  à  propos  ou 
neceffaire,  que  S.  Paul  ne  fceuftpas  exa* 
âement  comment  ce  miracle  fefaifoit,  fi 
dije,  c'efloit  ou  en  corps  mu  hors  du  corps, 
il  aura  bien  peu  tellement  attacher  fes  fa- 
cultez  fur  les  chofes qu'il  luy  prefentoit&: 
à  voir  &  à  ouïr  ,  que  leurs  opérations  fuf- 
fenc  abfolument  en  dehors ,  8c  que  quand 
il  Tcuft  voulu  il  n  euft  pourtant  peu  en  fai- 


toè  Serm  oit  tll.fur  le  chdf.  jzî 
re  reflexion  fur  foy-mefme.  Tellement 
qu'il  voyoit  &  oyoic  ce  qui/e  prefentoit  Z 
luy  extérieurement  ;  roaisily  eftoit  telle- 
ment fixé  &ç  déterminé  par  la  puiffance  de 
Dieu ,  que  ne  repliant  aucunement  fes  fa- 
cultés ny  leurs  opérations  fur  foy  ,  il  ne 
pouuoitj  quand  le  rauiffement  fut  palfé, 
auoir aucune  certitude  delà  conftitutioa 
çn  laquelle  il  eftoit  à  rheure  que  ces  mer- 
ucilleuxobjetsremplilToyent  ainfi  toutes 
fes  puiflTances.  Voila  pourquoy  il  dit  qu'il 
ne  fçait  quant  à  luy  comment  cela  fe  fie. 
Mais  quelle  raifona-t-il  d'adjouftcr,Z)/f/!^ 
lefçàït^.  Car  qui  peut  douter  que  Dieu  ne 
lcfccuft,luy  dequi  la  connoiÔanceeft in- 
finie comme  rcflence  ?  Certainement, 
mes  frères,  ny  les  Corinthiens  ny  aucun 
autre  ne  pouuoit  pas  douter  que  Dieu  ne 
fceuft  cxa£lerocnt  comment  tout  cela, 
s'cftoit  paffé.  Les  chofes  anciennes,  les 
prefentes  ,  celles  qui  font  à  venir  ,  fonc 
lîuèsô^  defcouuertesdeuant  fesyeux.  Ses 
connoiflances  mefmes  ne  fe  bornent  pas  à 
cela  :  il  fçait  encore  toutes  les  chofes  pof- 
iibles,  bien  qu'elles  n'ayeni  point,  &  qu'el- 
les ne  doiuent  iamais  auoir  aucune  aâuel- 
le  exiftence.  Cornent  donques  ignoreroic- 
illes  chofes  qu'il  a. faites  luy-  mefme,  &  qui 


eîe  h  IL  aux  Cof/v.  î .  2.  i.^*$.  ïo^ 
ont  cfté  exécutées  par  l'efficace  de  fa 
jnain  ?  Mais  auffi  n'eft  cepasce  que  TA- 
poftre  S.  Paul  veut  dire:  il  entend  qu'il  n'y 
a  que  Dieu  qui  le  fâche ,  ôc  que  fi  on  veut 
cnauoirla  connoiflance,  c'cft  à  luy  qu'il 
fe  faut  addreflfer  pour  le  demander.  De 
forte  que  n  ayant  point  eftabli  de  lieu  d  o- 
racle,  ny  ordonné  d'Ephod,  ny  inftitué 
d'autre  moyen  ,  pour  s'aller  enquérir  de 
luy  touchant  les  chofes  abftrufes  &  ca- 
chées à  l'intelligence  humaine ,  ny  donné 
depromeflcsde  fatisfaireà  lacuriofitcde 
çcuxqui  s'en  enquerroycntjCe  quirefulte 
de  cela  c'eft  qu'il  en  faut  demeurer-là,  &: 
ne  porter  pas  plus  auant  la  curioficé  de  foa 
ame.  A  peu  prés  comme  au  vingt-qua- 
trième de  S.  Matthieu  »  Chiift  interroge 
par  fes  difciples  touchant  le  iour  du  luge  - 
nient,  leur  dit ,  ^ant  à  ce  hur4a ^  é*â 
l'heure ,  ml  ne  le  fait ,  non f  as  les  Anges  da 
Cielymais mon  Père feuL  C'eft  à  dire  qu'il 
ne  faut  pas  s  en  enquérir,  &  que  ny  luy  ny 
qui  que  ce  foit  n'a  charge  de  le  reueler 
aux  homes.  Tellement  que  fi  on  le  defirc. 
fauoir,  c'eft  au  Père  qu'il  fefauc  addrefler. 
Cequieft  tout  autant  que  s'il  difoit ,  Ne 
vous  en  enquerez  point  do  tout,  paî:cç  que, 
jfous  ne  fauriez  monter  au  Ciel  pouryoua 


àbSi  Sermon  lll,  fuAech  ap.  il! 
en  enquérir  de  Dieu,  &  il  n'a  point  ordoii^ 
né  de  moye  de  le  vous  reueler  en  la  terre. 
Ce  qu'il  cft  plus  permis  de  rechercher,  & 
qui  peut  eftre  n*efl:  pas  fi  difficile  à  trouuer, 
c'eft  où  &  quand  s'eft  faic  ce  miracle.  Pour 
ce  qui  cil  du  temps ,  nous  vous  auons  defîa 
dit  en  gros,  qu'à  fuppofer  ces  quatorze  ans 
en  rétrogradant,  cela  eft  tombé  en  l'année 
que  S.  Paul  fut  conuerti  ànoftre  Seigneun 
Et  pour  ce  qui  eft  du  lieu ,  nous  auons  au 
commencement  de  cette  aftion  déclaré 
que  nous  ne  pouuions  confentir  a  l'opii 
nion  de  ceux  qui  rapportent  ce  rauiffe* 
ment  à  Thiftoirc  qui  nous  eft  récitée 
auneufieme  chapitre  des  Aftes.  De  forte 
qu'il  y  a  beaucoup  d'apparence  que  cela 
cftarriué  au  voyage  que  l'Apoftre  fît  ea 
Arabie ,  après  auoir  fait  quelque  fejour  à 
Damas.  Carvoicy  la  fuite  de  Thiftoire,, 
comme  elle  fe  peut  recueillir  du  liure  des 
Acbes,  Se  du  premier  chapicre  de  l'Epiftre 
auxGalateSjOuS.  Paul  msfmefuppléece 
que  S.  Luc  alaifle.  Il  partit  de  lerufalem 
auec  commifllon  du  Souuerain  Sacrifica- 
teur, pour  s'en  allerà  Damas  y  perfecuter 
]'Eglife.  Noftre  Seigneur  luy  eftant  ap- 
paru fur  le  chemin ,  &  luy  eftant  demeuré 
^ucugle  pour  les  caufes  que  ie  vous  ay 


rapportées  cy- deflus  brieucmenc ,  on  le 
conduit  à  Damas  >  où  il  eft  t  rois  iours  fans 
voir  ,  ô^  fans  boire ,  &  fans  manger.  Ce 
tcmps-làcftant  paffé,  Ananiasie  vatrou- 
uer  par  le  commandement  de  Dieu,  &Juy 
împofe  les  mains  ,  ^  après  ques  les  écailles 
luy  furent  tombées  des  yeux,  &quilcuc 
cftébapcifé,  il  fe  mit  incontinent  à  prêt- 
cher  le  nom  de  noftre  Seigneur  lefus 
Chrift  dans  les  Synagogues.  En  fuite  de 
cela  il  alla  en  Arabie  3&  quel  fut  le  fujec 
defon  voyage,  &  combien  detemps  il  y 
fejourna,  c'eft  ce  qu'il  ne  nous  dit  point- 
Quelques  grands  perfonnages  font  de 
cette  opinion  qu'il  y  demeura  enuiroa 
trois  ans.  Mais  ie  ne  fçay  s*il  y  a  beau-- 
coup  d*apparence.  Car  s'il  y  eft  allé  pref^ 
cher  l'Euangile,  &  qu'il  l'ait  faitenuiroti 
trois  ans  durant,  ce  n'aura  pas  elle  fans 
y  faire  beaucoup  de  fruit,  èc  fans  y  fondée 
beaucoup  d'Eglifes.  Or  comment  fe  pour- 
roit'il  faire  qu'il  auroit  planté  quantité 
d'Eglifes  en  ce  pays- là,  fans  que  luy-mef- 
me  nous  en  eufl:  parlé  ailleurs ,  ou  fans  que 
S.  Lucau  moins  nous  en  euft  ditquelquc 
mot  dans  l'hiftoire  qr/il  nous  a  faite  de  la 
naiflancedu  Chnflianifme?  Qjelque  fc- 
jour  qu'il  ait  y  faic,il  reuint  quelque  temps 


tïé  Germon  !1I.  fur  le  chap.  /if 
après  dans  lâ  ville  de  Damas,  &c  après  yr 
âuoîr  prcfchc,perfecuiions*eftanc  emeuc 
a  cette  occafion  contre  luy  ,  pour  en  ef- 
chapper  ,  on  le  defccndic  du  haut  en  bas 
de  la  muraille  de  la  ville  par  vne  fencftrc 
en  vne  corbeille.  De  là  il  vint  en  leru- 
falem  pour  vifiter  Pierre  ,  &  demeura 
âuecluy  quinze  iourS:>  &puis  il  en  partie 
pour  venir  prefcher  l'Euangilc  dans  les 
contrées  de  Syrie  ôc  de  Cilieic.  Puis 
donc  que"  ce  n*eft  pas  a  Damas  que  ce 
îTicrueilleux  accident  luy  eft  arriuéj&  que 
îîeantmoins  il  ne  peut  eftrearriué  linoii 
en  cette  année-là,  il  faut  neceflairemenc 
que  cela  fe  foit  fait  en  Arabie,&  peut  eftre 
que  Dieu  a  choifi  les  lieux  deferts  de  cet- 
te region-là  ,  pour  exécuter  ce  rauif^e^ 
irent  hors  de  la  veuc  &c  de  la  prefence  des 
hommes.  Car  quand  il  tranfporta  He- 
noc  ,  ce  ne  fut  pas  deuant  les  yeux  de  la 
multitude,  mais  en  quelque  lieu  écarté. 
Et  quand  il  enleua  Elie  ,  ce  fut  en  la  pre- 
fence de  fon  feruiieur  Elifée ,  mais  neant-- 
moins  en  tel  endroit  qu'il  n'y  auoit  per- 
fonne  qu'eux  deux.  Enfin,  quand  noftrc 
Seigneur  monta  au  Ciel ,  ce  fut  bien  à  la 
vérité  en  la  prefence  de  fes  difcipksjparce 
qu'ils  deuoyerit  eftre  les  témoins  de  fon 


lûtêUÎL  aux  Cor.H)!î.L'^.4.y^  ht 
afcerifion  auCiel,auflî  bien  que  de  fa  mort 
%c  de  fa  refurreftion.Mâis  il  ne  fut  veu  que 
d'eux  en  cecce  occafionlà.  Ec  puis  que 
Dieu  ne  vouloir  pas  que  ce  tranfport  dé 
S.  Paul  fuft  connu  finon  quatorze  ans 
après,  ilyauoit,  outre  les  caufes généra- 
les pour  lesquelles  czs  avions  ont  deu  fe 
faire  en  quelque  fecret ,  vne  raifon  parti- 
culière pourquoy  celle  cy  fe  deuoic  exé- 
cuter en  des  lieux  deferts  &  hors  de  là 
connoiflatice des  hommes.  Or  eft-ilicy  à 
remarquer  5  itnes  frères,  pour  nous  appro< 
cher  de  la  conclufion  de  cette  adion ,  qu'il 
eft  fans  doute  arriué  des  chofes  fort  me- 
morablesâuK  autres  Apoftres.  Puisqu'ils 
eftoyent  deftihés  pour  cftte  les  hérauts  de 
TEuangile  de  Chrift,  &  pour  conquérir 
les  Nations  à  fa  connôiflance  ^  ils  ont  deu 
auoir  d.'admirables  reuelacions  ,  faire  des 
miracles  (îgnalés  ,  &  eflonner  delamet- 
ueiile  de  kurs  aftions  toute  la  terre  habi- 
table. Neantmoinsil  nous  eft  en  la  Parole 
deDiéu  die  peu  de  chofes  de  la  prcdicatîort 
de  tous  lesautres,en  comparaifonde  deux 
d'encr'euXjàfçauoirS.  Pierre  &  S.  Paul^ 
dot  rhiftoireeftremarquablepardesmer- 
ueilles  extraordinairement  fignaléeSé  Cat 
quanta  Se  Pierre>  outre  les  autres  merudl^ 


^11  Sermon  II.  fur  le  chap.  71: 
lesqui  nous  font  rapportées  de  luy  au  Ymiè 
des  Aftcsjily  en  a  deux  encre  les  autres 
qui  donnent  vne  finguliere  admiration. 
La  première  eft  cette  vifion  qui  luy  fut 
addreffée  en  la  ville  de  loppe.  Car  luy 
eftanc  furuenu  vn  rauiffemcnt  d'efpric 
comme  il  prioic  ,  il  luy  fut  aduis  qu'il 
voyoic  defcendre  du  Ciel  vn  grand  lin- 
ceul lié  par  les  quatre  bouts ,  ou  eftoyent 
contenues  toutes  fortes  d'animaux  3  ôc 
qu'en  mefme  temps  iloyoit  vne  voix  qui 
luydifoitjT'^é'd"»^^^^^;  pour  luy  donner  à 
entendre  par  cet  emblème  allégorique» 
quedeformaisilne  falloir  plus  mettre  de 
différence  ,  en  ce  qui  touche  rcfperancc 
dufalut, entre  les  luifs  &  les  autres  Na- 
tions. Ce  qui  fut  fuiui  d'autres  circonftan- 
ces  qui  rendent  l'hiftoire  de  cette  rcuela- 
lion  fouuerainement  remarquable.  L'au- 
cft ,  quand  il  fut  mis  en  prifon  par  le  com- 
mandement d'Herode ,  &  que  l'Ange  de 
Dieu  l'en  tira  miraculeufemenr.  Car 
c'eftoit  bien  certes  vne  cliofe  admirable 
tout  à  fait,  qu  il  luy  fift:  tomber  infenfiblc- 
nientfeschaifncs  desmainsj  qu'il  lecirall 
d'entre  les  foldats  au  milieu  defquels  il 
dormoit;  qu'il  fift  que  les  portes  (ouutrif- 
fenc  d'elles  mefmes  deuant  luy;  qu'il  le  fift 

paflcr 


'àe  la  îï.  aiix  Cor.  v.  {.  Ll 4.  s»    «^1 

Jiafler  au  trauersdcs  corps^de- garde  fans 
qu'ils  s'en  apptrccuffenc ,  &  qu'il  le  dc- 
liuraft  ainfide  la  main  de  ce  tyran  &  de 
Taccente  du  peuple  desluifs.  Pour  ce  qui 
cft  de  S.  Paul ,  fon  hiftoire  eft  toute  mira- 
culeufe.Ii eft  appelle  dVne  façon  extraor. 
dinaire,  &  par  des  voix  des  cieux  Se  des 
apparitions  du  Seigneur.  C'eft  l'oracle  du 
S.  Efprit  qui  luy  donne  fon  département 
ctî  la  prédication  de  TEuangile,  &:  qui  dé- 
clare hautement  entre  les  fidelles  qu'il  a 
cftc  misa  part  pour  cela.  C'eft  la  Proui- 
dence  extraordinaire  Se  particulière  de 
Dieu  qui  dirige  tous  fes  voyages  ,  &  fes 
commandemens  exprés,  ou  les  mouue- 
mens  du  faint  Efprit,  font  ceux  qui  or- 
donnent des  lieuK  où  il  doit  Se  où  il  ne  doie 
|)as  prefcher.  Il  luy  apparoift  des  vifions^ 
comme  de  cet  homme  habillé  à  la  mode 
des  Macédoniens,  qui  luy  àïz^^aj/ê  en 
Macédoine  é* not^ aide ,  pour  l'aduertir  des 
endroits  où  TEuangile  du  Seigneur  peut 
çftre  annoncé  auec  fuccés.  Les  fonde- 
mens  des  prifons  tremblent,  fleurs  por- 
tes s'ouurent  au  fon  de  fa  voix,  quand  il 
y  inuoque  fon  Sauuéur,&  qu'il  y  chante 
fes  louanges.  Les  Prophètes  que  Dieu 
fufcitoit  en  ce  temps- là  reçoiuent  des 


11^  Sermon  IlL  ftifle  chap.  iil 
vifions  &:  des  infpirations  pour  luy,  afifi 
de  prédire  les  accidens  qui  deuoyencar- 
riuer  à  fa  pcrfonnc.  En  vn  mot ,  fa  vie,' 
depuis  qu'il  partie  de  lerufalem  pour  venir 
à  Damas  ,  eft  vne  tapiflerie  variée  d'vnc 
infinité  de  remarquables  euenemens,  Se 
rehauflee  ça  &c  là  de  l'imcomparablc  éclat 
de  diuerfeschofesmiraculeufes.  Maisen 
tout  cela  il  n'y  a  rien  de  fi  merueilleux  que 
ce  glorieux  rauiflement  dont  il  eft  parla 
en  ce  paflage.  Et  s'il  eftoic  arriué  à  S. 
Pierre,  bon  Dieu  ,  comment  eft  ce  que 
ceux  de  la  Communion  de  Rome  en. 
triompheroyent  :  Ils  diroyent  qu'il  au-* 
roiteftéle  feul  d'entre  les  Apoftresà  qui 
Dieu  auroic  communiqué  cet  auantage 
que  de  l'admettre  à  entrer  dans  le  San- 
ctuaire des  cicux.  Qoe  ce  feroit  là  qu'il 
luy  auroit  fait  receuoir  i'inucftiiure  de  cet- 
te grande  puiflance  qu'il  luy  a  donnée, 
d'eflre  le  Vicaire  de  noftre  Seigneur  en 
toutrVniuers.  Qi_>j:nce  tranfport  il  au- 
roit mis  en  depolt  en  fon  bien- heureux 
fein  tous  les  fecrets  de  fa  (apience  ,pour 
crtre  capable  de  ce  grande  incomparable 
gouuernement.  Qji*encore  qu'il  ne  les 
cuftpas  reuelcs  alors  ,  pour  quelques  rai- 
fons  qui  conccrnoyent  ce  temps-là ,  fi  eft- 


deUîî.  aux  Cor.  y.  î.zl^.  4..  f.  n| 
fce  qu'il  en  a  depuis  toufiourslaiffé  coulct 
quelques  rayons  dans  refpric  de  ceux  qu'il 
a  ellablis  ks  Lieutenans  ,  d  où  eft  venu 
qu'ils  n  ont  iamais  peu  errer  quand  il  a  efté 
queftion  dedecider  les  cliofes  qui  concer* 
«entia  Religion  Chrefticnne.  Car  vouÀ 
faués,  mes  frères,  qu'ils  tirent  piolîc  de" 
touc  ,  principalement  lors  qu'il  s'agit 
d'amplifier  ôc  de  confirmer  l'autorité  de 
leur  fouuerain  Pontife.  Pour  ce  qui  eft  de 
S.  Paul ,  ils  font  fort  peu  de  reflexion  fut 
tout  ce  qui  la  concerné,  &  s'ils  vouloyent 
dire  la  v^erité,  ils  ont  contre  luy  quelque 
tacite  mécontentement,  &  quelque  chofe 
furie  cœur,  qu'ils  n'ofent  dire  tout  ou-^ 
ucrtement,  de  peur  que  nous  ne  criïons 
Aublafpheme.  En effeâ: quelques- vns de 
leurs  DoÊteurs,  Se  mefmes  de  leurs  Car- 
dinaux, ont  ofé  dire  qu'il  euft  efté  plus  ex- 
pédient qu'il  h'euft  iamais  efcrit ,  parce 
que  fesEpiftresfauorifentles  opinions  de 
ceux  qu'ils  appellent  hérétiques.  Pour 
nous,nous  ne  préférons  point  IVn  à  l'autre 
ces  grands  feruiteurs  de  noftre  Seigneur, 
Ils  ont  efté  tous  deux  Apoûres  de  lefus 
Chrift  j  tous  deux  exceliens  en  doos ,  cous 
deux  egai?x  en  autorité,  tous  deux  illuftres 
en  miracles,  &  ça  efté  à  ewx- deux  pria*» 

Hii 


sîé      Sermon  Ut  furie  chap.  îi7 
cipalenienc  que  Glirift  a  partagé  la  conS 
quelle  qu'il  vouloic  faire  du  monde  ,  aflî* 
gnanc  à  Tm  le  Prépuce  ,  &  à  Tautrc  la 
Circoncifion.    Car  encore  qu*il  aie  efté 
permis  à  TApoftre  S.  Pierre  de  prefcher 
entre  les  Gentils,  fi  eft-ce  nommément 
aux  luifs  y  &  encore  à  ceux  de  la  difper-^ 
fion ,  que  fa  prédication  eftoic  dcftinée.  Et 
bien  qu'il  fuft  permis  à  S.  Paul  de  prefcher 
entre  les  luifs  >  comme  de  fait  il  a  prefque 
toufiours  commencé  par  eux  à  annoncer 
]a  Vérité,    c'a  neancmoins  efté  enuers 
les     Gentils    que  les  fondions  de  fon 
Apoftolat  ont  deu  eftre  principalement 
employées.  Et  dans  les  paroles  par  lefi 
quelles  Dieu  déclara  à    Anania*  quelle 
cftoit  la  Commiffion  qu'il  vouloic  don- 
ner à  S.  Paul,  il  fait  bien  mentioil  des  ^;^- 
fansd'lfracll  la  vérité ,  mais  c'eft  plus  fpc« 
cialemcnt  à  l'occafion  des  Gentils  é*  des 
Mois  deuant  Icfquels  il  deuoic  porter  feu 
»^w,qu'il  l'appelle  vn  vatjfem  d^ek^iion^  ou 
vninrtrument  qu'il  a  choifi  entre  tous  les 
autres  hommes  du  monde.  Auffisappel- 
le-t-il  luy-^  mefme C^^poHre  des Gemtls  >  ÔC 
feglorifiedecetiltre.  Pournous,quifom- 
mes  iffus  de  ces  Nations  que  Dieu  auoic 
«abandonnées,  6c  que  la  prédication  de  0.% 


^cand  S.  Paul  a  conuercies  à  refperance 
dufaluc,nousdeuons  auflî  nous  glorifier 
de  noftre  cofté  de  ce  que  nous  auons  eu 
pour  Dûdeur  vn  fi  illuftre  feruiceur  de 
Dieu,  ôc dont rApoftolac  aefté  feellé  par 
des  miracles  fi  authentiques.    Qui^  eft-ce 
d'entre   les    Philofophes   qui   fe  puiffc 
glorifier  à  telles  enfeignes  d'auoir  efté  fiif- 
cicé  de  Dieu,  comme  Socrate  s'en  cft  van^ 
lé, pour  enfeigner  la  vertu  aux  miferableç 
mortels? Qui.  eft-ce  d'entre  les  Prophètes» 
bien  que  ce  tuft  àiuftc  tiftre  qu'ils  fe  glo- 
rifiaffent  d'auoir  efté  fufcitez  de  Dieu,  qui 
puifle   mettre  en  auanc  des  preuues  de 
fa  vocation  qui  foyent  auffi  glorieufes  ?  Us 
ont  veu  des  vifions  >  ils  ont  fongé  des  fon- 
ges,ils  ont  fenti  d'admirables  mouuemenSj^ 
quelques- vns  d'entr'cux  ont  ouï  des  voi^s 
des  cieux  ,  &;  ont  efté  honore:?^  de  quel^ 
ques  oracles.    Mais  cela  n'approche  poinç 
dauozreftérauiiufques  au  troifienae  ciel,, 
&  d'y  auoir  ouï ,  commQ.tioftre  bien^h.eu- 
reux  S.  Paul,  des  paroles  ifienarrables*^ 
Moy  fe  mefme^  ce  grand  May  fe>  que  Diea 
a  mis  fi  haut  au  defïùs  des  autres  Propfae<* 
tesdeladifpenfatioade  la  Loy,  bien  qu'il 
ait  efté  efteuéfur  lecoupeaude  lanaoma^ 
ga^  de  Sinaï,  n  apa^  efté  caut  au  troifiei^t^ 

Bii| 


jÏS  Sermon  I II. fur  U  chap.  lil 
ciel  pourtant,  3c  quoy  qu'il  ait  efté  rcceu  % 
de  fore  eftroictes  &c  fort  familières  corn- 
jnunlcationsauccquc  Dieu,  fi  eft-çe qu'il 
n*a  ny  veu  nyouï  les  merueillesdu  (an- 
nuaire celefte.  Enfin,  les  Apoftres,  enco- 
re que  leur  miniftere  ait  efté  fi  glorieux  que 
celuy  de  Moyfe  ne  leur  ait  point  efté  à 
comparer,  font  en  cela  en  quelque  forte 
inférieurs  à  S.  Paul,  qu'ils  n'ont  rien  veut 
de  femblâble  à  fon  rauiffement  dans  les 
Jieux  celeftes.  Puis  donc  que  ce  grand 
Apoftrceft  tel,  receuonsfes  inftrudionSi 
&:  profitons  de  tant  de  diuins  enfeigne» 
mens  quH!  nous  a  laiffez  dansfes  Epiftres. 
Il  ne  nous  a  pas  à  la  vérité  raconté  les  cho- 
fesqii'il  a  veuës  &  ouïes  dans  le  Ciel  :  il 
lî'enauoit  pas  receu  le  commandement; 
ilne  luy  auoic  pas  mefmes  efté  permis; 
ik.puis  qu  il  neTa  pas  fait,  il  faut  croire 
que  cela  n'eftoit  pas  d'édification  pout 
nous  tandis  que  nous  lomraes  enla  terre, 
Maisii  nousa  eftallé  deuanc  les  yeux  vnc 
in  finité  de  belles  chofes  qui  font  plus  pro- 
portionnées a  noftre  capacité.  Soyons 
foigneux  ,  frères  bien-aimés  en  noftre 
Seigneur,  enleslifant&cn  les  méditant, 
d'en  acquérir  vne  folidc  3c  lumineufe 
jîonnoiffancc.  Tout  ce  que  Ton  peut  ap- 


"àe  la  II.  aux  Qor.  'y.  /"  2. 3, 4.  y.  '  n} 
J)rendre  dans  les  difcipllnes  humaines, 
toutes  les  parties  de  la  Philofophie,quelles 
qu'elles foycnc ,  tout  ce  qu'il  a  de  beau  3c 
de  releué  dans  les  auteurs  de  ce  prefenc 
fiecle ,  tout  cela  n'efl:  rien  en  comparaifon 
de  Texcellence  des  chofes  que  nous  pou- 
uons  voir  dans  S.  Paul ,  &r  quelque  récréa- 
tion ou  quelque  vti!icéqu*on  enpuiiTere- 
cueillir ,  ce  n'efl;  que  pour  la  vie  de  main- 
tenant,&  elle  ne  pafle  pas  le  bord  du  fepul- 
cre.  Aulieu  qucrintelligcnce  des  my- 
fteres  de  laFoy  ,  accompagne  l'ame  des 
iidelles  iufques  au  delà  delà  mort,  &  ce 
qui  en  eft  commencé  icy  ,  car  nous  n'eif 
pofledons  encore  icy  que  les  rudimcns 
feulement ,  s'acheuera  dans  les  lieux  ce«^ 
UAcs.  Il  nous  a  entr'autres  chofes  in;.u!- 
que  la  doârine  de  la  Croix  &  de  la  refur- 
reâ:ion  de  Chrifl: ,  nous  enfeignant  que  le 
Seigneur  a  efté  liuré  pour  nosofFenfes,  &c 
qu'il  eft  reflufcité  pour  noftre  luftification.. 
Embraflbns  eftcoiitement  cette  dodrine 
comme  la  caufe  de  noftre  falut,  &  c(>mme 
iVnique  fondement  fur  lequel  nos  cfpe- 
rances  font  eftablies.  Le  Diable,  le  Mon- 
de ,  la  Chair,  font  tout  ce  qu'ils  peuuenc 
pour  esbranler  la  créance  de  cette  diuine 
vérité  dans  nos  cntendemcns.  Refiftonsà 


lia        Sermon  11.  fur  lechap.  n) 

toutes  tentations  d'incrédulité  ,  &  dc3 
mandons  à  Dieu  qu*il  engraue  de  plus  en 
plus  en  nos  cœurs  le  faint  portrait  de  la 
Croix  denoftreSauueur,&la  perfuafîoa 
de  fa  rsfurredion  glorieufe.  Il  nous  a  mis 
dcuanr  les  yeux  la  mefme  mort  &  la  mef- 
xnt  refurreftion  de  Chrift,  pour  pacron  de 
la  mortification  du  Vieil  homme  en  nous 
àc  delà  vinification  du  Nouueau ,  Se nousa 
cxhoitésàla  pratiquede  la  fanftification 
par  toutes  fortes  de  motifs;  déferons  à  fe:» 
exhortations ,  &c  tafchons  de  nous  confor- 
mer à  ce  beau  modelle.  Il  s'eft  propofé 
îuy-mefme  à  nous,  afin  que  nous  Timi- 
tions, en  nous  difanc ,  Scyésmes  imitateurs^ 
comme  auj^t  ie  Itfuis  de  Chnfi  :  efforçons- 
nous  de  refpondre  à  l'excellence  de  cette 
copie ,  comme  elle  a  excellemment  repre- 
fcnté  fon  original ,  de  force  que  nous  puif- 
fîons  dire  comme  il  a  dit  autrefois  ilefukf 
crucifie  auecChriJi '-y  &  viy  non  fùint  mainte^ 
nant  moy ,  mais  Chrjl  'vit  en  moy  :  &  ce  que 
ie  vi  maintenant  en  U  Chair^  ievien  U  Fof 
du  Fils  de  Dieu ,  qui  m'a  aimé  ,  é"  q^t  s'eji 
donné  fjy-mefme pour  moy.  Il  a  eu  diuers 
combats  à  fouftenir,mais  il  s*y  cft  toufioui 
comporte  vaillamment,  marchant  parmy 
lionneur  &:  ignominie  »  parmy  diffame  d^ 


'âe  U  ï  T.  aux  Cof.  n).  i.  %.  %i  4!  j!  tiè 

]bonne  renommée,  expofc  à  la  çomradii 
âion  des  hommes ,  maïs  y  oppofant  ync 
fermeté  inuincible ,  &  la  confolation qu'il 
tiroit  de  fes  diuines  reuelations.  Suiuonà 
conftammenc  ^  courageufemenc  fes  tra- 
ces, &  nous  muniflbns  de  toutes  fortes  de 
bonnes  penfces  contre  Us^  attaques  dç  n©s 
ennemis  :  oppofons  au  chagtin  5^:  à  la 
trifteffe  de  nos  âmes,  s'il  nous  en  vient  deî 
mauuais  traittemens  que  nous  receuons, 
laioye  inénarrable  qui  nous  reuient  d'a- 
uoirconpu  le  Sauueurdu  Monde.  Enfin, 
bien  qu'il  ne  nous  aie  pas  dçfploy  c  les  inet- 
ueilles  de  là- haut ,  il  nous  en  a  fait  afTes 
cntreuoir  en  nous  difant  qu'il  ne  vouloic 
pas  les  nous  raonftrcr,  pour  en  exciter  le 
defir  en  nous,  U  pour  en  viuifier  Tefperan- 
ce  .Tendons  donc  perfeueramment  à  foa 
imitation  vers  le  but  de  la  bien-heureufc 
immortalitç,  6$  demandons  continuellcf 
ment  au  Seigneur  lefus  qu'en  fin  il  nouj 
çn  donne  la  iouïflançe,  Aluy,  comme  au 
Père  &au  S.  Efpric,  vn  feul  Dieu  bénir 
cternçilement ,  foit  gloUe,  force  U  empi^ 
re  dés  maintenant ,  ^  à  cou$  les  fiecleSdi 
AMEN. 


SERMON 

QVATRIEME. 

s  V  R     CES     M  OTS, 

t>*v;f  tel  homme  me  vânter^îy^ie  ,  mais  ie  ne 
me  vanteray  point  de  moj- mefme^Jinon  en 
mes  infirmttez, 

FRekes  bien-aimez    en    kostrE 
Su  GNê  VR. 

Vous  voyés  quelle  cft  la  difpofitiondc 
la  face  de  la  terre.  11  y  a  des  contrées  au 
trauers  defquelles  il  pafle  de  grandes ri- 
«ieres,  qui  outre  l'humeur  &  le  rafrai- 
chiflement  qu'elles  portent  dans  les  prai- 
i:ies  &:  dans  les  campagnes,  fourniflent  cn- 
coreabondamment  le  breuuage  aux  hom- 
mes &  aux  animaux.  Il  y  en  a  d  autres  où 
Ton  ne  void  point  de  fi  grands  fleuucs: 
mais  tant  y  a  qu'il  y  fourd  d'elles-mefmes 
des  fontaines  viucs  &:  fécondes ,  qui  pro- 
duifcnt  des  ruifleaux  confiderablcs ,  &  qui 
donnent  de  Teau  Tuffifam ment  aux  habi- 
unsde  ces  régions  là.  Il  y  en  a  d'autres 


de  la  ÏL  àUx  Cof.^.f.  z.  3!  4!^,  ti^ 
ùù  il  neparoift  point  de  fources.fur  le 
panchanc  des  collines  ,  U  où  vous  ne 
voycs  point  couler  ny  ferpenter  de  rulf- 
feaux.  Mais  neantmoins  elles  font  plei- 
nes d'humidiceî:  foufterraines,  qui  font  (i 
proches  de  leur  furface ,  qu'il  ne  faut  que 
fort  peu  creufer  pour  les  trouucr ,  6c  pour 
en  tirer  les  vfages  dont  la  vie  des  hommes 
àbefoin.  Enfin,  il  s'cntrouuequelques- 
vncs  fi  arides  &  fi  fablonneufes,  qu'il  ne 
femble  pas  d'abord  que  quelque  induftrie 
qu'on  y  apporte,  ou  quelque  trauail  qu*oa 
y  prenne  ,  on  en  puifle  tirer  aucune  hu» 
meur.  Et  toutesfois,  pourueu  que  l'on 
y  creufe  bien  auant,  encore  fe  trouue- 
t  il  des  veines  d'eau  dans  les  entrailles, 
de  la  terre ,  qui  cftans  bien  mefnagées  Se 
bien  conferuées ,  peuuent  defalterer  les 
paflans.  L'Efctiture  fainte  ,  mes  frères, 
cftàpeu  prés  de  mefme,  pour  ce  qui  re- 
garde les  inftruâions  qui  peuuent  feruir  à 
falut.  Si  vous  y  tombes  fur  vn  de  ces  en- 
droitsoùTApoftre  S.  Paul  traitte  quelcun 
des  articles  de  la  Religion  Chreftienne 
comme  efl:  celuy  de  la  luftificarion  de 
l'homme  deuant  Dieu  ,  ^deTeificacede 
laLoy  &derEuangileà  produire  la  vraye 
Sanctification  ,  6^  de  la  refurredion  de:^ 


Sj:#  'Sfmon  Ilî.  fur  le  c!o4Ja1:  ' '^ 
corps, c'eft comme  vnflenuç  de  dodnrï? 
qui  s*efpand  au  long  Se  au  large  ,  &  quf 
i^emplii  noftrc  intelligence  d'admirable- 
nienc  belles  inftruaions.  Si  de  là  vous  paf- 
(ezaux  lieux  où  luy  &  les  autres  Apoftresf 
nous  expliquent  les  préceptes  qui  concer-» 
nent  la  moralité  ,  ce  font  des  fourccs 
abondantes ,  d'où  vous  puifez  libérale- 
ment les  chofes  qui  feruent  à  la  régéné- 
ration de  vos  âmes,  &à  vous  reiflftre  di* 
gnes  de  rcxcellence  de  voftrc  fainte  voca- 
tion. Quant  aux  hlftoires  ,  il  y  en  a 
quantité  nommément  dans  les  liures  de 
l'ancienne  Alliance  ,  d*oii  d'abord  il  ne 
femble  pas  qu'il  y  ait  aucun  fruit  à  recueiU 
lir,  qui  férue  à  1  œuure  de  noftre  falut.  Ee 
neantmoins ,  fi  vous  venés  à  les  confideg 
ter  vn  peu  attentiuement ,  elles  vous  four^ 
niffent  incontinent  loccafion  de  faire 
deflus  des  confiderations  Se  des  reflexions 
fortvtiles.  Enfin,  il  y  a  certains  endroits 
qui  fcmbleat  vous  retrancher  abfolumen  c 
l'cfperance  d'en  recirer  aucune  confidera- 
ble  vtilité,  8c  qui  font  comme  des  lieux 
defertSjfurlefquelson  paffefanss'arreft«r, 
parce  qu'on  n'y  trouue  d'abord  aucun  fu- 
jct  d'efperer  que  fi  on  fe  met  à  les  méditer^ 
^n  en  puifle remporter  U  rccompenfe  dp 


«îe  la  II.  àu^  Cor.  "V.  t.  2.]?^  4.  jI  t%f 

fe  peine. Et  neantmoins  il  eft  certain  qu'il 

n'y  a  aucun  lieu  fl  fterile  en  bonnes  in«* 

ftruÊtionS)  d'où  on  ne  puifle  tirer ,  fi  on 

y  apporte  quelque  attention  Se  quelque 

application  de  Tame.  Et  le  paffage  que  id 

viens  de  lire  en  voftre  prefence^  nous  peut 

fournir  vnepreuue  de  la  vérité  de  ce  que 

ie  dis.Car,comme  vous  voyez ,  il  n'y  a  au* 

cun  Point  de  doûrineà  expliquer,  ny  au« 

cune^controuerfeàtraittcr,  ny  ce  fem* 

ble,  aucunes  grandes  moralitez  à  recueillie 

«delà  méditation  de  ces  paroles.  Ou  s'il  y 

auoit  quelque  reflexion  à  y  faire,  elle  a 

défia   elle  faite  fur  la  préface  de  cette 

diuine  hiftoire ,  8c  il  feroit  ennuyeux  de 

vous  repeter  ce  que  nous  en  auons  die 

alors.Neantmoins,  nous  efperons  raoycn-i' 

nant  la  grâce  de  noftre Seigneur,  ôcTaf* 

fiftancc  de  fon  bon  efpric,  qu'après  que 

nous  les  aurons  examinées  vn  peu  atten- 

tiuement  ,  vous  trouuerez  que  le  dire  de 

de  noftre  Apoftrc  eft  véritable:      C'eft 

que  Uf^fes  les  chops  qui  ont  ejlé  efcrites  ^  ont 

êftc  efcrites  pour  ni-fire  endocirinemera  :  afm 

que  far  U  patience  é*  f^y  l^  confoUtion  des 

EJcritures  nom  ayons  efferance.    Efcoutés- 

donc  encore  cette  fois  patiemment  ce 

£ue  nous  auons  ^  vous  dire  fuj:  cçtte  cIo« 


"itf  Sermon  IV.  fur  le  chap.  Z2I  ' 
flurc  du  Rauiflcment  de  S.  Paul ,  où  il  ^ 
a  trois  parties  principales.  La  première  eft 
qu'il  dit  qu'il  fe  vantera  d'vn  tel  homme, 
ceftàdirc,d'cftreceluy  a  qui  ce  rauiflb- 
menteftarriué.  Lafeconde  eft,  la  décla- 
ration qu'il  fait  qu'il  ne  fe  vantera  point 
de  foy-mefroc.  Et  la  troifieme  finalement 
eft  l'explication  qu'il  adjouftcà  cette  dé- 
claration ,  c'cft  qu'il  ne  fe  vantera  point 
fînon  en  fes  infirmités. 

Or  quant  à  la  première  de  ces  chofes; 
dv^  tdhomme  me  vanteray-ie^^xx.  l' Apoftre, 
ou  fi  cela  fent  vn  peu  mieux  l'air  de  noftre 
langue  Françoife  ,  ie  mevnnteray  d'vntei 
homme.  C'eû  à  dire ,  fi  ic  voulois  me  glo- 
rifier, ie  pourrois  dire  en  toute  vérité  que 
ie  fuis  le  perfonnage  à  qui  vnc  chofe  fi 
extraordinaire  &  fi  miraculeufc  eftarri- 
uée  :  &  fi  ie  le  voulois  faire,  ie  pourrois 
bien  défier  mes  aduerfaires  de  produire, 
ie  nediray  pas  aucun  d'entr'eux  :  car  qui 
cfl:ce  de  leur  nombre  qui  ofaft  mettre  de 
telles  chofes  en  auant  ?  le  ne  diray  pas  au- 
cun de  ceux  qui  font  maintenant  viuansj 
car  ie  fjay  bien  qu'il  n'y  en  a  point  qui  aie 
rien  veu  de  tel  ;  mais  de  ceux  mefmes  des 
{îeclespafTez  ,  à  qui  Dieu  ait  iamais  fait 
expérimenter  ,  en  telle  force  qu'il  s'en 


ê^UlL  aux  CùK'V.i.2.$.f.y.  /i;* 
peuft  vanter  encre  les  viuans ,   aucune^ 
chofe  comparable?  En  efFcâ:,  mes  frères,  fî 
nous  parcourons  brieuemenc  lesaccidens 
les  plus  mémorables  donc  les  hiftoires  fa- 
cenc  mention,  nous  ne  crouuerons  rien  de 
fembiable.    Et  ie  ne  parleray  point  icy 
deschofes  contenues  dans  les  Poètes  ,  se 
dans  les  autres  auteurs  Paycns,  où  il  cft 
parlé  de  gens  qui  ont  efté  ramenés  d*entrc 
les  morts,  ou  qui  font   defccndus  dans 
lantre  de  Trophonius.    Ce  font  chofes 
vaines  &  fabuleufes ,  d'où  on  ne  fauroic 
tirer  aucune  lumière  de  vérité,  ny  aucuit 
fucd'inftruftion  qui  foie  tantfoit  peu  rai- 
fonnable<.  le  feray  mention  feulement<les 
chofes  qui  fon<recitées  dans  le  Vieil  Se 
dansle  Nouueau  Teftament ,  &  où  il  ne 
nous  eft  rien  rapporté  de  miraculeux  qui 
ne    foic'fouuerainemént  véritable.     Ec 
il  me  fcmble  qu'on  y  trouue  de  trois  fortes 
de  chofes extraordmairement  remarqua-, 
blés,  qui  peuuenc  donner  quelque  lumiè- 
re ànoftre  propos,  &c  illuftrer  celuy  de 
S  Pau  1.  Car  il  nous  y  eft  parlé  de  gens  qui 
ont  efté  tranfportcs  au  ciel  auecque  leurs 
corps:  &  d'autres  qui  font  reflufcités  d'en- 
tre les  morts  :  Se  enfin  d'autres  qui  fans 
mourir  ont  vcu  des  vifions  Se  des  reuela* 


H'i  Sermon  îl^.fur  le  chap]  iél 
tiens  admirables.  Pour  ceqoi  eftdesprc^ 
HîierSj  il  nous  eft  parlé  d'Henoc,  &  d  EliCi 
&  de  noftre  Seigneur ,  dont  les  corps  mef- 
mcs  ont  efté  transportés  dans  les  lieux 
celeftes.  Et  ie  ne  nie  pas  que  ce  qui  cft  dit 
d  eux  ne  foie  plusglorieux  que  ce  qUi  nous 
eft  dit  de  S.  Paul.  Car  c'eft  vne  chofe  in- 
dubitable, qu'ils  y  ont  efté  efleués  en 
corps  j  &  S.Paul  nous  laiffeicy  en  doute 
de  la  façon  de  laquelle  ce  sniraclea  efté 
exécuté  en  fa  pcrfonne*  Et  leurs  corps, 
pour  eftre  eflcucs-là ,  ont  foufFert  quelque 
tranfmutation,  par  le  moyen  de  laquelle 
ils  ont  lâiUé  les  qualicez  terriennes  ôckn* 
fuelles  qu'ils  auoyentauparauant»  pour  en 
jreueftirde  nouuelles  :  au  lieu  que  quand 
le  corps  de  S.Paul  auroit  efté  raui  là- haut, 
il  eft  certain  que  ce  feroit  fans  auoir  perdu 
(es  qualités  naturelles.Car  dans  la  conuer- 
fationqu*il  a  eue  depuisauec  les  hommes, 
par  Tefpace  de  tant  d'années  icy  bas,  on 
n  a  rien  remarqué  en  fon  corps  qui  fuft 
différent  de  la  condition  des  autres  mor- 
tels, &  les  pcrfecutions  qu  il  afouffertcs 
en  la  prédication  de  l'Euangile  de  Chrift^ 
le  luy  ont  fait  à  luy-mcfme  expérimenter 
poffible.  Mais  auffi  S.  Paul  ne  pretend-il 
pasqucl'on  face  icy  comparaifon  de  luy 

auc$ 


âe  lall.  auxCor.  uî.i.  5.^.f    /x^ 
âuec  Henocî  ny  auec  Elle,  ny  auec  noftre 
Seigneur  lefusChrift  en  cet  cgard:  mai5 
feulement  auec  les  hommes ,  qui  eftans  re- 
ueftus  d'inffrmités  icy  bas  ,  ôc  conuerfans 
encre  les  viuans,  ontneantmoins  moyen 
de  fe  vanter  de  quelques  chofes  glorieufes. 
Pour  ce  qui  eft  de  ceux  qui  font  reflufci- 
tés  d'encre  les  morts,  il  y  en  a  de  deux 
fortes.  Car  il  y  en  a  eu  quelques  vns  donc 
la  refurreftion  nous  eft  bien  rapportée  en 
la  parole    de  Dieu  :  mais  c'cft  en  relis 
façon  qu'après  cela  il  ne  nous  eft  plus  par-» 
lé  d'eux,  de  forte  qu'il  eft  affés  clair  qu'ils 
onc  efté  refTufcités ,  non  pas  pour  demeu- 
xct  &  pour  conuerfer  icy  bas  en  cet  cftac 
d'infirmité  auquel  nous  nous  y  voyons^ 
roais  pour  eftre  recueillis  dans  les  lieux 
celcftes.  Et  tels  font  ces  faints  dont  il  eft 
parlé  dans  l'hiftoire  delà  paflion&dela 
refurredion  de  noftre  Seigneur ,  dont  les 
fepulcress'ouurirent  alors,  &:quiapparu- 
rent  en  lerufalem  à  plufieurs  après  qu'il  fut 
reflufcité, comme  S.Matthieu  le  nous  rap- 
porte au  chapitre  vingt- fepciéme  de  fcn 
Euangile.  De  ceux-là  ,  fans  doute  ,  on 
peut  dire,  qu'après  auoirainfi  lerui  par  le 
miracle  de  leur  refurreâiion  à  rendre  t'é- 
moignageà  la  gloire  de  noftre  Seigneur^ 


ïjo  Sermon  Ip^.fuAechap.  iii.1 
ilsonc  efté  enleucs  au  Ciel ,  pour  y  iouït 
auec  Elle  ôc  auec  Henoc  de  la  béatitude 
erernellc.  Et  ce  n'cftpasencorerintcn- 
lion  de  l  Apofhe  que  l'on  face  comparai- 
fondé  luy  auec  eux  :  parce  qu'ils  doiucnt 
eftre confidercz  comme  bien- heureux,  & 
de  la  meime  condition  que  nous  ferons 
après  la  féconde  apparition  deaoftreScif 
gneur-,  au  heu  que  quant  àluy  ilfcconfi- 
derc  comme  du  nombre  de  ceux  qui  ont 
encore  à  lucter  icybas  contre  les  Infirmi* 
tez  delà  vie  animale  Se  naturelle.  Pour 
ce  qui  efl:  des  autres  rcflufcitcz  ,  ils  fonc 
demeurés  au  monde  après  leur  refurre- 
ftion,  &:  ont  en  refTufcitanc  repris  leurs 
corps  auec  toutes  les  foiblefles  de  la  Naiu-» 
rc.  Tel  acfté  ce  ieune  enfant  qui  fut  ra- 
mené en  vie  par  le  Prophète  Eliiée  :  tel  le 
fils  de  la  veufuc  de  Nain , que  noftre  Sei-j 
gneur  reflufcita  :  tel  a  efté  encore  Lazare, 
que  noftre  Seigneur  tira  du  tombeau  qua- 
tre iours  3pres  qu'il  y  eut  cftc  mis:tel  Euty- 
che  que  S.  Paul  remit  au  monde  après 
qu'il  fe  fut  tué  en  tombant  d'vnc  fencftreî 
&s'il  y  a  encore, comme  ily  en  a  certes, 
quelques  autres  hiftoires  de  cette  forte 
dans  le  Vieil  &dans  le  Nouueau  Tcfta- 
ment.  Or  ledis^  mes  fieres,  que  quancà 


y*?  îa  li.  Aux£or\  n:]  t.^.^f.  5:  i^z 
teux-là,  ils  ont  bien  efté  à  la  vérité  des 
fujets  choifis  de  Dieu  pour  y  manifefter  fa 
puiflancc ,  & ie  ne  douce  pas  qu'ils  n'ayene 
«fté  confidercz  par  les  hommes  auec  vne 
fouueraine  admiration.  Car  dites  moy 
combien  eft- ce  qu'on  courroie  loin  à  cette 
heure  pour  voir  vn  homme  reiTufcité,  û 
Ton  pouuoic  eftre  afleuré  qu*en  efFed  fa 
irefurredioa  fuft  vne  chofe  véritable  ?  Et 
neancmoins,  ie  croy  que  le  rauiflcmene 
arriuc  à  S.  Paul  a  quelque  chofe  de  plus 
admirable.  Parce  que  premièrement  ce- 
la eft  plus  fîngulier,  n'y  ayant  eu  quecd 
feul  exemple  d' vne  telle  forte  de  miracle 
dans  tous  fiecles  pafTés.  Ecpuisiln^eftpas 
tertainqueleurame^  bien  qu'elle  ait  efté 
feparée  d'auecque  le  corps,  aie  efté  re- 
cueillie dans  les  lieux  celeftesi  Car  elle  a 
peu  eftre  conferuée  en  quelque  lieu  pro- 
che de  là,  par  quelque fage  diffenfation^ 
en  attendant  qu'elles  fuflent  reiinies  auec- 
que  le  corpSjCorameDieu  Tauoit  ordonné} 
&:  de  celle  d'Eutyche  il  eft  die  expreffé- 
ment  quelle  efloit  encore  en  luy  5  après  qu'il 
eut  efté  leué  mort.  C  eft  à  dire ,  non  qu'el- 
le ranimoit3&  que  comme  on  parle  dans 
les  Efcoîes  de  Philofophie  jl^lic  Tinfor- 
.«moit , comm e  elle faifoit  en  viuant.  Car  ce 


j^t      Sermon  If^.  fur  k  chap.  Il'; 
feroic  vne  chofe  conirâdi£i:oitc  qu'il  Cufl 
efté  leué  mort ,  Se  que  fon  ame  fuft  encore 
en  luy  de  cecte  force.  Mais  c'eft  qu'encore 
qu'elle  fe  fuft  feparée  des  organes  où  clic 
habicoit ,  &  où  elle  fâifoic  Tes  fonftions 
auparauant,    elle  awoic  efté   conferuéc 
dans  quelque parcie du  corps ,  comme  elle 
euft  efté  en  vn  autre  lieu, feulement  pour  y 
fcjourner,    Se  non  pour  eftre  la  forme 
d'aucun  fujet,   ny  vn  principe  de  vie. 
Quand  il  feroit  certain  que  ces  âmes  au- 
royent  efté  receuès  là  haut  dans  leCiel^ 
&c  puis  après  ramenées  icy  bas,  fieft^ce 
que  vcnans  à  eftre  replongées  dans  la  ma- 
tière, &:  attachées  tout  de  nouueau  aux 
organes  corporels, Dieu auoic  voulu  qu'el- 
les   perdiffcnt  le  fouuenir    des  merucil- 
les qu'elles  auoyent  veuèsK^-haut:  ou  que 
s'il  leur  en  tftoit  demeuré  quelques  ima- 
ges dans  la  mémoire ,  elles  y  fuftcnt  extrê- 
mement fombres  &c  confufes  :  parce  qu'el- 
les ne  les  auoyenr  pas  veucs  afin  J'en  gar- 
der lesidéesdansla  vie  qu'elles auoyentà 
recommencer.  Au  lieu  qu'il  paroift  bien 
en  l'air  &c  en  la  f.içon  dont  parle  S.  Paul, 
qu'encore  qu  il  ne  luy  tuft  pas  permis  de 
les  déclarer ,  fi  eft-ce  que  les  chofcs  qu'il 
auDit  veuès,  &c  les  paroles  qu'il  auoic  ouies> 


'âeU  U'  aux  Cor.  ia.  /I  i.  5. 4.  {.  ijj 
iuy  eftoyenc  demeurées  profondément 
cmprainces  en  rentendcmenc ,  pour  les  y 
auoir  viues  ôc  récentes  pendant  tout  le 
cours  de  fa  vie.  Car  de  la  façon  de  laquel^ 
le  vous  voy es  qu'il  parle  icy,  ileftaiféde 
recueillir  qu*encore  qu*il  y  euft  délia  qua- 
torze ans.  paffez  que  ce  nairaclç  fuft  arriué, 
neantmoins  il  Iuy  fembloit  qu'il  auoii  en- 
core la  chofe  prefente  deuantles  yeux,8£ 
que  ces  paroles  inénarrables  refonnoyenc 
aux  oreilles  de  fon  ame.  Qnant  à  ce  qui 
eftdesvifions  qui  ont  efté  addreffées  aux. 
hommes  viuan  s,  il  y  en  a  encore  de  deux 
fortes.  A  Tegard  de  quelques- vns,  elles 
ont  confifté  en  forges  >  en  reprefentations 
d'obicts  formés  dans  Icux  fantaifie  pen- 
dant quelque  exftafco  ou  tout  au  plu5  ,  en 
quelque  voix  externes,  on  en.  quelque 
efpeces  vifibies  prefentçcs  aux  yeux  du 
corps,  fans  que  neantmoins  il  fouffdft. 
quant  à  Iuy  aucun  çranlport  ny  aucune, 
cleuation    extraordinaire,    Se  fans   que. 
Tame  en  fuft  effedlueraeqt  feparée  pouc. 
quelque  temps.    Et  telles  ont  eftç  la  plus, 
part  des  viûons  a.ddrcflces  à  Efaïe ,  à  1ère- 
i^ie,  à  EjechieU  à  Daniel,  àZachariCs^ 
Çcaux  autres  Prophètes  de  Tancienn^  Al- 
liance^ auec  qui  vous  pouucs  bien  rangç^ 

l  iij 


ïj^        Sermon  Vl.fur  h  chap.  n. 
l'Apoftfe  S.  lean  ,  en  ces  admirables  reue- 
lations  qui  font  rapportées  dans  le  liurc  de 
l'A  pocalypfe.  A  l'égard  des  autres,  elles 
ont  confifté  en  certaines  chofes  qui  onc 
tellement  eftéprefentées  aux  fens  exter- 
nes, pour  les  voir  &pour  les  ouïr,  que  ce- 
pendant leurs  corps  ont  cfté  tranfportés 
en   quelques  lieux    cxtraordinairemenc 
glorifiés  pour  y  eftrehors  delà  conuerfa- 
tion  des  humains,  &c  en  quelque  forte 
jnefme  hors  de  l'enceinte  de  la  Nature. 
Et  à  cela  pouués  vous  rapporter  Thiftoire 
de  Moyfe  ,  quand  il  a  efté  auecquc  Dieu 
fur  la  Montagne  de  Sinaï,  &c  celle  de  quel- 
<jues  difciplcs  de  noftre  Seigneur,  quand 
ils  ont  vea  fur  celle  dcTabor  fa  transfi- 
guration glorieufe.  Pour  les  premières, 
elles  ont  eu  fans  doute  quelque  chofc  de 
jnagnifique  Se  d'éclattant.    Mais  ie  m'af- 
feure   poqrtant    que  vous   ni'aduoucrés 
qu'on  ne  les  peut  pas  égaler  à.  lauantagc 
<]u*a  eu  S.  Paul,  de  voir  &  d'ouïr  effe- 
ôiuemenc  les  chofes  qu'il  a  veucs  Ç>C  ouïes 
dans  le  Sanctuaire  de  Dieu  mefme.     Soie 
^n  corps  ,  foit  hors  du  corps  que  cela  s'eft 
fait,  tant  y  a  qu'il  a  cflè  dans  le  Ciel,  ^ 
^u'il  a  ouï  &:  veu  à  nu  Ifcs  chofes  ccicftes. 
pe  qui  cft  beaucoup^plus  auantageux ,  guç 


'âe  la  11.  aux  Cor  v.  1. 1, 5.  ^.  f,  iQ 

jd'cftre  demeuré  icy  bas  pour  y  receuoir 
l'impreflion  de  quelques  images  fymboli- 
qucs,  ou  de  quelques  voix  par  Icfquelles 
Dieu  declaroic  fa  volonTé ,  pour  eftre  puis 
après reuelées  aux  hommes.  Qaancaux 
fécondes ,  Moyfe  fans  douce,  en  iacomi* 
munication  qu'il  a  eue  auec  Dieu  fur  la 
Montagne  ,  a  receu  vn  honneur  qui  n'a 
point  efté  fait  aux  autres  Prophètes  des 
temps  pafles  ;  àc  Pierre, &  lacques  8^  lean, 
en  voyant  la  transfiguration  du  Seigneur, 
en  ^ont  aufli  receu  vn  qui  efleue  en  cela 
leur  condition  au  deflus  des  autres  difci- 
plcs.  Mais  quoy,  mes  frères:  le  coupsau 
de  ces  deux  montagnes ,  n'approche  point 
de  l'eleuationdu  troifieme  Ciel  :1a  gloire 
de  Dieu  fur  S/naï ,  &  celle  de  noftre  Sei- 
gneur fur  le  Tabor,  n'ont  elle,  celle-là 
«^u'vne  foible  reprcfcntation  de  lagloiri& 
du  Ciel,  celle  cy  qu'vn  eflay  de  la  glorifi- 
cation de  Chrift ,  quand  vne  fois  il  feroic 
clleué  à  la  dextre  de  fonPere.Et  quantaux. 
paroles  qu'ils  ont  ouïes  ^  elles  ont  peu  eftre 
exprimées  8ç  rapportées.  Gar  Moyfe  n'en 
a  rien  laiffé  en  arrière  qu'il  n'ait  enfeigné 
au  peuple  d'Ifrael  en  reftabliflemen:  de 
fes  loix  :  &  quant  à  cet  oracle ,  Celuy^cy  efif: 
monJUbi^'n-aimé y  aucj^tid  i  ^y  pis  ^oj^ Mgi 


j36  Sermon  IV,  fur  le  çhàp\  uî 
jjUiJir  i^cfc  otites 'Ici  W  eft  magnifique  tout  cî 
qui  fe  pcuî  :  maisranc  y  a  ,  puis  que  les 
ïuangeîiftes  l'ont  recité  ,  il  n'eftoit  pas 
ihcnat fable.  Or  les  paroles  que  S.Pao'I 
a  ouïes  ont  efté  telles ,  qu'il  n'a  efté  ou 
permis  ou  poflible  à  homme  viuant  de  les 
Raconter  aux  autres.  De  forte  queiinoftre 
•Apolue  euft  voiulu  fe  glorifier ,  il  auoic  de 
♦quoy  fe  prefcrer  en  cela  à  tous  les  ferui- 
«ifètirsdeDieuquiont  vefcu  en  tous  les  fie< 
clés.  Mais  c*eft  ce  qu'il  ne  fait  qu'à  regrec. 
Se  mefmes  qu'il  dit  abfolument  qu'il  ne 
veut  pas  faire,  le  ne  me  vunterayfas  de  mo/" 
tnefmc,  dit-  il  5  ce  qui  eft  le  fécond  point  de 
iioftre  propos,  &  la  féconde  partie  de  cette 
Tentence.  Nous  ne  pouuons ,  mes  frères, 
•parler  de  nous-  mefmes,  finon  en  l'vne  de 
•des  trois  manières.  Ou  bien  nous  en  difons 
^eschofes indifférentes,  &  qui  n'empor- 
tent ny  blafme  ny  louange  :  ou  bien  nous 
en  parlons  en  nousblafmant  ,&:en  dépri- 
mant nos  qualitez  :  ou  enfin  nous  en  par- 
lons en  termes  de  recommandation  &  de 
louange.  Pour  ce  qui  eft  de  cette  première 
façon  de  parler  de  nous-melmes,  on  ne 
la  trouue  point  mauuaife  en  qui  que  ce 
foit,  pourueu  qu'on  y  excède  point,  &  que 
cela  ne  dçgçAcre  point  en  vain  babii. 


"^  'âek IL  aux  ^l^oK  "v:  ï. t.^.^  .Ji  1%% 
|M[ais  à  la  vérité  cela  eft  importun  d'en*, 
tendre  vn  homme  qui  parle  perpétuelle- 
ment de  foy ,  Se  des  chofes  qu*u  hiy  Ibnc 
arriuées.  Car  encore  que  chaque  chofe 
qu'il  die  de  foy  mefme,  prife  à  parc,  nç 
foit  pasfafcheufeàouïr,fi  eft  ce  que  com- 
me il  eft  ennuyeux  aux  yeux  d*auoir  tou- 
jours vne  mefme objet,  entendre  toujours 
parler  d'vn  nielme  fujet ,  eft  vne  chofe 
qui  laflc  extrêmement  les  oreilles.  Ec 
bien  qu'on  ne  fe  loué  pas  formellement,  il 
^ft  pourtant  malaifé  d'euiter,  quand  on 
tire  de  foy- mefme  vniuerfeilemcnt  tous 
fies  entretiens  ,  qu'on  ne  tombe  dans  le 
foupçon  qu'on  s'eftimeplus  quil  ne  faut, 
puis  qu'on  ne  trouue  point  de  matière  de 
parler  qui  foit  plus  agréable  que  ce  qui 
touche  la  perfoiine  mefme  de  celuy  qui 
parle.  Q^ant  à  ce  qui  eft  de  fe  blafmer,  on 
nelefoufFre  pas  volontiers .  finon  quand 
cela  fe  fait  à  l'heure  qu  il  faut  témoigner 
qu'on  a  de  l'horreur  pour  fes  mauuaifes 
actions,  &  qu'on  eft  touché  derepentan- 
ce.  Dauidlefaitainft  en  quelques- vns  de 
fes  Pfeaumes  d'vne  façon  extraordinaires 
ment  emphatique,  &  en  telk  forte  que  fes 
plus  grâds  ennemis  n'euffent  peu  parler  de 
iDyplusdefauantageufeiîient.Particulie'ïiB: 


j}f  sermon  IV.fur  U  chapAtl 
ment  au  Pfeaume  cinquante  3c  vnicmé 
ilfe  décrit  comme  vn  grand  pécheur,  il  dit 
que  fes  péchez  font  concinuellement  dc«- 
uanc  luy  comme  des  fantofmes  qui  l'cÇ. 
pouuantent ,  il  fe  reprclcntc comme  toiïc 
couuert  de  fang  à  caufe  du  meurtre  qu'il 
auoic  commis  ,  &  comme  fi  depuis  le 
fommet  de  la  tefte  lufques  à  la  plante  des 
pieds,  il  eftoit  tout  fouïllé  d*iniquité,  il 
demande àDieu  qu'il  le  laue  tan$&  plus,8d: 
qu'il  y  employé  non  pas  feulement  Teau, 
mais  rhyflTope.  Daniel,  &  les  autres  Pro- 
phètes parlent  ainfi^  &  pour  eux-  mefmes, 
&  pour  le  peuple  d'i  frael,  quand  il  cft  quc- 
flion  de  faire  paroiftre  leur  repentance 
deuant  Dieu  :  &:  quand  S.  Paul  fait  refle- 
xion fur  fa  vie  pafféeauant  fa  conuetfion, 
ils'appelle  vnauorton,  &dit  qu'il  a  perv. 
fecuié  TEglife  de  Dieu ,  &  qu'à  cette  oc- 
cafion,  fi  on.  le  regarde  par  là,  il  ne  mérite 
pas  qu'on  le  qualifie  Apoftre.  Hors  cela, 
vn  homme  ne  fait  pas  bien  de  fe  blafmer 
fans  necefTuc.  Car  s'il  le  fait  tout  de  bon, 
&parcequ'effc£l;iuementilfefenttelqu'il 
fc  dit ,  c'eft  à  dire  vicieux  ,  il  découut.ç 
luy-mefme  fes  fautes  fans  qu'il  Igy  en  rc- 
uienne  del  vcilité  ;  il  donne  occafion  aux 
amtres  de  le  mefprifçr  ;  il  fe  rend  iqutilç 


de  la  II.  aux  Qor.  T;.  /^  2'  3 .  -f .  j.  rj^^ 
iiti  public  oraux  particuliers,  parce  que  la 
bonne  réputation  aide  aux  adions  de  la 
vertu  :  enfin,  il  autorife  mefnae  le  vice  en 
autruy,  beaucoup  de  gens  eftans  bien  aifes 
qu'on  leur  fournifle  des  exemples  à  mal 
faire.  S'il  le  fait  par  ironie,  &  afin  qu'on 
îuge  autrement  de  luy  que  félon  la  defcri- 
pcion  qu'il  en  fait,  c'cft  vne  faconde  fe 
louer  qui  eft  en  quelque  forte  plusodieufe 
que  s*il  le  faifoit  fans  dlflîmuïer  &  tout  à  la 
découuerte.  Et  il  n'yapeuteftrciamais 
eu  que  Socrateàquiilait  bien  reiiflidefe 
fcruirdeces  ironies.  Enfin,  quanta  ce 
qui  eft  de  fe  louer ,  c'eft  vne  chofe  qui  a 
toujours  efté  iugée  fouuerainement  odieu- 
fe.  En  efFe6t ,  fi  cela  procède  d-e  vanité, 
c'eft  vn  vice  diamétralement  oppofé  à  la 
modeftie  qui  conuient  à  tout  honneftc 
homme  ,  &:  à  l'humilité  qui  appartient 
dVne  façon  particulière  aux  Chreftiens. 
Et  fi  cela  vient  de  légèreté,  comme  il  arri- 
à  quelques- vns ,  c'eft  vn  défaut  oppofé  à 
cette  recommandable  qualité  qu'on  appel- 
le grauité  ordinairement.  D'où  que  cela 
vienne  ,  la  losange  eft  bien  fans  doute  la 
reçompenfe  naturelle  de  la  vertu*  mais  il 
faut  que  ce  foie  d'ailleurs  quedefoy-mef- 
raç  qu'on  h  rejoiue.  Il, eft  contre  J^  dii^ 


i^o  Sermon  IJ^.fur  le  chap.  il; 
pofuion  de  la  Nature,  &  contre  la  couftu* 
me  ordinaire  des  homaies,  qu'yncmcfme;. 
perfonne  mericeIarecompcnfe,&:  quelle 
fe  la  donne  pour  fes  actions.  Ecs'il  nous^ 
arriue  de  nous  recompenfer  nous-me{- 
aues de  la  façon,il  eft  bien  certes  raifonna- 
bl.e  que  nous  ne  foyoos  pas  loùeî^  par  au- 
truy,  parce  qu'on  ne  reçoit  point  deux 
fois  la  rémunération  dVnc  mcfoe  chofe. 
11  y  a  pourtant  certaines  occaflons  où  il 
cft  permis  de  pafTer  par  defTus  ces  con- 
Cderations  de  de  fe  louer.  Car  premiè- 
rement il  a  autrefois  bien  reiifli  à  quel-^ 
ques  yns  de  faire  paroiftre  en  cela  U 
grandeur  de  leur  courage,  8c  cette  vertu 
que  les  Phjlofophes appellent  magnanimi- 
té. Epaminoodas&:  Pelopidas,  Capitaines 
Tebai^ns,  ayans  retenu  la  conduite  de 
l*armce  de  Thebes  plus  long  temps  que 
ne  pcrmetioyent  les  loix  du  pays,  &a- 
yans  par  ce  moyen  mérité  la  mort ,  fi  oa 
çull  fuiui  toute  la  rigueur  des  loix  &  de$ 
termes  efquels  elles  eftoyent  conceuës,  ils, 
fa  furent  accu.fés  dcuanc  leurs  conci- 
loyens.  Ei  P;;:lopidas ,  quiplioit  fous  cet- 
te acçulation  ,  &  qui  s'en  d.efendoitauec 
quelque  efpcce  de  foiblelTe ,  y  euft.  peut;- 
cftr^.  façombé,    û  Epamjnondas,   quî^ 


âcUlL  aux  Cor.  '>.  i , 2. 5 . 4..  5.  T4t 

frit  far  fa  perfônne  tout  le  blafme  dela- 
ftion,  ne  fe  fuft  pris  dVne  autre  forte  à 
s'en  défendre.  Mais  premièrement  il  ad- 
uoiia  le  fait,  &  ne  nia  pas  qu'iln'euft  ea 
fraint  lesloix  deThebes.  Puis  il  adioufta 
qu'il  ne  refufoic  pas  d'eftre  condamné  à  la 
mort,  pourueu  qu'on  mift  dans  le  diètoa 
de  fa  condamnation  leschofes  qu'il  auoit 
faites  en  retenant  contre  lesloix  le  com- 
mandement de  l'armée-    C*eft,    dit-il, 
qu'après auoir  vaincu  les  Lacedemoniens 
en  bataille  rangée,  ie  fuis  encré  à  main 
armée  dans    la  Laconie,    ce  qu'aucun 
n'auoit  iamais  fait   auparauanr:  que  i'ay 
rebafti  de  repeuplé  la  ville  de  Meffene, 
que  les  ennemis  auoyent  ruinée;  &:quc 
i'ay  reiini  dans  vne  ligue  toutes  les  villes 
de  r Arcadie ,  Se  les  ay  mifes  dans  le  parti 
desThebains.   Cequiayant  cllércconnu 
vray  par  tous  les  afliftans ,  il  n'y  en  eut 
pas  vn  feulequi  vouluft  mettre  les  balotes  à 
la  main  pour  procéder  au  iugement ,  S>C 
tous  s'en  retournèrent  en  leurs  maifons> 
les  vns  fe  moquans  des  accufateurs ,  &c  les 
autres  admirans  la  magnanimité  de  ce 
perfonnage.il  arriuade  meime  àScipion 
l'Africain  d'cftre  accufé  dene  s'eftrepas 
bien  gouuerné  dans  la  guerre  qu'il  aucic 


ir^z  Sermon  Ij/'.  far  le  chap.  12^ 
faite  aux  Canhaginois  :  &  au  lieu  de  ret 
fondre  à  ce  qu'on  luy  imputoic,  il  dit  mag- 
nifiquement aux  Romains:  Ce  ne  vous 
eft  pas  chofc^ bien  fcanteque  vous  entre- 
prenics  de  me  iuger ,  moy  qui  par  mes 
actions  vous  ay  mis  en  tel  eftac  que  vous 
pouucsiagerde  toutes  les  autres  Nations* 
Souuenôs  nouspluftofl:  aujour  d'huy  qu'à 
pareil  iour  ie  gaignay  la  bataille  contre 
Annibal ,  &  nous  en  allons  rendre  grâces 
aux  Dieux  de  cette  vidoire*  Et  cela  fut 
irouué  fi  bon  par  les  Romains,  que  luy 
s'eflant  en  effet  acheminé  vers  le  Capi- 
tole  ,  ils  le  fuiuirent  tous  en  foule ,  de 
forte  que  cette  affemblée,  qu'on  auoic 
faite  pour  condamner  Scipion,  dcuinc 
vne  grande  proceffion,ordonnéepour  cé- 
lébrer fes  aàions  mémorables.  Apres  ce- 
la ,mes  frères ,  quand  ce  ne  feroit  pasvn 
tffct  de  cette  haute  magnanimité,  on  le 
fupporte  pourant ,  &c  mefmedhie  trouue 
bon  ,  quand  on  le  pratique  pour  fe  défen- 
dre. On  nefauroit  dire  combien  les  van- 
teries  deCiccron  ont  efté  ennuyeufes  3c 
importunes  aux  oreilles  des  Romains, 
parce  qu'à  propos  &  hors  de  propos ,  en 
tout  temps  &  en  toutes  occafions,  il  ra- 
contoit  comment  il  auoitenfonConfu- 


de  U  IL  àux  Cof.^.'i .  1. 3']  4.  j.    t4j 

lat,  fauuè  Rome  &rcmpireRoniaiade 
la  coniuration  de  Catilina&  de  fes  ccn- 
pliccs.  C*cftoitbicn  certes  vne  aftion  fou- 
uerainement  digne  de  toucciforte  de  re- 
commandation, Se  qui  luy  auoit  iufte- 
ment  mérité  le  tiltre  de  père  &  de  con* 
feruatcur  defon  pays.  Mais  de  ne  laiffcr^ 
s'ilfautainfidire,  pafler  iour  fans  en  faire 
vnefolemnelle commémoration ,  c^eftoic 
véritablement  vne  ehofe  comme  infup»* 
portable.  Mais  il  n'y  aperfonnequitrou- 
uc  mauuaifes  les  louanges  que  Demofthç- 
ne  fe  donne  dans  TOraifon  pour  la  Cou- 
ronne, quoy  que  ce  ne  foit  finon  vntif- 
fu  continuel  de  (es  aftions  genereufes  8c 
<les  auaniâgeux  confeils  qu'il  auoit  don,- 
nés.  Pourquoy  cela?  Parce  qu'il  ycftoic 
contraint  par  l'importunité  defesaduer- 
faires,  &C  qu'il  nepouuoitpas  autrement 
fe  maintenir  contre  les  inuedlues  de  fes 
accufateurs.  Et  de  fait  il  a  cfté  bien  die 
par  quelcun  qu'il  en  cfl  de  cela  comme  de 
ceux  qui  fe  guindent  Se  qui  efleuent  leurs 
corps  au  deflus  de  la  hauteur  qui  leur  con- 
uientordinairement.  S'ils  lefontfansne* 
ceffité ,  c'eft  vne  contenance  odieufe.par- 
ce  qu'on  prefume  qu'elle  procède  de  fotte 
gloire  Se  de  vanité.  Mais  fi  c'eft  en  lue- 


r44       Sermon  iP^.Jurlechap.  t^r 
cane  ou  en  combattanc  qu'ils  fe  dreffent^* 
pour  fe  garantir  des  attaques  de  leurs  en- 
nemis, ou  pour  prendre  quelqucauantage 
fur  eux  >  tant  s*en  faut  qu'on  les  en  puifle 
blafmer,  que  fi  cela  leur  fcrtà  ferendrc 
viftorieux ,  on  leur  en  donne  de  la  gloire. 
Et  iepenfe  qu'on  peut  bien  mettre  en  ce 
rang  vne  partie  des  louanges  que  le  Pro- 
phète Dauid  fe  donne  en  quelques  vns  do 
îes  Pfeaumes.  Car  parce  qu'il  eftoit  ac- 
cufé  d'eftre  vn  brouillon,  vn  perturbateur 
du  repos  public ,  vn  ambitieux ,  vn  hom* 
me  qui  atcentoit  ôc  à  la  perfonne  &  à  la 
couronne  de  fon  Soauerain>  non  feule- 
ment il  fait  ordinairement  fon  apologie 
contre  ces  imputations,  mais  il  parle  de 
foy-mefme    fort    auantsgeufement,  &C 
s'efleue  infiniment  au  dcfi'usde  fesaduer- 
faires.Ec  c'efl:auflî  certes  en  grande  partie 
cequieft  caufcque  TApoUteS.  Paul  parle 
quelquesfois  magnifiquement  de  fes  ver- 
tus ,  &c  des  belles  choies  qu'il  auoit  exécu- 
tées en  la  prédication  de  i'Euangile.  Car  il 
y  eftoic  contraint  pour  maintenir  l'autori- 
lé  de  fon  Apoftolat ,  &cï  honneur  de  fon 
miniftcrcjqu'en  dénigrant  fa  perfonnc,fcs 
ennemis  auilifiToyent  de  tout  leur  pou-^ 
noir.  En  troificmelieu  ila  cftc  remarqué 


^  ieïa  IL  dUx  Cor,  "V.  x.i.J.  4.5.  14/ 
pSLt  les  Philofophes ,  que  cela  eft  pris  ea 
bonne  parc,  quand  il  peut  paroiftre  que 
cen*eft  pasnoftre  propre  gloire  que  nous 
cherchons   en  nous  vantant,  mais  que 
nous  âuons  pour  but  de  feruir  à  rvtilité 
d^autruy.  Se  d'inciter  aos  prochains  à  la 
vertu,  en  leur  propofanc  de  bons  exem- 
ples.   Quelques- vus  ont  remarque  que 
c'cfl  ainli  que  ce  bon  vieilkrd  Ntftor, 
loue  fes  propres a6lions  dans  Homère,  Se 
qu*ll  a  intention  de  porter  par  ce  moyen 
les  ieunes  gens  à  imiter  fa  vertu.  On  peut 
dire  la  mefrae  chofe  de  Caron  le  Cen« 
feur,  qui  quand  il  fut  venu  fur  l'aage  ,  ne 
s'efpargnoic  iamaisà  parler  auantagenfe- 
mencde  foy-mefrae,  Se  des  belles  chofes 
qu'il  auoit  faites  pour  le  fernice  de  l'Eftac. 
Mais  il  auoit  pour  but  de  former  les  ieunes 
hommes  de  la  ville  de  Rome  à  toutes 
fortes  de  louables  qualités:  S^  les  Lace- 
demoniens  n'ont  pas  efté  efiimés  des  glo- 
rieux,  pour  auoir  fait  feruir  leur  vanteries 
à  cet  vfage.     QiJanc   à  S.  Paul,  s'il  dit, 
/ojés  mes  imitateurs  comme  auj^i  te  le  fais  de 
Chrift  :  s*il  exhorte  Timothée  à  prendre 
garde  de  bien  prés  à  toute  fa  cojiduite 
pour  s'y  conformer  ,  fi  en  diuers  lieux  il 
aduertit  que  Dieu  a  misenluy  des  talens 


^4^  Sermon  If^.fur  le  chap,  ul 
extraordinaires,  &  qu'il  luy â donné  d'ai 
uancer  tres-vtilement  fa  gloire,  &  le  règne 
de  fon  faint  Filslefus  ,  e'eft  fans  aucune 
difficulté  pour  imprimer  dans  refpric  de 
fondifciplc,  &  généralement  de  tous  les 
Chreftiens ,  l'idée  de  la  vraye  fainteté, 
par  la  reprefenration  de  fon  exemple.  Car 
après  celuy  de  Chrift  il  n'en  auoit  point 
ny  de  pluspreft,  ny  de  plus  beau,  que 
celuy  qu'il  tiroir  de  fcs  propres  aftions 
&  de  la  recommandation  de  fa  pcrfonne. 
Il  y  peut  encore  auoir  d'autres  occafions 
dans  lesquelles  il  eft  permis  de  fevanter; 
mais  ie  n'en  veux  pas  faire  vn  Lieu- com- 
mun ,  &  il  me  fufiîra  dedonnericy  quel- 
ques aduertiflemenspour  le  pouuoir faire 
en  telle  façon  qu'on  n'en  encoure  point 
deblafme;  Ec  premièrement ,  le  moyen 
d'clloigner  de  nous  tout  foupçon  depre- 
fompùon  &c  de  vanité  ,  c'cft  que  fi  nous 
auons  quelques  belles  qualités,  &  que  par 
les  conjondlures  des  chofes  nous  foyons 
comme  neceffités  d  en  parler  ,  nous  en  * 
donnions  toute  la  gloire  à  noflreSeigneur, 
&  n'en  retenions  rien  pour  nous  mefmes, 
Ç>}clques  Payens  ont  eu  des  penfées 
nui  nes'cfloignoyent  pas  entièrement  de 
celIe-lâ.    Car  Tiraoleon  entre  les  Grecs, 


^àla  IL  aiix  Cor.  V.i.z.i/^.f.  f0 
Bc  Sylla  entre  les  Romains,  auoyenc ac- 
coutumé de  rapporter  toute  la  gloire  dé 
Icursaftions  à  la  Fortune  ^  comme  ils  par* 
Joyenc,c'eft  à  dire  à  quelque  fecrettc  con^' 
duite  èc  efficace  de  la  Diuinité  ,  ôc  ai* 
moyenc  mieux  fe  faire  appeller  heureux 
que  vertueux  ,  parce  que  la  première  dô 
ces  qualités  eftoic  moins  fujecce  à  l'enuiô 
que  Tautre.  Mais  ce  que  ces  gens  ont  fait 
peut  eftre  par  quelque  prudence  politique, 
les  fidellesferuiteurs  de  Dieu  l'ont  prati- 
quépar  vn  vray  fcntiment  de  pieté.  Voycs 
comment  Dauid  parle  en  quelques- vns 
de  fes  Cantiques ,  Se  particulièrement  aU 
Pfeaume  dix-huiti<5me,oùil  célèbre  luy- 
mefsne  fes  hauts  faits  d'armes  ,  ëC  fcâ 
grandesqualites.il  parle  bien  de  foy  mef- 
me  comme  du  plus  vaillant  homme  qui 
fuft  alors  en  Ifrael,  &  comme  de  celuy  qui 
auoit  fait  des  allions  qui  deuoyent  paffei! 
pour  héroïques.  Mais  il  attribué'  tout  à 
Dieu ,  comme  à  celuy  feul  qui  luy  auoic 
donné  d'exécuter  ces  grandes  chofes* 
CcJ^i  die-  il,  le  Dieu  fort  ^ui  mequip^^edcfor-^ 
ce  y  CT  ^«i  maintient  entier  mon  chemin.  Il  il 
rendt  mes  pieds  égaux  à  ceux  des  bijlhes ,  é* 
m'a  f dit  tenir  dt  bout  fur  mes  lieux  hauts  ep 
knis.CeJlluy  qui  a  dmtmes  mains  au  combat^ 


348         sermon  If^.  furie  chap.  n: 

tellement  qttvn  arc  dnirin  a  cfté  rompt  auéb 
fncs  bris  :  &  ptefquc  dans  coût  le  reftedu 
Pfeaume  ,  il  pourfuit  de  mefme.    Ec  au 
Plcaume  cenc  dixneuficme  il  fe  vante 
d'eftre  pieux ,  d*eftre  prudent ,  d*eftre  plus 
aduifé  que  tous  fes  confcillers  ,  quelque 
vieux.ô^  expérimentés  qu'ils  foyentîmtis 
il  dit  que  c'eft  Dieu  qui  luy  donne  toute 
cette  fageffe  là,  &  qu'il  la  tient  de  la  grâce 
de  fon  Efprit,  &  de  la  méditation  de  fa  Pa- 
role. Et  quant  à  noftre  S.  Paul,  il  en  vfc 
toufiours  de  mefme.    Car  s'il  dit  (\u  il  peut 
toutes  chofes  ^  il  adjoufte  que  c'eft  en  ChriB 
qui  le  fortifie.  S'il  fe  vante  ,  comme  il  faic 
au  chapitre  quinzième  de  la  première  aux 
Corinthiens,d'auoir/r^«4////^f4^^^/^^//;^ 
quetouslts  autres  en  la  prédication  del'E- 
uangile  ;  il  fe  ctjrrige  &  fe  redrefle  incon- 
tinent en  difant  ,  Toutes  fois  ce  n'eft  pomt 
moy ,  mais  ccjl  la  grâce  de  Dieu  qui  eJlaueC'^ 
quemoy.Y.x.  ainfi  en  quantité  d'autres  lieux 
lemblables.  Apres  cela  il  eft  vtile ,  comme 
ie  le  vous  ay  reprcfenté  en  la  première  de 
ces  allions,  pour  efloigner  tous  lesfou- 
pçons  de  prefomption  &:de  vanité, de  par» 
1er  de  foy  en  tierce  perfonne ,  comme  no- 
ftre Seigneur  &  fes  Apoftres  ont  fait.  Car 
cela  n  cnipckhe  pas  à  la  vérité  que  1  on 


ISle  l<t  IL  MX  CoK  V.  ï.  1,  f.^lf.  149 

li'cntcnde  que  vous  voulez  parler  de 
vous-mefmes  ;  mais  tant  y  a  qu*entanc 
qu'en  vous  eft ,  vous  vous  fepares  d'auec  la 
louange  qui  accompagne  vos  a  Étions.  Ec 
comme  quand  Moyfe  mectoic  vn  voile 
fur  fa  tefte,  il  n'empefchoit  pas  quel'on  ne 
viftbien  que c'eftoïc Moyfe,  mais  neant- 
xnoins  cela  ofFufquoitj  vnpcu  la  fplen- 
deurde  fonvifage,  &:faifoic  que  ceux  qui 
Je  rcgardoyent  n*en  cftoyent  pas  elblouxsi 
celuy  qui  en  parlant  de  foy-mefme  fe 
couurecn  quelque  force  du  nom  dVn  au-» 
tre ,  n'ofte  pas  à  ceux  à  qui  il  parle  la  coa- 
noilTance  de  fes  vertus  &  de  fes  belles 
aftions,  mais  il  en  rend  l'éclat  beaucoup 
plusfupportableàceux  qui  l*en  un  vient,  Si 
sVxempte  de  TofiFcnfe  qu'elles  donne- 
royent  autrement  à  leurs  oreilles  Se  à  leurs, 
yeux.  Les  Philofophes  qui  donnent  des. 
préceptes  fur  cette  matière,  difent  queft 
on  eft  quelquesfois  concraintde  dire  quel-, 
que  chofe  à  fa  propre  louange,  c'eftpru-, 
demment  fait  que  d'y  raeller  quand  &C 
quand  les  mérites  de  fes  prochains..  Ee 
véritablement  elle  paffe  ainfi  beaucoup, 
plus  doucement  que  quand  on  la  propofc. 
toute  feule,  la  recommandation  d'vaau^ 
treluyferuant  en  quelque  forte  de  vehii 

Kiii 


Xjo  Sermon  IV.  furie  chdp.  {il 
cule ,  qui  la  porte  dans  refpric  de  ceux  quj 
J'efcoutcnt  fans  y  trouuer  d'achoppemenc. 
Wais  pour  mettre  fin  à  ce  propos ,  iedis 
qu'il  n'y  a  rien  de  plus  efficacieux,  pour 
deftrcmpercequ'ily  peut  auoir  de  vicieux 
^  de  choquant  dans  les  loUanges  que 
nous  nous  donnons  à  nous-mefmes,  que 
4*y  mefler  la  mention  de  nos  propres  in'» 
firmicésj&deschofes  qui  nous  rabaiJÛfenr 
jutant  que  la  commémoration'  de  nos  bel- 
}e$&  auantageufes  qualitez  eft  capable  de 
lîousefleuer.  Car  comme  quand  oxipre» 
fente  diuerfes  couleurs  à  contempler  à 
quclcun  ,  après  luy  auoir  monftrç  les 
voyantes  ,  comme  on  parle,  c'cft  à  dire 
celles  qui  font  éclatiances6d  qui  antbeau* 
coup  de  viuacité  ,  on  luy  en  met  deuanç 
îesyeuxdeplus  fomibres  ,  afin  de  raffer- 
jmirfaveuè&c  d'en  raflembler  les  rayons 
que  la  fplendeur  des  autres  a  difTipés: 
Àinfi  quand  vn  homme  eft  obligé  de  def« 
ployer  fcs  propres  verrus ,  êc  de  mettre 
îesgrandes  &:  refplendiffantes  adions  eu 
veuc,  il  eft  de  fa  prudence  &c  de  (a  mode- 
ilie  d'y  entremcflec  quelque  chofedefes 
imperfeftions  ,  pour  empefcl\er  que  les 
premières  ne  produifent  de  la  haine  6c  de 
f'çnuiej  8>c  pour  adoucir  les  efprits  quç  l'é^ 


âe  U  IL  aux  Cor.  y.  i.  2. 3. 4.  y  1  jr 
clac  de  fes  propres  louanges  auroit  autie- 
menc  effarouchés.  Et  c'eft  ce  que  S.  Paul 
fait  dans  la  troifieme  partie  de  cette  fen- 
tencc ,  quand  après  auoir  dit  que  s'il  vou- 
loit,  il  fe  glorifieroit  de  très-  grâ  Jes  chofes, 
mais  qu  il  ne  fe  vxut  vanter  de  tien ,  il  adt 
joufte  ces  ^2,io\(:%  y,  finon  enmes  infirmitez.. 
Il  y  a,mes  frères,  de  diuerfes  fortes  d*infir- 
XDiitez  en  l'homme.  Gar  il  y  en  a  quel- 
ques- vnes  qui  confiftent  en  vices:qui  bien, 
qu  ils  ne  foyent  ny  atroces  ny  enor»es» 
font  des  vices  pourtant.  Mais  parce  qu'ils 
femblent  procéder  de  quelque  fragilité  de 
lîoftre  nature ,  ôç  que  nous  les  excufons 
volontiers  &  en  autruy  &en  nous-mef- 
înes^nousadouciffons  vn  peu  le  terme  par 
lequel  on  les  reprelente,  ôc  les  nommons 
de  ce  nom  dmfirmitez.  Et  l'Efcriturc 
fainte  s'accommode  à  cette  façon  de  par- 
lçii:car.c'efl  ainfi  qu'il  faut  entendre  ce  paC 
fage  de  TEplftre  aux  Hebi'ieux,oail  eft  die 
que  le  fouuerain  Sacrificateui  eûoit^r^^r^ 
a  auoir  competemmera  pitié  des.  ignorans  ^ 
des  en  an  s,  daut^ntcjuc  luy^  me  fine  aufi  ejlen^ 
Hironné  dinfirmitéj  Qr  ne  voudroy- je  pas. 
affeurerque  l'Apoftre  &.  Paul  ait  efléab- 
folument  exempt  de  cette  forte  d'info- 
Ç3iités-là  :  quoy^ueiçcQnjoy  fafafîiâifi^ 


/ji  Sermon  IV. fur  le  chdp.  itl 
cationà  vn  fihautpoint ,  que  s'il  luye/irei 
ftoit  quelques  vnes  3  elles  eftoyent  incom- 
paiablemenc  &  moindres  &ç  en  moindre 
nombic  qu'elles  ne  fe  trouucnc  ,ienc  di, 
ray  pas  dans  le  commun  des  Chreftiens, 
mais  encore  entre  ceux  qui  y  lont  remar- 
quables poiif  leur  fainrctc.  Qnoy  qu'il  en 
fcit  jcene  fo.tede  foiblcffes,  n'eftnullc» 
ment  vnematiersde  vancerie,  &  quelles 
qu'elles  ayent  eflé  dans  ce  faint  Apoftre,il 
ne  peut  pas  tomber  dans  la  penléc  qu'il 
cufl  voulu  s'en  glorifier.  Il  y  a  vne  autre 
forte  d'infirmués  qui  font  communes  à 
tous  les  hommes,  parce  que  ce  font  des  fui- 
tes ôc  des  dépendances  ineuitables  de  fa 
Nature,  quand  mefmes  elle  fcroit  demeti- 
récs  en  fon  intégrité. Et  celle  eft  la  fujeiion 
au  boire,  Se  au  manger,  ôcau  dormir  ,& 
aux  autres  chofes  qui  viennent  neccfTai-' 
rement  en  confequence  ,  dont  ie  ne  penfe 
pas  non  plus  qu'il  foit  iamais  i^enu  en  la 
pcnfce  d'aucun  homme  de  fe  vanter.  Car 
nous  nous  vantons  des  chofes  qui  nous 
font  particulières  ,  ou  au  pioins  certes 
que  nous  auons  communes  auec  peu  de 
gens  ;  &  non  de  celles  qui  fe  trouuent  en 
coûtes  fortes  de  perfonnes  indifférem- 
ment. Mail  outre  cela,  la  nature  mefme 


il(f  la  IL  dux  Cof.v.  1.2.3.4.5',    \ff 

2e  ces  infirmités- là  obligerait  pluftoftà 
s*en  plaindre,  6^  à  en  auoir  quelque  honte, 
qu'à  en  faire  quelque  parade  conGinae 
dVn  auantage  qui  nous  eleuaft.  Il  y 
en  a  encore  d'autres  qui  font  aucu- 
nement particulières  ;  mais  qui  parce 
qu'elles  ne  font  ny  précédées  ,  ny  fui- 
uies  5  ny  accompagnées  d'aucune  chofe 
qui  les  rende  recommandables,  elles  ne 
peuuent  fournira  perfonne  la  matière  de 
fe  vanter.  Car  pour  exemple,  quieft-ce 
qui  s'eft  iamais  aduifé  de  fc  glorifier  de  la 
goutte, &  de  la  grauelle,&  de  la  colique,8£ 
de  la  migraine,&d'autres  telles  infirmités, 
comme  s'il  auoit  en  cela  quelque  fujet  de 
fe  mettre  au  delTus  de  ks  compagnons? 
Il  faut  donc  neceffairement  qu'il  s'agifle 
icy  d'infifmités  qui  à  les  regarder  en 
elles-mefmes,  peuuent  pluftoft  caufer  de 
lacompaffion  que  de  Tenuie,  &  du  mef- 
pris  pluftofl  que  de  la  gloire  ou  de  l'admi- 
ration, comme  ie  le  vous  difois  il  y  a 
quelques  iours.  Maisd'autant  quelles  fonc 
accompagnées  de  quelque  autre  chofe  quj 
mérite  delà  louange,  on  s'en  glorifie  en 
quelque  forte,  parce  que  de  ce  qu'il  y  a 
d'infirme,  &de  ce  qu'il  y  a  derecomman- 
dable,  il  fe  fait  vn  railQnpabk  ten:î.perar| 


iTjenc.  Telles  foQc  ces  infirmùcz  dont 
l*Apoftrepîitlçdans  lechapiçrcimmcdia- 
tcmenc  précèdent  :  àfçauoirfes  batcures, 
fcsprlfons,  fes lapidations,  fes  verges, ôç 
toutes  CCS  peclccucions  &  ces  miferes  qu^il 
a  endurées  pour  le  nom  &  pour  l'Euangile 
de  noftre  Seigneur  lefus  Chrift.  Car  à 
regarder  ces  chofes  en  elles- racfmes.il  n'y 
a  pcrfonne  qui  ne  voye  que  la  nature  les 
abhorre,  &  qu'il  faudroic  eftre  tout  à  faic 
déraifonnable  pour  y  chercher  occaûon 
de  Te  glorifier.  Mais  à  IcsconfiJerer  dans 
lacaul'c  pour  laquelle  on  les  endure,  qui 
çftls  nom  de  noftre  Sauueur ,  vous  fçaucs 
qu'il  cft  dit  au  Hure  des  Aaes,que  les  Apo- 
flres  ayant  eflé  fouettez  pour  cette  caufe, 
ils  fc  refjouiffoyent  Se  fe  glorifioyenc 
d'aupir  cftc  trouués  dignes  de  fouflprir 
cette  ignominie  pour  le  nom  de  lefus 
Chiift.  Adjouftcs  à  cela  encore,  que  de 
fupporter  gayement  &  courageuîemenc 
toutes  CCS  tentations  &  toutes  ces  flcftrif- 
fures,  parce  que  leur  caufe  les  rend  honp- 
rables ,  8>c  que  c'eft  pour  Tamour  de  Chrift, 
ç  cft  vne  chofe  digne  de  recommanda- 
lion ,  àc  en  1  exercice  de  toutes  les  vertus. 
ou  Chreftien  il  n*y  a  rien  de  plus  loiiablc. 
pr  ^u'ilfoiticy  queftion  dçcçttç  forte  de 


de  U  IL  aux  Cor.v.i.z.'i.f.f.^  uS 
ïotbleflcs,  c'eft  chofe  claire  par  ce  que 
rApoftre  en  a  die  dans  le  ctiapitre  précè- 
dent ,  &  par  ce  qui  fuit  encore  immédiate? 
ment  en  cçluy-cy.  Car  dans  le  chapitre 
précèdent ,  où  il  dit  auffi  qu'il  fe  glorifie 
en  fes  mfirmités,  il  raconte  ces  çhofes-là^ 
Et  d^ns  celuy  cy,  il  dit  incontinent  après 
noftre  texte ,  tjua/7/^  qittl  ne  s'eleuafi fAs 
cutre  mcftreà  caufe  de  l'excellence  de  fes  reue^ 
Utïons  y  tl  luy  4  sefié  mis  v;je  efharde  en  U 
chair ,  vn  K^nge  de  Satan  four  le  bujfefi  r  ;  ce 
qui  explique  admirablement  bien  le  fçns 
des  paroles  que  ie  vous  expoie.  Parce  que 
fi  vous  regardés  rAp©llre  par  cet  endroit- 
là,  qu'il  luy  auoit  efté  addrefle  des  reucla- 
tions  fi  admirables  ,  il  a  fans  doute  vn 
grand  fujet  d'en  triom plier  :  fi  vous  le  çon- 
fiderés  par  cet  autre  coûé ,  où  il  eft  expofé 
à  la  vexation  d  vn  démon,  cela  eft  pour 
donner  de  Thorreur  :  mais  fi  vous  ioignés 
ces  deux  chofes*Ià  enfemble,  elles  font 
vne  excellente  compofition,où  la  matière 
de  fe  vanter  &  celle  de  s'humilier,  font 
admirablement  bien  tempérées.  Et  fcffe£i 
que  cela  produit  mérite  qu'on  le  confide- 
re  attentiuement.   Car  premièrement  ce* 
la  fert  à  contrebalancer  entr'elles ,  dans 
lame  de  S.  Paul  ^^  l'ekuîitioji  bc  l'huniiU"^ 


jy  6  Sermon  IF',  fur  le  chdp\  1 1^ 
acion,  &  à  cmpefcher  que  fon  cfpricnâ 
s'emporte  au  delà  des  bornes.  Parce  quQ 
fi  Dieu  n'y  euft  point  mis  ce  contrepoids^ 
qui aduerciflbit continuellement  cegrand 
fcruiteur  de  Dieu,  de  l'infirmité  Je  la 
Nature,  &  de  la  fragilité  de  Ihumanité, 
quelque  fan<9;ifiwarion  qui  fuft  en  luy,  il 
n'culi  iamais  peu  s'empefcher  d'auoir  de 
trop  magnifiques  fentimens  de  foy ,  &  de 
fortir  hors  des  limicesde  riiumilité  Chre- 
ftienne.  Apres  cela,  il  fert  encore  a rfece- 
nir  l'efprit  des  autres  fidellesquiconfidc- 
roycnt  S-  Paul,  &àlesempefcherd'auoir 
de  luy  quelques  opinions  trop  auantageu- 
fe.  Car  que  n'euft-  on  point  ou  dit  ou  pen- 
fé  d'vn  homme  qui auoit tant  d'excellen-^ 
tes  connoiflances ,  &à  qui  Dieu  auoîtfaic 
voir  de  fi  rares  vifions?  Veu  principa- 
lement que  cela  eftoit  accompagné  d'vne 
incomparable  fainuecé,  &c  que  de  fes  mains 
sortoycnt  à  toute  heure  des  miracle^ 
eftonnans,  &  des  aftions  tout  à  fait  ex- 
traordinaires &:  furprenantes  ?  Affeuré- 
ment  on  ne  le  fuft  pasgarenti  delafupcr* 
flition,  &  Ion  euft  penCé  voir  en  luy  quel- 
que chofe  au  deflbs  de  l'homme.  Mais 
quand  onvenoit  à  confiderer  qu'il  eftoic 
hatçellc  par  tant  d'ennemis ,  ô^  perfccutc 


(le  U  II.  aux  [^of.  i^.  /"  2 . 3 .  -^ .  y,  xjy, 
Se  tant  de  maux,  on  difoicj  il  pofTede 
vn  grand  trefor  à  la  vérité,  mais  c*eft 
dans  vn  vaiflcau  déterre,  qiiieftraefpri- 
fabledcfoy,  &  qui  au  premier  heurt, fe 
peut  mettre  en  pièces.  C'eftpourquoy  il 
ne  fe  contente  pas  de  dire  que  cette  ef- 
charde  luy  a  eftè  mife  en  la  chair  pour 
cmpefcher  qu'il  ne  s'efleuaft,  maisilad- 
îouftc  encore  qu*il  s'e/iargr.e'defeijAntert 
ûfin  auAncun  ne  l\Jlime  foint  f^r  diffts  ce 
qti  tfiuoit  cjlre  ,  ou  par  dejfus  ce  quilemendoit  1^ 
de  luy.  Enfin  cela  produifoic  encore  vn 
bon  efFeû  à  l'égard  de  fes  ennemis.  Parce 
que  s'ils  penfoyent  auoir  quelque  occa- 
fion  de  le  calomnier  en  ce  qu'il  fe  vantoit, 
cela  fe  rabatoit  incontinent  quand  ils  ve- 
noyent  à  penfer ,  ou  qu'on  leur  reprefen- 
toitj qu'il  ne  fe  glorifioitfinonen  fes  infir- 
mités ,  c'eft  à  dire ,  en  des  chofes  qui  don- 
lîoyentdu  mefprisôcde  l'auerfion  àcaufe 
de  leur  incommodité  &  de  leur  bafleffe. 
Chers  frères,  ie  diray  quelque  chofe 
dauantage.  Noftre  Seigneur  lefus  Chrift 
n'auoic  point  befoin  de  contrepoids  pour 
rabaifler  la  trop  haute  eleuation  de  {zs 
penfées.  Car  fon  ame  eûoit  fi  profondé- 
ment imbue  de  toutes  fortes  de  vertus ,  ô^ 
particulièrement  d'vne  incomparable  ha? 


7ji?  Sermon  Ip^.  furie chap.  12] 
milité ,  dont  il  s'eft  propofé  en  exemplei 
fesdifciples,  iufquesàleur  lauer  lespieds^ 
qu'il  n'cftoit  fufceptible  d  aucune  pcnfcc 
quiderogeaft  à  cette  excellente  qualité. 
Il  n  eftoit  pas  befoin  non  plus  de  mcller 
dans  le  tableau  defes  émerucillablescon'* 
ditions  ,  les  infirmités  de  fa  nature  hu-^ 
maille  &  defes  foufFranccs ,  pour  cmpef- 
cher  ceux  qui  le  contemployent  d'en  conw 
ceuoir  vne  trop  haute  opinion.  Car  eftanr, 
commeil  eftoit, dVnedignitéinfinie,  on 
ne  s'en  pouuoit  former  d'idée  ,  ie  ne  dis 
pas  qui  furpaflaft ,  mais  mefme  qui  égalaft 
la  magnificence  de  l'obiet.  Et  néant- 
moins  il  ne  laiffe  pas  luy-  mefme  de  tem- 
pérer l'éclat  que  fes  propos  &  fcs  miracles 
donnoyent  à  fa  perfonne  &:  à  fa  charge, 
par  fa  condition  abbaiflee,  &  par  la 
mention  de  fa  Croix.  Car  toute  fa  con* 
Merfation  a  eftêfouueraincment  humiliée, 
ayant  pris,  comme  il  a  fait,  la  forme  de  fer- 
uitcur:  &  à  tout  propos  il  aduertit  qu'il 
doit  foufFnr  vne  mort  ignominieufe, 
comme  les  Oracles  Tauoyent  prédit.  11 
commande  melmes  quelques  fois  à  fes  di* 
ciples  de  celer  les  chofesglorieufcs  qui  luy 
cftoyentarriuées,  comme  fa  transfigura- 
tion >  iufques  à  ce  qu'il  fufl  reffufciié,_5c 


'dek  It.  4UX  Cor.  "V.  i\  2".  j .  ^.  j-,    t|^ 
âefebd  à  quelques  autres  de  publier  les 
miracles  qu'il  auoit  faits  en  leur  faueur. 
Pourquoy  cela  finon  qu'il  falloir  difpcnfcc 
la  connoifTance  de  ce  qu'il  cftoit  auecque 
prudence,  afin  de  ne  donner  point  trop 
de  prifc  à  (^s  ennemis  >  Mais  au  fonds^ 
quand  nous  ne  mettrions  point  ces con- 
fiderationsen  auanc,  ileftoitainfi  conue* 
nablcà  la  fageflediuine,  de  diuerfifier  la 
vicde  noftre  Seigneur  de  chofes  dont  les 
vnes  font  éclattantes  &  les  autres  fombrcs , 
les  vnes  témoignent  de  la  magnificence 
&  de  la  gloire,  &  les  autres  font  accommo- 
dées à léftat de  fon  aneantiflement ,  par- 
ce que  fe  préparant  à  fouffrir  vne  ignomi- 
nieufe  Croix ,  il  falloit  qu'il  y  euft  quelque 
proportion  entre  fa  vie  ôdfamort,  &que 
fa  fin  ayant  àeftre  pleine  d'infamie  &  de 
douleur,  le  temps  de  fon  économie  en 
-  Chair  n*eclataft  pas  fort  fouuent  de  chofes 
illuftres  &:  glorieufes.    Reuenons  donc 
maintenant  à  S.  Paul  mon  pour  continuer 
à  expliquer  ce  qu'il  nous  dit  en  ce  lieu  icyj 
car  déformais  ie  vous  ay  reprefentc  ce  que 
i'auois  à  vousdire  pour  l'interpréter ,  mais 
pour  tirer  quelque  nouueau  fruit  des  cho- 
fes que  vous  aués  entendues.  le  ne  vous 
rcpeccray  pas  mes  frères,  les  inftrudlions 


Kre  Sermon  IlL  fut  le  chap,  il; 
que  ic  vous  ay  défia  données  fur  les  textcS 
precedens ,  parce  que  vous  en  aués  la  me-* 
moire  toure  fraifche,  &  que  cela  fcroic  en- 
nuyeux, le  ne  m'arrefteray  pas  mefm.e 
long  temps  à  vous  remarquer  celles  qui 
naiffenc  de  l'interprétation  de  celuy-cy, 
parce  que  vous  lespouués  affés  recueillir 
de  vous-  mefmes ,  &:  qu'elles  font  mefmes 
en  quelque  forte  meflées  dans  les  propos 
que  ie  viens  de  vous  tenir.  Car  qui  ne 
peut  en  tirer  defoy-mefme  cet  enfeigne- 
menc ,  qu'il  faut  eftre  humble  Se  modefte, 
Bc  efloignc  de  toute  prefomption  S>c  de 
toute  vanité,  &  ne  parler  iamaisauanta- 
geufement  de  foy-mefrae,  finon  qu'on  y 
ioit  obligé  par  quelque  neceflîté  ;  Se  enfin 
que  quand  on  y  eft  neceffairement  obligé, 
il  y  faut  apporcer'tousles  temperamensôC 
tous  les  adouciflemens  donc  on  fe  peut 
aduifer ,  pour  ne  rien  faire  contre  le 
deuoir,  Se  pour  retrancher  l'occafion  à  la 
calomnie  &:  à  la  médifance?  De  forte  que 
s'il  me  refloic  quelque  chofe  à  adiouller 
icy,  ce  feroit  cette  confideraticn,  c'cft 
qu'il  ne  faut  pas  trouuer  cflrange  que  la 
condition  de  l'Eglife,  6i  de  la  plus  parc 
des  fi'Jelles  qui  la  compofenc ,  foie  accom- 
pagnée de  beaucoup  d'infirmités,  Se  com- 
me 


âe  U  II.  aux  Corv.  i.  t.  f.  4.  s*  ^^^ 
itne  enuironnée  de  quantité  d'ombres  pen-^ 
dant  1  e temps  du  fejour  de  noftreSeigneuf 
icy  bas, puis  que  celle  de  S.Paul,&:  mefmes 
eeile  de  noftrc  Seigaeut  lefus  Chrift  onc 
efté  femblables.    Dieu  nous  a  fans  doute 
auantagcs,les  vns  plus, 8c  les  autres  moins, 
rnais  neantmoins  il  nous  a  tous  en  gênerai 
gratifiés  dVne  infinité  de  chofcs  qui  nous 
«fleuent  comme  infiniment  au  deflus  des 
hommes  de  ce  prefent  fiecie:  Se  quand  il 
ne  nous  auroit  point  <lonné  d'autres  reue- 
lâtionsque  celle  de  faconnoiffance  falu- 
tairCjc'eftafiés  pour  nous  eftimer  incom- 
parablement plus  queux.   MaisTcftac  de 
la  vieprefente,  Se  la  conformité  auecquc 
hoftre  Seigneur,  &noftre  ianaification, 
requeroyent  que  la  fplendeur  de  noftre 
condition  fuft    obfcurcie  de    temps  en 
temps  par  diuerfes  infirmitez  6c  par  diuer- 
fes  foufFrances.    De  forte  que  nous  ne  de- 
uons  point  nous  ofFenfer ,  puis  que  cette 
difpenfation  de  la  Prouidence  de    Dieu 
enueis  nous  eft  fondée  fur  tant  deraifons, 
&:quenousenauons  deuant  nos  yeux  de 
fi  grands  exemples.   Cela  furquoy  iedoiff 
leplusinfifterjc'eft  vne  obferuacion  que 
i'ay  à  faire  icy  contre  lesprofones.  Vous 
voyez  des  gens  qui  fe  vantent  d'eflre  ef- 


i(jL  Sermon  IV.  fur  k  chap.  tzl 
priis fol ts,qui  doucenc  de  l'immorcalité dé 
leur  ame  ,  qui  fe  mocquent  de  l'efpêrance 
que  nous  auons  de  iouïr  quelque  iour  de 
félicité  là  haut  au  ciel,&  qui  demandent 
qui  c'eft  qui  eft  reuenu  de  la  pour  nous  en 
apprendre  des  nouuelles.  Miferabics! 
qui  fe  vancent  d'auoir  plus  d'entende^ 
ment  que  les  autres  hommes, ôc  qui  ncant- 
moins  fe  rcduifent  à  la  condition  des 
belles  ,  en  priuanc  eux- mcfmes  leur  ame 
de  fon  immortalité.  Car  quelle  notable 
différence  y  a-t-il  entre  eux  &c  les  autres 
animaux  ,  fi  leurs  efprits  s'efteignenc 
auecque  leurs  corps,  comme  font  lésâmes 
des  belles  ?  Ecoùefperentuls  iouïr  iamais 
d'aucune  félicité  ,  fi  Dieu  ne  nous  en  a 
point  mis  en  referue  dans  les  lieux  cele- 
Ites?  Car  quancàla  trouuer  icy  bas ,  c'eft 
vne  chofe  abfolumentimpoffible,à  caufe 
des  mifcres  qui  accompagnent  la  viepre- 
Icnie  ,  ôcdestrauerfesquyrcçoiuent  ceux 
qui  aiment  la  pieté  &c  la  vertu.  Si  ce  n'eft 
que  comme  les  chiens  &  les  pourceaux, 
ces  gens  mettent  leur  fouuerain  bien  dans 
lagourmandire,&  dans  l'ytirognerie  ,  &c 
danslesdi(Tolutions,&dans  les  voluptés 
infames,ainfi  que  quelques-vnsd'entr'eux 
i^ont  véritablement.   Ils  demandent  qui 


^  €leta  IL  aux  [or,  v.  ï.  i.f^!f1  ïô^ 

t'cd  qui  cft  defcendu  du  Ciel  pour  nous 
dire  que  c'efl:  là- haut  que  nous  dcuons  ef-' 
percr  d'eftrebien  heureux.  C'efl:  S.  Paul, 
qui  foie  en  corps,  foie  hors  du  corps,  a  efté 
raui  en  Paradis,  Se  qui  a  oui  Se  veu  des 
chofes  inénarrables.  Il  ne  nous  en  a  pas  à 
lavericédonné  l'explication  parle  menu: 
mais  il  nousenaaflez die  pour  nous  faire 
conceuoir  que  c'eft  là  qu'il  faut  que  nous 
afpirions  ,  comme  au  lieu  où  noftrefôu- 
uerain  bon  heur  eft  en  depoft  entre  les 
mains  du  Sauueur  du  monde.  Car  il  ne^ 
nous  en  parle  Je  la  forte  que  pour  mainte- 
nir Tautorité  de  fon  Apoftolat ,  Se  pour^ 
fonder  de  plus  en  plus  le  témoignage  qu'il^ 
nous  a  rendu  delà  vérité  de  TEuangilede' 
Chrift ,  Sidela  certitude  inuariable  de  fes 
promcfles.  De  forte  que  c'eft  pour  cfleuer 
noscœurs6^nosefperances  là-hauc,  qu'iP 
nous  parle  de  fon  rauiflcmenç  au 
ciel,  &  pour  détacher  nos  pcnfées  Se  no$' 
afFedions  de  la  terre.  Au  refte  ,  pour- 
quoy  n'adjoufterions- nous  pas  foy  à  ce 
qui!  nous  a  dit  ?  Quel  profit  luy  reuiea- 
droit-il  de  nous  allaicter  de  ces  efperances- 
là ,  &:  de  nous  raconter  ces  vifions  ii  elles 
n'eftoyent  véritables  i  Car  alors  il  n'ea 
auoit autre  secompenfequeles  prifonsjôc^ 


jé^  Sermon  I  y.  fur  le  ehap.  Hi; 
les  coups  de  verges,  &  les  lapidations,  St 
les  menaces  des  feux  ,  des  gibets  &  des 
tortilles.  Ceftoit  làla  recompçnfc  qu'il 
receuoitde  la  prédication  del  Euangilede 
Chrift,  &c  les  triomphes  qu'il  fe  promettoic 
en  cette  vie,  après  qu'il  auroit  conquefté 
les  Nations  à  fon  nom,  &conuerti la  terre 
habitable  à  fa  connoifljnce.  Apres  cette 
yie  que  luy  en  pouuoit-il  rcuenir,  puis  que 
fon  ame  ne  deuoii  pas  fubfifter  après  la 
iiiotts  Ciion  la  honte  &ç  Tinfamicd  auoir 
eûé  vn  afFronteur ,  &ç  dauoir  abufé  tout  le 
H^ondc  par  fes  impoftures  ?  Si  l'Euangile 
n'eftpoint  vray ,  &c  fi  lespromcfles  qu*il 
i}o,us  donne  de  rimmortaluc  de  nos  ariies, 
ôç  dç  la  refurrcdlioi^  de  nos  corps  >  fom 
feulement  des  ÇUinaeres,  nojlre  Apoftrc, 
au  chapitre  qi^in-^ieme  de  la  première  aux 
Corinthiens,  die  que  loy  8c  (^s  compar 
gnons  en  l'Apottolat ,  &  tous  les  Chre- 
Siens  en  gênerai , /3;?^  les  f  lus  mi  fer  ah  le  s  de 
tous  les  hommes  y  Ç2ixcç.  que  n'ayans  poinc 
d*efperance  en  l'autre  vie,  ils  font  expo- 
fez  à  toutes  les  miferes  U  à  toutes  les  per- 
feciuions  de  celle-cy.  Et  il  met  cela  en 
allant  comme  vn  aigumtnc  pour  prouucr 
li  vérité  delEuangile  de  Chrift,  parce 
qu'il  n'eft  pas  à  prefunaer  que  luy ,  §i  les 


êehlL  aux  Cor.  v.ui.s.  4.  {,  lèf 
autres  Apoftres,&  les  autres  dikiples  de 
Çhrift,  qui  en  toutes  autres  chofes  don- 
lîoyent  toutes  fo4:tes  de  preuues ,  les  vns 
d'vne  fagcfie  incomparable  ,  les  autres 
dVne  prudence  non  n^cdiocre  ,  ou  au 
moins  certes  dVn  fens  raffis,  euffent  efté  fi 
deftitués  d'entendement  que  de  s'aban- 
donner ainfi  volontairement  à  toutes  les 
vexations  de  ceficclcicy,  s'ils  n'auoyenc 
des  affeurances  indubitables  de  leur  re- 
coxnpenfe  en  Tautre.  Mais  ie diray  de  mef- 
mes,  mes  frères  ,  que  fice  que  TApolke 
BOUS  dit  de  foy  &  de  l'Euangile  n*eft  poinç 
vray  ,  il  a  fallu  non  feulement  qu'il  aiç 
perdu  la  honte  en  affirmant  des  bagatelles 
fi  hardiment,  mais  mefmes  qu'il  ait  tout  X 
fait  abandonné  le  foin  de  fon  honneur  8£ 
de  fa  réputation,  quand  il  fetoit  forti  de  la 
vie.  Car  ie  veux  bien  qu'il  ei)  euftabufé 
quelqueS'Vns  de  fon  temps.  Comment 
cuft  peu  fe  maintenir  en  1  Vniuers  la 
créance  defesvifions  &defesrcuelations 
dont  il  fe  vante  icy,  fi  c'eu fient  efté  des  ex- 
trauagances  d'vn  efprit  tombé  en  dcrei- 
glement ,  ou  des  chofes  controuuées  de 
propos  délibéré  ,  &  affirmées  puis  après 
auec  vne  fi  prodigieufe  impudence  ? 
I>c  temps  y   difoic   autrefois    quelcun^ 


î^(j  Sermon  IV.  fur  le  châp]  12: 
efface  enfin  de  rcntendemenc  des  hom^ 
mes  les  opinions  erronées  donc  ils  oncrei 
ceurimpreflîontmais  il  confirme  les  iu-^ 
gemens  de  la  Nature,  &  les  lentimens  de 
ia  vérité.  Si  donquesceschofes  n'auoyenK 
point  eu  d  autre  fondement  que  Timagina- 
tion  bleffée  d'vn  homme  hypocondria- 
que ,  ou  la  hardicfTe  de  quelques  impo- 
fteurs  à  les  inuenter  Bc  à  les  débiter,  il  y  a 
long  temps  qu'on  n'en  encendroic  plus 
parler,  &  elles  n'auroyent pas  vefcu  vn 
fîecle.  Car  les  impoftures  de  Mahomet  fe 
font  bien  épanduës  en  diuers  endroits  du 
monde ,  &  s'y  font  maintenues  il  y  a  défia 
long  temps.  Mais  elles  ont  eu  pour  ap- 
puy ,  d*vn  codé  les  armes  &  les  guerres ,  à 
laide  defquelles  elles  fcfont  prouignées 
çà  Sd  là,  &:  de  l'autre  les  attraits  U  les 
amorces  de  la  Chair  ,  à  raffouuifiemenc 
des  volontés  &  des  paflîons  de  laquelle 
elles  eftoyenc  dcftinées.  Au  lieu  que  la 
do6brine  de  l'Euangile  eft  toute  employée 
à  dépouiller  l'homme  de  fes  afFcftions 
charnelles &:  à  le  fpiritualifer,  8c  qu'elle  a 
eu  à  fouftenir  la  contradiction  déroutes 
lesPuiffancesde  la  terre.  Non,  non,  frer 
it'^3  bien  aimés  en  noftre  Seigneur  ;  ne 
Ç1QU5  laiflbns  pas  anouuoir  par  les  dif* 


àeUlI.  dux  Cor.  '^.  /, 2. 5 .  ^.  y.  xCf 
cours  de  ces  profanes,  qui  ont  iurélaguer- 
re  à  la  pieté  &  à  la  vertu.  C'efl:  la  vérité  de 
Dieu  que  TApoIlre  S.  Paul  a  enfeignéeà 
rVniuers,qu'ila  confirmée  par  miile  mi- 
racles en  la  prefchanc,  qu*il  a  feelléc  par 
fon  martyre  &  ratifiée  de  fon  fang ,  oc  qui 
a  enfin  glorieufement  triomphé  de  la 
eontradidion  de  fes  ennemis ,  quelque 
rcfiftance  qu'ils  y  aycnt  faite. Car  les  Phi- 
lofophes  ont  renoncé  à  toutes  leurs  autres 
eonnoiffances,  &  à  toutes  les  fubiilités  de 
leurs  Efcoles  pour  rembraffcr  5  &  quand 
ils  Pont  eu  vne  fois  gouftée  ,  toutes  \cs 
fcienccs  aufquelles  ils  s'eftoyent  aupara- 
uanc  adonnés  ,  leur  ont  paru  encompa- 
raifon fouuerainement  mefprirables.  Les 
Orateuis  ont  ployé  toutes  les  voiles  de 
leur  éloquence  deuant  des  gens  qui  ne 
faifoyent  ny  profeflîon  ny  parade  de  bien 
parler  5  &:  s'ils  ont  fait  quelque  cas  de  leur 
Rhétorique  puis  après  ,  comme  il  ne  fe 
peut  pas  nier  qu'il  n'y  ait  eu  des  prédica- 
teurs &:  des  defenfeurs  de  lEuangile  ex- 
traordinairement  eloquens,  ils  en  ont  em- 
ployélesartifices  &  les  beautez,  à  tendre 
Û  Croix  de  Ghrift  illuftre6i  recomman- 
dable.  Les  Rois  &  les  Potentats  de  !a 
î^crrc  ont  apporté  leurs  fceptres ,  leurs  cou- 


îgS  Sermon  If^.fuAech ap. li^ 
ronnes,  &c  leurs  diadèmes  aux  pieds  dti 
Seigneur  Icfus ,  &  l'ont  reconnu  pour  le 
Roy  des  Rois,&  le  Seigneur  desSeigneurs, 
â  la  gloire  duquel  ils  ont  puis  après  confa- 
crc  coure  leur  puiflance,  Les  peuples, 
quoy  cju'extremenc  obftinez  »  ont  cfté 
amenés  captifs  à  l'obeiflance  de  noftre 
Sanueur,  Se  ont  abandonne ,  pour  donner 
gloire  à  fon  Nom  ,  leurs  fupcrftitions  8c 
leurs  idoles.  Les  démons  ont  efté  con- 
traints de  luy  rendre  témoignage,  quâdils 
fe  font  veus  expulfés  des  corps  &des  coeurs 
des  hommes  j  &  arrachés  des  Temples  Se 
&  de  delTiîs  les  autels  qui  leur  auoyenc 
efté  confact  t  z,  de  forte  que  les  enfers  meC- 
me  3  par  manière  de  dire,  en  s'entrebâil* 
lant,  oncaduoué  que  le  Seigneur  lefusles 
atîoit  vaincus ,  &  qu'il  auoit  mis  en  pièces 
toute  la  puilîance  de  leur  empire. Croyons 
donc  fermement  5  chers  frères ,  en  la  paro^ 
le  de  i  Eaangiledc  nollre  Sauueur,  dcfc* 
rons  de  tout  noflce  cccjr  au  témoignage 
que  fes  Apoftres  nous  ont  rendu  de  fa 
mort  &c  dcfa  refuriedlion,  pcrfeuerons 
conftammentcn  cette  foy  iufquesàla  fin, 
repouffbns  loutcs  les  tentations  qui  nous 
peuuent  venir  delà  part  dei*incrcdulité> 
combattons  contre  le  monde,  refiftons 

aux 


iîe  îa  JÎ.  aux^oh  ^.i.  'ù  5.  ^.  $.    lâp 

AUX  fuggeftions  du  Pcché ,  efteignons  par 
ïe  bouclier  de  la  Foy  les  dards  enflamiiiciz 
du  Malin ,  tendons  par  la  voye  d  eb  vraye 
fandification  à  la  blen-heureufe  immor-» 
talicc,  8z  foyons  afTeurez  que  Dieu  nous  en 
couronnera  quelque  iour.  Et  fourtAnt,  mes 
frères  bien-  aimés ,  dit  T Apoftre  aux  Corirt-i 
thiens  ^  foy is fermes  ,  i-mmuahles  ^ahondans 
ioufîours  en  Vœuure  du  Seigneur:  fcachans  que 
vojlre  labeur  nefl  point  vain  en  noflre  Sei-^ 
gneur:  &quelqueiour  il  vous  fera  voir,  SC 
ouïr ,  ^  poffeder  éternellement ,  ce  qu'œii 
n*a  point  encore  veu,ce  qu'oreille  n'apoinc 
ouï ,  &  ce  qui  n*efl:  point  monté  en  cœur 
d*hommc.  A  Dieu  qui  nous  en  a  donné 
Tefperance ,  Père ,  Fils ,  &  S.  Efpnt ,  va 
fcul  Dieu  bénit  aux  fiecles  des  fiecles,  foie 
gloire ,  force  &  empire  dés  maintenant  U 
à  toute  éternité:      AMEN. 

FIN- 


^ 

^ 


M 


ERRATA- 

page  7.  ligne  12.  Ufis ,  cftovent.  p.  itf.  l.  8  /.  îîsî 
p.  4  ,1.5.  /.  luy  il.  p.  5o.  l.  5.  /,  façon,  p,  78. 
\.  penult  /.  immorteHe.  p.  Sj.  1.  ù.I,  eft  recité» 
p  142.  i.  pcnulc.  /.  s'ouuriilwît.  p.  irj.I.  10  A 
effi^:és  de.  p.  i  a.  1*  peijulc  /.  qg'c  lie  l'i^oj.  p. 

m- 1-  3-^-  q^i  ^^y-  p-  M,s- 1-  io-  ^-  wçw^.p,  i^^. 


»        t 


BS2675.8.A53 

Le  ravissement  de  S.  Paul  ;  (2.  Cor. 

Princeton  Theological  Seminary-Speer  Library 


1    1012  00072  4510